L’INDE SUR LES TRACES DE LA CHINE ?


Il y a quinze jours, c’est la Chine qui avait retenu notre attention. Pourquoi l’Inde maintenant ? C’est que les deux pays ont en commun trois caractéristiques : d’une part, ils connaissent une croissance explosive, d’autant plus spectaculaire qu’ils étaient parmi les plus pauvres du monde, d’autre part leurs populations sont gigantesques (plus d’un milliard d’habitants chacun), enfin leur mode de développement est surprenant, puisqu’ils se sont très rapidement intégrés dans la logique de la mondialisation, alors même qu’ils avaient une tradition qui les menait loin de l’économie de marché et du capitalisme. Cela dit, l’Inde n’est pas la Chine, ce qui signifie que chaque pays, même le plus pauvre, a des atouts spécifiques à faire valoir. Ces atouts peuvent être exploités dans un climat de liberté économique. Sur ce point, l’Inde est peut-être plus solide que la Chine, parce que l’environnement politique n’est pas le même. Mais le péril communiste et l’étatisme hypothèquent ici aussi le progrès économique et social.

9,2% de croissance du PIB

La croissance économique en Inde est aussi impressionnante qu’en Chine. Les résultats sont présentés par année fiscale, c'est-à-dire du 1er avril au 31 mars  de l’année suivante, et non par année civile. Pour 2002-2003, le PIB était en hausse de 4,0%. En 2003-2004, la progression était de 8,5%. Léger recul l’année suivante (2004-2005) avec 6,9%. Nouvelle progression en 2005-2006 à 8,5%. Pour 2006-2007, les premières prévisions faisaient état de 8,0%, ce qui n’est déjà pas mal. Le gouvernement indien vient de les réviser fortement à la hausse, à 9,2%, chiffre qui n’avait jamais été atteint au cours des vingt dernières années.

On est loin des chiffres de croissance des pays développés (2% en France, 3,5% aux Etats-Unis). Il n’y a que la Chine qui fasse mieux, avec une croissance à deux chiffres. Cette croissance indienne (et chinoise) tord le coup à deux idées reçues.

La première, c’est que le tiers-monde ne se développe pas. C’est faux, le développement est même ultra-rapide, en tous cas dans les pays qui ont choisi la liberté économique. Il est vrai que par contraste, ceux qui ont choisi la planification et le socialisme (allant parfois jusqu’au totalitarisme comme au Zimbabwe) s’enfoncent dans la misère.

La seconde, c’est que les écarts se creuseraient entre pays pauvres et pays riches. Là encore, c’est vrai dans certains cas, lorsque les pays pauvres, comme parfois en Afrique ou en Amérique Latine, s’enfoncent dans une pauvreté encore plus grande : ce sont ceux qui ont choisi le socialisme et l’économie étatisée. La carte du développement coïncide largement avec la carte des libertés. Pour la majorité des pays du « tiers-monde » (expression qui n’a plus guère de sens) les écarts se réduisent rapidement avec les pays riches. Comment pourrait-il en être autrement, lorsque les deux pays les plus peuplés ont des taux de croissance trois fois supérieurs à ceux des plus dynamiques des pays développés.

La troisième économie asiatique

Résultat, dans le cas de l’Inde, non seulement son taux de croissance est le second du monde, juste après la Chine, mais encore cela lui a permis de dépasser de nombreux autres pays et le Fonds monétaire international annonce que cette année, l’Inde deviendra la troisième économie asiatique, après le Japon et la Chine, et devant la Corée du Sud.

Evidemment, on va nous expliquer que cette croissance est inégale, injuste, et qu’elle laisse une partie de la population dans la misère. Dire cela, c’est ne rien comprendre aux mécanismes du développement. Il est exact qu’on ne rend pas riche en quelques années un milliard d’habitants. Le développement, comme la richesse, se diffuse progressivement dans la population. C’est la naissance d’une vaste classe moyenne qui est significative et c’est le développement de celle-ci qui va peu à peu sortir les plus démunis de la misère.

Or l’importance de la classe moyenne en Inde ne cesse de croître. Celle-ci s’équipe rapidement en automobiles, en machines à laver ou en téléphones portables. Rien d’étonnant alors à ce que l’industrie manufacturière progresse cette année de plus de 11% et même les transports et télécommunications de 13%. Et la preuve que la richesse se diffuse peu à peu, au lieu de ne profiter qu’à une minorité, c’est que la progression économique est telle que les salaires vont augmenter en termes réels en 2007 de 7%. Qui dit mieux ?

Comment l’Inde a-t-elle pu réaliser cet exploit ? Comme la Chine et les pays d’Asie du Sud-est, en ouvrant les frontières et en jouant le jeu du commerce international. Nous ne cessons de le répéter, car en France on affirme le contraire, le commerce est la meilleure forme d’aide. Finalement, les capitaux étrangers affluent et viennent financer équipements et infrastructures. Les investissements directs étrangers vont doubler cette année.

Le « bureau du monde »

Mais chaque pays a ses spécificités. La Chine est devenue « l’atelier du monde », en développant son industrie. L’Inde pour sa part est « le bureau du monde », en jouant sur la qualité de ses informaticiens notamment, avec en plus l’avantage de maîtriser la langue anglaise : de plus en plus de services anglo-saxons se délocalisent en Inde (réservations aériennes, banques, assurances, renseignements, …). Chacun a des atouts à faire valoir.

Mais le commerce extérieur ne suffit pas. Encore faut-il un environnement institutionnel favorable : un état de droit, un cadre juridique garantissant droit de propriété et bon déroulement des contrats, une priorité donnée à l’investissement en capital humain. C’est le chemin qu’a pris l’Inde, après des années d’erreurs socialistes et d’alignement sur Moscou. Il est désormais révolu le temps de la planification, qui avait maintenu ce pays dans la misère. Mais les libertés économiques sont toujours menacées. Dans certains Etats de l’Inde, les marxistes ont de fortes positions. Certains parlent à nouveau de nationalisations. Même au niveau national, l’influence communiste sur les jeux politiques reste forte.

Certes, ce n’est pas le parti unique à la chinoise et les libertés y sont mieux garanties. L’Inde est aussi une démocratie. Mais, comme partout, les jeux politiciens font peser une menace. Les tentations étatistes sont largement présentes et les partis de gauche jouent la carte de la démagogie, vis-à-vis de la partie la plus pauvre de la population, en faisant miroiter l’Etat comme artisan de la justice sociale. La croissance est donc à la merci de la politique. Le miracle indien se poursuivra tant que l’Inde tiendra un cap libéral. Si elle venait à retourner en arrière vers la tentation socialiste, ce serait à coup sûr la fin du miracle indien.

Le 27 février 2007

 
   


 

 

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