BUDGET AMERICAIN : CONTRAINTES ET LIBERTE
Le Président des Etats-Unis, G.W. BUSH,
vient de présenter au Congrès son projet de budget fédéral pour 2007.
Un tel budget n’est pas sans conséquences sur la santé économique des
Etats-Unis et donc, au-delà, du monde entier et il mérite de retenir notre
attention. D’autant plus que l’on insiste beaucoup en Europe sur l’importance
du déficit budgétaire américain. Or celui-ci devrait être sensiblement
réduit l’an prochain, tandis que les dépenses autres que militaires vont
également diminuer. Mais surtout les baisses d’impôts voulues par le Président
américain sont maintenues : de quoi encourager la croissance et l’emploi.
Les contraintes de la défense
Dans tous les pays du monde, l’exercice
budgétaire est difficile, car il faut tenir compte des contraintes et
les marges de liberté ne sont pas toujours bien utilisées par les gouvernements.
Aux Etats-Unis, l’exercice est particulièrement long, puisque c’est maintenant
que le Président a transmis au Congrès ses propositions budgétaires, qui
seront votées dans plusieurs mois par celui-ci, et éventuellement modifiées.
L’exercice fiscal commence aux Etats-Unis le 1er octobre et
il sera donc à cheval sur 2006-2007.
Il y a dans ce budget des contraintes.
La principale porte sur les raisons de sécurité nationale. Les Etats-Unis
sont en guerre en Irak et ils mènent surtout un combat mondial contre
le terrorisme. Comme ils l’ont toujours fait dans l’histoire, ils s’en
donnent les moyens et cela coûte cher. BUSH, parce qu’il était impossible
politiquement de faire autrement, pour des raisons de défense nationale,
a épargné la défense dans son budget 2006-2007. C’est d’ailleurs ce qu’il
avait déjà déclaré dans son discours sur l’état de l’Union.
Le budget du Pentagone va augmenter
pour la septième fois consécutive. Son montant atteint 439,3 milliards
de dollars, en hausse sur un an de 6,9%. C’est une somme considérable
qui pèse sur les équilibres budgétaires. Le budget des affaires étrangères
est pour sa part en hausse de 12,3% et celui de la sécurité intérieure
atteint 35,6 milliards de dollars, en hausse de 7%. Voilà pour la contrainte
principale. Il n’était guère possible de faire autrement.
La réduction des dépenses civiles
Mais on attendait BUSH sur les dépenses
civiles. C’est là que l’on mesure les véritables marges de liberté des
gouvernements. C’est là que l’on voit si les hommes politiques ont ou
non une vraie volonté de faire reculer l’Etat. C’est ainsi qu’en France
ces dépenses progressent au minimum du montant de l’inflation. Rien de
tel dans le projet BUSH. Certes, certaines dépenses sont contraintes et
ne pourront diminuer à long terme qu’en cas de réforme radicale :
c’est le cas pour le système de santé ou les retraites, pour lesquels
BUSH a des projets de réforme, mais qu’il faut bien financer en attendant.
Pourtant, même là, BUSH envisage 65
milliards d’économies en cinq ans dans les programmes sociaux d’assurance
médicale. Il a demandé en particulier la suppression partielle ou complète
de 141 de ces programmes, pour bien montrer qu’il veut maîtriser les raisons
de fond de ces dépenses. Dans le projet de budget, les dépenses de santé
diminuent de 2,3%, l’éducation de 3,8%, l’agriculture de 6,5%, la justice
de 7,2% et les transports de 9,4% : un bel effort d’économies au
total.
Le souci principal était celui du déficit
budgétaire, sûrement excessif. Pour l’année en cours, le déficit sera
de 423 milliards de dollars, ce qui est considérable. Exprimé en pourcentage
du PIB, cela fait 3,2%, ce qui n’est pas supérieur aux déficits français
ou allemands et ce qui correspond en gros à la norme européenne. Pour
l’année fiscale à venir, G.W. BUSH s’est engagé à réduire le déficit à
354 milliards de dollars, soit 2,6% du PIB ; ce sera bien moins,
en pourcentage, que le déficit français. C’est certes encore trop, mais
l’objectif du Président est de ramener ce déficit à 208 milliards de dollars
en 2009, soit 1,4% du PIB.
La poursuite de la baisse des impôts
Il est vrai que la dette publique américaine
est encore trop élevée et qu’elle pèse sur l’épargne et le financement
des investissements. Elle s’élève à 8 000 milliards de dollars, ce
qui n’est pas plus que la dette française, en part relative. Quant aux
intérêts de la dette, ils sont passés de 20,2% des dépenses budgétaires
en 2000 à 14,2% en 2005, en partie grâce à la baisse, à l’époque, des
taux d’intérêt. Rappelons qu’en France ces intérêts représentent le deuxième
poste du budget, juste après l’éducation.
Mais on attendait le Président américain
sur les impôts. Compte tenu de la hausse des dépenses militaires et de
la volonté de réduire le déficit, on avait craint une hausse des impôts.
Ce n’est absolument pas le cas. BUSH souhaite le maintien des allégements
fiscaux votés ces dernières années. Il a raison sur ce point. En effet,
la baisse des impôts est pour beaucoup dans la bonne santé de l’économie
américaine, car elle agit directement sur l’offre en encourageant les
entreprises et les ménages à produire, à investir, à travailler plus,
à entreprendre, à épargner, bref à créer des richesses, de la croissance
et de l’emploi.
Le bien fondé de cette politique se
voit dans le dynamisme du PIB aux Etats-Unis, l’un des plus élevés des
pays développés. Mais il se voit aussi sur le marché du travail. Au moment
même où G.W. BUSH présentait son budget, on apprenait que le taux de chômage
était tombé à 4,7%, taux le plus bas depuis 2001. Pour les résidents américains
blancs, ce taux est même de 4,1%, ce qui est le plein emploi. 193 000
emplois ont été créés en janvier. Et les chiffres de décembre et novembre
ont été révisés à la hausse à 140 000 et 354 000. En 2005, ce sont
2 millions d’emplois nouveaux qui ont été créés, comme en 2004.
Ce n’est certes pas au total un budget
parfait. Il faut aller plus loin en accélérant les réformes qui conduiront
à des baisses de dépenses fédérales. De plus, le Congrès va passer par
là et comme il y a en novembre des élections de mi-mandat, il peut être
tenté par la démagogie et mettre à mal les économies proposées par le
Président. Mais, compte tenu des contraintes, le Président a su utiliser
les espaces de liberté qui lui restaient.
Le 21 Février 2006
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