« INDICATEURS AU VERT » : VILLEPIN DALTONIEN ?
Le premier ministre est formel. « La
plupart des indicateurs aujourd’hui sont au vert ». Il a fait cette
déclaration le jour même où l’on apprenait que la consommation avait reculé
en décembre. En réalité, tous les moteurs de l’économie française sont
en panne. Ils sont donc au rouge et pas au vert. Mais notre premier ministre,
s’il se trompe sur la couleur des indicateurs, se trompe aussi sur leur
sens. Fidèle au raisonnement keynésien il pense que c’est la demande globale,
dont la consommation, qui mène l’économie. Double erreur d’optique :
1° la consommation est léthargique, et non pas dynamique ; 2° ce
n’est pas cette léthargie qui explique notre stagnation. Alors quoi ?
La consommation recule de 1% en décembre
A peine venait-on de connaître les
mauvais résultats de la consommation pour le mois de décembre que le premier
ministre, Dominique de VILLEPIN, se répandait dans les médias pour rassurer
l’opinion et relativiser ces résultats : « La plupart des indicateurs
aujourd’hui, et nous le constatons avec plaisir, sont au vert, marquent
une amélioration et vont dans le sens d’une reprise de la confiance ».
Restons pour l’instant dans la logique du premier ministre et examinons
si le vert est bien de rigueur.
Le principal moteur de la croissance,
selon lui, c’est la consommation. On attendait un excellent mois de décembre,
en raison des fêtes, de cinq samedis et des magasins ouverts plusieurs
fois en décembre le dimanche. La déception est au rendez-vous. Selon l’INSEE,
les dépenses de consommation des ménages en produits manufacturés ont
reculé, en volume (inflation déduite, c'est-à-dire en termes réels), de
1% en décembre. De plus, la hausse annoncée pour novembre de 1,1% a dû
être après coup revue à la baisse à 0,7% seulement. Alors que le troisième
trimestre avait été dynamique, la hausse pour l’ensemble du quatrième
trimestre n’est que de 0,2%, ce qui confirme les tendances au ralentissement.
La baisse est encore plus sensible
dans certains secteurs, comme l’habillement et les chaussures (-4,1%).
Certes, le gouvernement fait savoir à juste titre que les produits manufacturés
ne sont qu’une partie des dépenses de consommation et que les services
occupent une place plus importante. Mais rien ne permet de dire que la
consommation de services se porte mieux que celle des produits manufacturés.
La vérité, c’est que les Français consomment moins faute de pouvoir d’achat !
Recul de l’épargne des ménages
Le gouvernement veut rassurer en soulignant
que sur l’ensemble de l’année 2005, la hausse de la consommation aura
été de 2,6% en moyenne annuelle. Mais le profil de l’année est un peu
particulier et en glissement annuel (ce qui veut dire du début à la fin
de l’année), la hausse n’est plus que de 1,4%. Cela veut dire que le début
de l’année était bon et que le mouvement s’est ralenti, voire inversé,
depuis.
Il est également intéressant de voir
pourquoi cette consommation a pu augmenter, du moins en début d’année.
Ce n’est pas parce que la production, l’offre, avait progressé, permettant
de distribuer plus de pouvoir d’achat. Non, le pouvoir d’achat continue
à stagner, surtout après les prélèvements sociaux et fiscaux. Il n’y a
pas de miracle dans ce domaine. Si les Français ont maintenu pendant plusieurs
mois leur consommation, c’est parce qu’ils ont puisé dans leur épargne.
En trois ans, le taux d’épargne des ménages a perdu plus de deux points,
passant de 17,7% du revenu à 15,3% seulement.
Certes, pour les keynésiens, cela n’a
pas d’importance : l’épargne est nuisible et seule compte la consommation.
Mais la réalité est différente. L’épargne est utile à l’économie. C’est
elle qui permet d’envisager des projets à long terme en finançant l’investissement.
Cette chute de l’épargne n’est pas une bonne nouvelle, surtout au moment
où l’Etat émet des emprunts record et s’endette
de plus en plus. Cela signifie que l’essentiel de l’épargne sert à financer
les déficits publics et non les investissements productifs.
Le vrai moteur, c’est l’entreprise
Mais la théorie des « moteurs »
ne concerne pas seulement la consommation. Pour les keynésiens, tous les
éléments de la demande globale peuvent être des moteurs de l’économie.
C’est le cas des dépenses publiques, des exportations et des investissements.
Il est clair que les dépenses publiques se portent bien. Voilà un moteur
qui tourne à pleine vitesse. Mais c’est en réalité un frein, car les keynésiens
ne voient pas que toute dépense publique a son revers (le « ce qui
ne se voit pas » de BASTIAT) : elle entraîne une hausse des
impôts (ou des emprunts) qui crée un effet d’éviction dans l’économie :
les dépenses publiques viennent empêcher des dépenses privées d’avoir
lieu. Ce moteur là est à proscrire : il détruit des richesses.
Le moteur des exportations est plus
prometteur. Mais ce qui compte ici, ce n’est pas la demande étrangère,
c’est notre capacité à y répondre par des produits compétitifs. Or notre
compétitivité est atteinte, en raison notamment des charges et des impôts,
mais aussi de toutes les réglementations qui font que nos entreprises
ne jouent pas à armes égales. Et mois après mois, les chiffres du commerce
extérieur montrent que les exportations se portent mal et progressent
moins vite que les importations, qui, elles, savent répondre à la demande
intérieure. Résultat : dans quelques jours, lorsque les chiffres
de l’année seront parus, on verra qu’en 2005 la France aura connu le plus
grand déficit extérieur de toute son histoire.
Reste le moteur des investissements.
Les keynésiens voient les investissements comme une dépense, comme un
élément de la demande. Mais là n’est pas l’essentiel. L’investissement,
c’est surtout l’offre de demain, c’est la capacité de production, ce sont
les emplois d’après demain. Autrement dit, c’est un élément moteur de
l’offre et non de la demande. Or, là encore, l’indicateur n’est pas au
vert, mais au rouge. Nos investissements progressent trop lentement et
ne marquent pas un profond renouveau de l’offre.
Pour nous, les seuls moteurs de la
croissance sont les entreprises. Tout ce qui vient alléger leurs charges
et les libérer des contraintes administratives et sociales pousse la croissance
dans la bonne direction.
Le 7 Février 2006
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