DRAME CHEZ LES KEYNESIENS : L’EPARGNE EST AU PLUS HAUT


Les keynésiens doivent ou devraient vivre un vrai cauchemar en ce début d’année 2010.

Ils avaient été pourtant les grands gagnants de l’année 2009, du moins en apparence : leurs analyses avaient inspiré le plan de relance, qui avait notamment comporté des « mesures de soutien du pouvoir d’achat ».

Hélas pour eux, ce retour en force n’aura été qu’un feu de paille. Car le comportement des ménages français déjoue maintenant toutes les spéculations keynésiennes : au lieu de consommer et (suivant la logique de la « Théorie Générale ») de faire redémarrer la croissance et l’emploi, voilà qu’ils se sont mis à épargner. Catastrophe ! L’épargne, c’est l’ennemie jurée de Keynes, digne héritier de Malthus. Ingratitude du public : on lui donne de l’argent pour dépenser et faire œuvre sociale, il le garde égoïstement pour lui ! Il y a de quoi désespérer l’ENA, l’Elysée, Matignon et Bercy. Peut-on les consoler en leur expliquant pourquoi ils se sont trompés ?

 

Le taux d’épargne le plus élevé depuis 1983

Partons d’abord du constat statistique, si cruel pour les paléo et les néo keynésiens. L’INSEE a publié fin décembre 2009 des chiffres qui ébranlent tout leur château de cartes. 

Le taux d’épargne des Français, exprimé en pourcentage de leurs revenus, était tombé à 14,8% au troisième trimestre 2008. Le voilà qui grimpe à 15,8% au quatrième trimestre 2008, puis à 16% au premier trimestre 2009. Au second trimestre, il atteint 16,7% et poursuit sa route sans pitié au troisième trimestre 2009, dont les chiffres ont été connus fin décembre (il y a toujours trois mois de décalage) en arrivant à 17%. C’est, dit-on, le chiffre le plus élevé depuis le dernier trimestre 2002, mais c’était un cas erratique, et il faut en réalité revenir au début de l’année 1983 pour retrouver un taux d’épargne équivalent. Comme par hasard, 1983 c’est la fin d’une période de deux années de relance keynésienne ininterrompue faite par le trio Mitterrand –Mauroy-Delors.

En sens inverse, la consommation n’a jamais aussi peu progressé, puisqu’elle a pratiquement stagné au troisième trimestre 2009, avec une hausse à peine perceptible de 0,1%. Le fameux « moteur de la croissance », selon les keynésiens, est anémique.

 

Le moteur de la consommation en panne

Dans la mécanique macro-économique de la Théorie Générale, la relance du pouvoir d’achat doit entraîner le redémarrage de la consommation, puisqu’il existerait une proportion fixe entre revenus et consommations. Les ménages auraient dû s’empresser de dépenser la manne.

Il y a bien eu manne, puisque en dépit de la crise, avec une croissance nettement négative fin 2008 et début 2009, le pouvoir d’achat n’a cessé de progresser, grâce aux mesures de relance, c'est-à-dire de distribution généreuse de revenus venus de nulle part. Toujours selon l’INSEE, le pouvoir d’achat des ménages a ainsi miraculeusement augmenté de 1% au dernier trimestre 2008, puis de 0,4% au premier trimestre 2009, et surtout de 1,1% au second trimestre, auxquels il faut encore ajouter 0,6% au troisième trimestre. Le Président Sarkozy n’a pas manqué de se réjouir de cette « exception française », en omettant d’expliquer d’ailleurs comment elle a été et sera financée.

Mais les Gaulois indisciplinés n’ont pas obéi au modèle keynésien. Les Britanniques compatriotes de Keynes dans les années 1930 avaient peut-être le porte-monnaie généreux, mais les Français sont incurables. Déjà la politique du pouvoir d’achat de Léon Blum en 1936 avait-elle totalement échoué, et plongé la France dans l’inflation et le chômage. 

Toujours est-il que deux points d’épargne en plus, ce n’est pas rien en un an ! Se sont-ils au moins tournés par sagesse vers l’immobilier, fuyant la finance perverse ? Pas du tout, puisque le taux d’épargne financière (donc hors immobilier), qui n’était que de 4,5% en moyenne en 2008, grimpe au troisième trimestre 2009 à 7,9% du revenu : presque le double ! Et comme le livret A est en recul, il faut croire qu’ils ont choisi d’autres placements financiers. Placer son argent, comme de vulgaires capitalistes, quelle déchéance pour ces Français que l’on voulait pourtant associer à une grande œuvre de résurrection économique !

