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| Nous
nous demandions, dans notre numéro du 7 septembre 2009 « Où va l’Allemagne ? ».
A l’époque nous étions impressionnés par le changement de cap politique avec l’annonce
de baisses d’impôts : 24 milliards en 2011 selon le contrat de coalition.
Enfin une rupture avec bien d’autres pays, obsédés par les relances keynésiennes,
les dépenses publiques et les grands travaux ! Or voici que ces dernières
semaines le débat a ressurgi au sein de la coalition CDU-FPD et qu’Angela Merkel
doit procéder à des arbitrages délicats. Ce débat est exemplaire car il montre
toutes les ambiguïtés qui tournent autour des réformes fiscales. Baisser les impôts pour relancer la consommation Il
y a au départ une première ambiguïté chez les politiques - et beaucoup d’économistes
- à propos de l’impôt. Laissons de coté ceux qui pensent (les socialistes de tous
bords) que l’impôt ne sert pas d’abord à financer les dépenses publiques, mais
constitue un élément de redistribution « sociale », d’où la progressivité
de l’impôt, parfois poussée jusqu’à l’absurde (comme les 98% prélevés en Grande-Bretagne
avant l’arrivée de Margaret Thatcher). Du
côté des keynésiens, que nous avons vus à l’œuvre partout, la préférence va toujours
à la relance par la demande, ce qui appelle des dépenses publiques et le lancement
de grands travaux, financés dans un premier temps par déficit budgétaire. Très
vite la hausse des dépenses est si forte et si durable qu’il faudra bien en éponger
l’ardoise. Pour rembourser les emprunts, on devra en venir à des hausses d’impôts.
Certes,
il y a quelques keynésiens qui proposent des baisses d’impôts (Kennedy au début
des années 60) mais toujours en faveur des contribuables aux revenus faibles et
moyens (Obama, 2009). Dans ce cas, il ne faut pas s’y tromper, ces baisses (qui
en outre en général ne durent guère) n’ont qu’un but : relancer la consommation
en laissant ou en redonnant plus d’argent aux gens. Mais elles ne sauraient donc
modifier les comportements en matière de production, et l’impact sur la consommation
est faible car les gens comprennent bien le caractère provisoire de la baisse. Ou baisser les impôts pour stimuler l’offre Les
vraies baisses d’impôts, celles de l’économie de l’offre et de la courbe de Laffer,
sont celles qui ont pour but de modifier les comportements microéconomiques des
offreurs, en les incitant à entreprendre, travailler plus, investir, bref à développer
l’offre en étant stimulé dans leur ardeur à produire par cette pause fiscale.
Cela nécessite des baisses non pas d’impôts, ni des remboursements d’impôts antérieurs,
mais des baisses des taux d’imposition et notamment de la progressivité de l’impôt
sur le revenu. C’est la politique des années 1980 avec Reagan et Thatcher, mais
aussi ailleurs. A la limite, le point de convergence d’une telle politique est
la flat tax, l’impôt qui frappe d’un taux unique tous les contribuables et toutes
leurs ressources ; ce taux est habituellement modéré. Le
changement de coalition en Allemagne, avec la défaite du SPD social-démocrate,
le maintien des chrétiens-démocrates (CDU-CSU) de la chancelière Angela Merkel
et surtout la victoire des libéraux du FDP avait changé la donne. La coalition
CDU-SPD était remplacée par une coalition CDU-FDP, ces derniers mettant la baisse
des impôts au cœur du contrat commun. En novembre, nous avions salué comme il
convenait ces 24 milliards de baisses par an ainsi que l’annonce d’une réforme
prévoyant une baisse des taux d’imposition : on se rapprochait enfin de l’économie
de l’offre. Cela concernait aussi l’impôt sur les sociétés et même l’impôt sur
les successions pour faciliter les transmissions d’entreprises. Le FDP avait gagné
et ceux qui voyaient un alignement de l’Allemagne sur La revanche des fiscards C’était
compter sans la réaction de tous ceux qui, au sein de En
effet, ce qui est certain pour la science économique, c’est que toute hausse des
taux d’imposition réduit la croissance et l’activité, donc la matière imposable,
donc en final le rendement de l’impôt : il rentre moins d’impôts dans les
caisses de l’Etat et le déficit budgétaire s’accroît. Les vrais partisans de la
rigueur budgétaire sont ceux qui veulent baisser les taux, ce qui stimulera la
croissance, donc la matière imposable, donc la rentrée d’argent dans les caisses
publiques, réduisant le déficit (effet Laffer). Certes, il vaut mieux en profiter
pour réduire aussi fortement les dépenses publiques qui, en toute hypothèse, représentent
un argent improductif, souvent mal utilisé ou gaspillé et qui freine l’activité. Que
s’est-il passé ces dernières semaines en Allemagne ? Les opposants
à la baisse de l’impôt ont relevé la tête à Le
ministre des finances CDU, Schauble, a affirmé que les 24 milliards d’euros de
baisses promis ne seront accordés que s’ils sont financés. Autrement dit, la baisse
dépendra de l’évolution de l’activité économique. Il est vrai qu’il a ajouté qu’on
pourrait aussi baisser les impôts si on baissait d’autant les dépenses publiques.
Certes, il faut baisser les dépenses publiques, mais, que ce soit fait ou non,
la baisse des impôts est indispensable pour provoquer la croissance, alors que
le ministre, comme la plupart des hommes politiques français « de droite »,
pense qu’il faut attendre la croissance pour pouvoir baisser les impôts :
on risque d’attendre longtemps. En attendant, le ministre allemand veut reporter
après 2011 la fameuse réforme fiscale qui est pourtant le cœur du problème et
la condition du succès. La réforme des taux d’imposition n’aurait même pas lieu
au cours de la législature. Tout cela au nom de la réduction –illusoire dans ce
cas- des déficits publics. Il
est vrai que l’Allemagne a promis de revenir rapidement dans les clous des 3%
de Maastricht et même a adopté une loi sur le retour obligatoire à terme à l’équilibre
budgétaire. Mais ce n’est pas ainsi qu’elle en prendra le chemin. A cela s’ajoutent
les économistes de service qui récitent leur leçon keynésienne : ces baisses
d’impôts empêcheront de financer les dépenses publiques nécessaires à la relance.
Certains vont jusqu’à demander un troisième plan de relance. Inutile de dire que
ces critiques ne font pas fléchir les libéraux qui eux ont compris le mécanisme :
baisser les impôts pour relancer la croissance, ce qui réduira le déficit. Or
si le ministre des finances est CDU, le ministre de l’économie, lui, est FDP,
donc libéral. En outre, il affirme qu’il est essentiel de tenir ses promesses
électorales. Voilà
la première grande crise de la coalition que doit affronter Angela Merkel. Elle
a convoqué pour cela un cabinet de crise. La tentation est grande pour la chancelière
de faire glisser La
crise est exemplaire : elle révèle non seulement l’ignorance d’une partie
de la classe politique mais aussi les turbulences induites par le jeu politicien.
Il y a pourtant une différence entre l’Allemagne et nous : chez nos voisins
il y au moins certains politiciens qui ont compris comment fonctionne l’économie,
on y discute sérieusement d’une vraie réforme fiscale. Jean-Yves Naudet
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