INSOLENTES PERFORMANCES AMERICAINES


     

On comprend que les Etats-Unis puissent irriter les adversaires du capitalisme. Alors même que certains experts pronostiquaient une récession, les derniers résultats enregistrés Outre-Atlantique sont insolents pour l’Europe, et pour la France qui est en panne de croissance. L’Amérique étonnera toujours.

Pourtant, comme pour toutes les autres, l’économie américaine n’est pas à l’abri de revirements politiques. Si les autorités fédérales ont tenu sur le front de la monnaie, elles ne résisteraient pas durablement à l’expansion des dépenses publiques et, pire encore, à la flambée de protectionnisme que les démocrates ont apportée au Congrès.

 

3,5% de croissance au quatrième trimestre

La vie économique est faite de changements permanents. La croissance est le conflit de l’évolution du « vieux et du neuf », de ce qui se créé de nouveau et de ce qui disparaît. Il est donc normal qu’il y ait des « fluctuations économiques ». Elles peuvent atteindre certaines entreprises ou certains secteurs, tandis que les autres continuent leur chemin, mais parfois, sous l’influence des politiques macro-économiques, ou sous l’effet d’une rigidité des marchés du travail et des capitaux, elles peuvent concerner l’ensemble de l’activité économique.

La plupart des experts s’attendaient à une récession générale pour cette année 2006. Certains signes avant-coureurs pouvaient inquiéter : la bulle immobilière était allée trop loin, le marché devait se retourner, et c’est ce qui s’est passé : le marché de l’immobilier résidentiel s’est contracté à un rythme de près de 20%. De même, les restructurations ont été nombreuses dans l’automobile, chez General Motors, Ford et Chrysler et ce secteur a été en recul sensible : cela devait peser sur la croissance générale.

Mais, pour l’instant, l’effondrement général ou l’« atterrissage en douceur » non seulement ne s’est pas produit, mais l’économie américaine affiche à nouveau une santé globale insolente. Après s’être effectivement ralentie au second et troisième trimestres, la croissance s’est de nouveau accélérée au quatrième trimestre 2006. En rythme annuel, elle est de 3,5%, soit sensiblement plus d’un point de plus qu’en Europe. Sur l’ensemble de l’année, le PIB a augmenté de 3,4%, contre 3,2% en 2005 ; pas vraiment un effondrement. Non seulement la consommation a augmenté de 4,4%, mais surtout les exportations ont progressé de 10% : pour un pays que l’on présente comme à genoux face à la concurrence étrangère, notamment chinoise. Wall Street ne manque pas de saluer ces bons résultats.

 

Rigueur monétaire et création d’emplois

La peur de la récession avait conduit certains à réclamer de la Fed un encouragement à l’économie, dans la grande tradition keynésienne : une baisse du taux d’intérêt ne serait-elle pas bien venue pour stimuler la croissance et prévenir toute inversion conjoncturelle ? Mais la Réserve fédérale a pris tout le monde à contre-pied en refusant une politique purement conjoncturelle ; elle a maintenu ses taux d’intérêt inchangés, le principal taux directeur restant à 5,25%, et elle a indiqué qu’elle restait vigilante face aux risques de tension inflationniste (même si l’inflation mesurée par l’indice des prix des dépenses personnelles est contenue à 2,1%), et qu’elle pourrait même à terme resserrer sa politique monétaire : pas exactement la politique monétaire conjoncturelle attendue par les keynésiens.

Mais c’est la vigueur de l’emploi qui, une nouvelle fois, a surpris tous les observateurs. Les chiffres ont même été révisés à la hausse et Le Figaro résume la situation en titrant « ’Amérique crée plus d’emplois qu’elle ne le pense ». D’octobre à décembre, le département du travail a corrigé à la hausse les résultats, découvrant 124 000 emplois de plus qu’annoncés précédemment. En novembre et décembre, il y a eu chaque mois environ 200 000 emplois créés et le chiffre de 111 000 en janvier sera à coup sur révisé à la hausse, comme les mois précédents. Résultat : le taux de chômage est désormais à 4,6% de la population active, chiffre qui relativise sensiblement nos cocoricos à propos de notre propre taux de chômage (8,6%, presque le double). Mieux encore, on vient à nouveau de réviser les chiffres pour 2005, découvrant 754 000 emplois de plus que l’on avait oublié de comptabiliser.

 

Inquiétudes pour les finances publiques, et flambée de protectionnisme

 

Pourtant, nous sommes inquiets pour les Etats-Unis et cela pour deux raisons. La première concerne le budget. Certes, BUSH a sensiblement baissé les impôts. Depuis son arrivée, les revenus moyens après impôts ont augmenté de 9,6%. Voilà qui a déclanché un effet LAFFER : la baisse des taux a encouragé les Américains les plus dynamiques, et la hausse du PIB a gonflé les recettes fiscales et réduit le déficit. Mais hélas les dépenses publiques sont toujours trop élevées et, si des réformes de fond ne sont pas mises en œuvre, en particulier pour les dépenses sociales, la hausse de celles-ci risque d’être explosive et de menacer tout l’équilibre du pays. BUSH pourra-t-il faire en moins de deux ans les réformes nécessaires, face à un Congrès démocrate ?

Le deuxième motif d’inquiétude, c’est que la nouvelle majorité démocrate dans les deux chambres est traversée de forts courants protectionnistes. Le président BUSH cherche à contourner l’obstacle et il a déclaré que « couper l’Amérique du commerce mondial serait un désastre pour notre économie ». Mais de son coté, représentant bien la base démocrate, le président de la Commission des finances du Sénat, Max BAUCUS, a déclaré que « beaucoup s’inquiètent profondément et légitimement des effets de la mondialisation ».

Le Congrès ne veut plus laisser carte blanche au Président pour relancer les négociations de l’OMC et pose ses conditions, par exemple l’obligation faite aux partenaires des Etats-Unis de respecter le droit social et l’environnement ou la lutte renforcée contre le déficit commercial. Le Figaro titre : « Libre-échange : l’Amérique tentée par le repli ». Et cela d’autant plus qu’il y a aussi quelques protectionnistes même chez les républicains. Quant aux démocrates, ils sont très proches des syndicats, qui sont les champions du protectionnisme. Le directeur du centre d’études de la politique commerciale du Cato Institute, Daniel GRISWOLD, affirme, pour le déplorer : « Le nouveau Congrès sera plus protectionniste ».

Certains vont jusqu’à imaginer que le cycle de Doha puisse être gelé jusqu’aux prochaines présidentielles américaines. Ce retour du protectionnisme serait une mauvaise nouvelle, non seulement pour l’Amérique, mais pour le monde entier : le protectionnisme est le plus court chemin vers la récession économique.

Le 20 février 2007

 
   


 

 

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