 

Le revenu permanent explique bien mieux la situation

Faut-il s’étonner de cette situation ? Les « experts » expliquent que les Français ont agi par précaution : ils ont peur de la hausse continue du chômage, et ne croient pas un instant que les plans de relance puissent relancer quoi que ce soit. C’est tout à fait vrai, et il y a sans doute là « de l’épargne de précaution ».

Mais la vérité est plus profonde. Les Français ont bien compris deux choses. La première, c’est que la manne tombée du ciel n’allait pas durer 40 ans et que les plans de relance allaient se tarir. Autrement dit, ils ont compris que le revenu distribué (du moins aux bas et moyens revenus, car les autres n’ont rien reçu) avait un caractère précaire et provisoire.

Friedman l’avait fort bien démontré il y a 50 ans : la consommation n’obéit pas au revenu courant (celui versé ce mois-ci et qui ne sera peut-être plus là le mois prochain) mais au revenu permanent, c'est-à-dire à long terme, au revenu « durable » selon un terme à la mode. Les Français n’ont donc pas modifié leurs habitudes de consommation au prétexte qu’ils avaient gagné au loto budgétaire. Pour eux, il était donc rationnel, surtout dans une période troublée et incertaine, d’épargner au lieu de consommer.

La deuxième explication du comportement des Français, c’est qu’ils ont douté des vertus énergétiques des plans de relance. S’ils ont épargné, c’est aussi parce qu’ils ont compris que la manne n’était pas miraculeuse. En dépit du tapage autour des investissements publics, et notamment du fameux grand emprunt, ils ne croient guère aux talents divinatoires de MM. Juppé et Rocard et ils ont du mal à anticiper une prospérité qu’on leur promet pour un avenir très lointain. Ils savent que tous ces programmes sont financés à crédit et qu’un crédit, même pour l’Etat, cela devra se rembourser un jour ou l’autre. Comme Bastiat, ils savent que ce « n’est pas l’Etat qui les fait vivre, mais que ce sont eux qui font vivre l’Etat ». Les générosités d’aujourd’hui, sont les impôts de demain. Ce n’est donc pas le moment de dépenser à tort et à travers, mais d’épargner, pour régler demain les ardoises de nos hommes politiques.

 

Et si on s’intéressait plutôt aux entrepreneurs ?

Reste une dernière question. Faut-il se désoler, comme les keynésiens, de cette hausse de l’épargne et de la stagnation de la consommation ? Il y a deux siècles, Malthus pensait déjà que l’économie irait de crise en crise faute de « débouchés ». Keynes a repris le thème en évoquant » l’insuffisance de la demande globale spontanée » : le dynamisme comme la stagnation de l’économie se réglerait sur le niveau de la demande.

Aujourd’hui, c’est plutôt du côté de l’offre, du côté des entreprises, que regarde la théorie économique pour expliquer la situation de l’économie. La consommation n’est pas, contrairement à ce que pensent les keynésiens, « le » moteur de la croissance ; elle n’est qu’une conséquence de la croissance. Le vrai moteur de la croissance, ce sont les entrepreneurs, qui innovent, anticipent, créent et pour cela investissent. Et le vrai drame, ce n’est pas que la consommation ait stagné, c’est que l’investissement soit encore, pour les entreprises, en recul de 1%. Sans entrepreneurs innovateurs, créateurs, ayant confiance dans l’avenir, sans investissements productifs, pas de croissance.

Qui peut imaginer un instant que les entrepreneurs puissent avoir confiance, quand il n’est question que de régulations nouvelles, de contraintes étatiques plus fortes, de taxes et d’impôts à venir ? Les entreprises savent qu’elles seront plus imposées et les entrepreneurs qu’ils le seront aussi à titre personnel : ne parle-t-on pas à nouveau de supprimer le bouclier fiscal ? Quant à la chasse aux entrepreneurs « immoraux » - et il y a toujours des hommes au comportement immoral - elle s’est transformée en condamnation générale des entrepreneurs, tous suspectés.

Que l’Etat commence par balayer devant sa porte, par supprimer les privilèges et dépenses inutiles, par baisser les impôts, par cesser de s’occuper de tout, de tout réglementer, et la reprise reviendra, non par la consommation, mais par les entrepreneurs. Ce jour là, ils pourront investir et si les Français y contribuent par leur épargne, ce sera une bonne chose et non un drame. En attendant, si nous sommes dans la mauvaise situation où nous nous trouvons aujourd’hui, nous le devons au retour de la secte keynésienne. Puissent les derniers chiffres de l’INSEE ouvrir les yeux des hommes politiques.

Jean-Yves Naudet

Le 12 janvier 2010

         
 


 

 

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