COMMERCE EXTERIEUR : UN DEFICIT INQUIETANT ?


L’information date de la semaine dernière, mais nous avions préféré donner la priorité au budget américain qui nous semblait plus porteur de conséquences. Nous souhaitons revenir sur le déficit record du commerce extérieur français, en particulier parce que nos confrères lui ont accordé une grande place : deux doubles pages par jour dans Les Echos pendant une semaine. Après, tout, un déficit historique, cela ne se voit pas tous les jours. De plus, même si le déficit extérieur n’a aucune importance, il est  révélateur des faiblesses de notre économie.

 

2005 : 26,46 milliards de déficit commercial

D’abord les faits. Les chiffres de décembre venant de paraître, nous avons désormais une vue d’ensemble pour l’année 2005. Le déficit du commerce extérieur français s’est élevé à 26,46 milliards d’euros. C’est un record : jamais même aux pires moments de la relance de 1981 où des chocs pétroliers, le déficit n’avait été aussi élevé. Il a triplé en un an, puisqu’il était en 2004 de 8,3 milliards d’euros. La dégradation est d’autant plus impressionnante qu’au cours des années antérieures à 2004, le commerce extérieur français était excédentaire.

Certes, les exportations sont au plus haut, avec 355,5 milliards d’euros. Mais les importations elles aussi atteignent un record, avec 382 milliards. A priori, la progression des unes et des autres ne fait que traduire le phénomène de mondialisation et il faut rappeler qu’en 1979, les exportations mondiales de biens et services représentaient 12% du PIB mondial et qu’elles en représentent actuellement 29% : la France n’a pas échappé à ce grand mouvement d’internationalisation des échanges et il est normal que nos exportations et nos importations progressent.

Là où on peut commencer à se poser des questions, c’est lorsqu’on voit que nos exportations ont progressé de 4,1%, tandis que nos importations ont augmenté de 9,2%, soit plus de deux fois plus vite. Il doit bien y avoir quelques problèmes de compétitivité dans l’économie française si nos ventes à l’étranger progressent deux fois moins vite que nos achats. De plus, on notera que le commerce mondial est en pleine expansion et qu’il a progressé de 10,3% en 2004 et de 8% en 2005. Si nos exportations avaient crû au même rythme, elles auraient progressé deux fois plus vite qu’elles ne l’ont fait en réalité.

 

Des déficits avec nos partenaires européens

On peut aussi remarquer que si nos échanges sont en déficit majeur, ceux de l’Allemagne connaissent un excédent record, de plus de 160 milliards d’euros. Or on cherche à expliquer, dans les milieux gouvernementaux, notre déficit par la hausse du prix du pétrole, qui a effectivement progressé en 2005. Il expliquerait la moitié de notre déficit. Mais jusqu’à preuve du contraire les Allemands importent autant de pétrole que nous et au même prix, et cela ne les a pas empêchés de battre leurs records d’excédent extérieur.

Il faut donc chercher d’autres explications. On met en avant le poids des importations et donc de notre déficit venant des pays émergents et en particulier de la Chine. Il est vrai que c’est notre second déficit. Mais on oublie un peu vite que notre principal déficit vient de l’Allemagne (15 milliards d’euros) et non de la Chine. Or nous avons la même monnaie et ce sont les différences de prix ou de qualité qui jouent, sans artifice monétaire. Nos autres déficits viennent de la Norvège, du Japon, de la Russie, mais aussi de la Belgique, de l’Irlande, des Pays-Bas ou de l’Italie : ils ne viennent pas des dragons d’Asie du sud-Est, des pays faisant soi-disant du dumping social, mais de pays comparables à nous et pour lesquels notre faiblesse ne s’explique que par une insuffisance de compétitivité. Et que dire de la part de marché mondial de la France qui est passée de 6,3% à 4,9% en quinze ans ?

Peut-être serait-il temps de nous interroger sur les boulets qui empêchent nos entreprises de progresser plus vite et de se battre à armes égales. Nous avons le record de prélèvements obligatoires, comme celui des réglementations. Nous avons un secteur public pléthorique et un Etat obèse et inefficace, destructeur de richesses. Notre marché du travail est rigide, paralysé par les réglementations, le SMIC et les 35 heures, ainsi que par les procédures anti-licenciements, et notre épargne est ponctionnée par l’Etat. Ce que nos entreprises sont capables de faire sur les marchés étrangers, en dépit de ces handicaps, force l’admiration !

 

Que signifie ce déficit ?

De plus, toute notre politique économique est tournée vers la consommation considérée, à tort, comme le principal moteur de notre économie. Or la consommation française se porte par priorité sur les produits étrangers, meilleur marché. Tant mieux pour le consommateur, mais tant pis pour nos entreprises, nos emplois et notre croissance, qui ne bénéficient pas de ce surcroît de consommation. Conclusion : il est toujours absurde de favoriser la consommation mais encore plus quand dans le même temps on décourage nos entreprises et on les pénalise. Le déficit reflète les erreurs de notre politique économique.

Mais, dans le même temps, nous n’avons pas envie de nous lamenter avec tant d’autres, qui y voient prétexte à un discours anti-mondialisation : nous voilà « envahis » par les produits étrangers ! En réalité on ne dira jamais assez combien chacun de nous profite de cette mondialisation. Après tout, un déficit extérieur, c’est le fait que les ménages consomment plus qu’ils ne produisent et qu’ils bénéficient de produits de meilleure qualité ou à moindre prix : qui s’en plaindrait ? Et les Américains sont-ils réellement inquiets du déficit de leur balance commerciale ?

Il y a déjà plus de 150 ans que BASTIAT avait prouvé, par ses exemples lumineux sur les bateaux chargés de marchandises coulant à la sortie du port, que les notions d’équilibre extérieur et de balance commerciale, héritées des mercantilistes, n’avaient pas de signification économique. Encore pouvait-on, il y a quelques années, craindre les conséquences d’un déficit important sur nos devises (en changes fixes) et sur la valeur externe de notre monnaie. Mais cet argument ne joue plus avec la monnaie unique et l’euro n’a pas bronché face aux déficits français, ne serait-ce que parce qu’ils sont compensés et au-delà par les excédents allemands.

En conclusion, ce n’est pas le déficit en soi qui est dramatique, mais ce qu’il révèle des fragilités de notre économie dirigée. Ce n’est pas sur notre déficit qu’il faut pleurer ; c’est sur notre étatisation.



Le 28 Février 2006
 

 


 

 

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