IL Y A BAISSE D’IMPÔTS ET BAISSE D’IMPÔTS


Nous n’avons cessé de dire notre opposition aux plans de relance keynésiens. D’une part, ils situent l’origine des turbulences actuelles du mauvais côté : ils en restent à l’idée d’un « effondrement de la demande » (FMI) et ignorent les rigidités et les déséquilibres du côté de l’offre, en particulier le « malinvestissement » qui a orienté les crédits vers des emprunteurs, des entreprises et des secteurs sans avenir. D’autre part, ils gaspillent l’argent de la relance à des usages artificiels, et créent un pouvoir d’achat factice.

Voici cependant que dans certains pays, comme les Etats-Unis et l’Allemagne, on se prépare à introduire dans les plans de relance de substantielles baisses d’impôts. De telles mesures, traditionnellement recommandées par les économistes « du côté de l’offre », et appliquées par exemple par Reagan ou Thatcher, peuvent-elles se marier avec une vague de dépenses publiques massives, inspirées par le pur keynésianisme ?

 

La dépense privée stimulée par les baisses d’impôts

 

Les purs keynésiens sont opposés à ce mélange détonnant. Ils n’ont aucun complexe à l’égard des déficits budgétaires engendrés par une baisse des recettes publiques face à une hausse des dépenses. Pour eux, pas de baisse des impôts (c’est d’ailleurs la position apparente du gouvernement français).

Mais d’autres « relanceurs » font valoir d’autres arguments. Prenons pour commencer le projet OBAMA. Il porte sur 800 milliards de dollars. 300 milliards représentent des investissements publics de pur type keynésien : c’est la « relance par les infrastructures » ; 200 milliards sont encore plus mal employés, puisqu’ils sont destinés à financer Medicaid, un des programmes de protection sociale. Mais, ô surprise, sans doute pour vaincre les réticences des Républicains, voici que les 300 milliards restants correspondront à une « baisse d’impôts ». L’Etat fédéral rend aux Américains une partie de leur argent, avec l’espoir qu’il sera dépensé, et que la dépense privée viendra ainsi conforter la dépense publique. Rendre leur argent aux contribuables est une bonne chose, et préférer la dépense des consommateurs à celle des fonctionnaires est plus conforme à une économie de marché. Mais pour autant cette disposition est-elle logique ? Est-elle efficace ? 

 

Qui bénéficiera des baisses d’impôts ?

 

La réponse à ces questions dépend des modalités des baisses d’impôts. Dans le plan OBAMA, il s’agit des impôts « sur la classe moyenne » : chaque contribuable appartenant à cette catégorie paierait 1000 dollars d’impôts en moins en moyenne. En revanche, les baisses d’impôts BUSH, sur les revenus élevés, ne seront donc pas reconduites. Or c’est avant tout pour les plus entreprenants qu’il faut baisser les impôts : ceux qui travaillent le plus, entreprennent, investissent, et qui, par leur action, créent revenus et emplois pour tous. C’est donc une erreur non de baisser les impôts des classes moyennes, mais d’augmenter ceux « des plus riches », donc des plus productifs. La même erreur a été commise en Angleterre, où Gordon Brown a baissé la TVA, mais a augmenté les taux d’imposition des plus hauts revenus, rompant avec un consensus mis en place par M. Thatcher et reconduit par T. Blair.

Autre modalité importante : comment l’argent est-il restitué au contribuable ? Avec G.W. Bush, la baisse s’était avant tout traduite par l’envoi de chèques de remboursement, ce qui revient à une « politique du pouvoir d’achat » chère aux socialistes. Ici, ce sera encore plus direct, puisque cela se traduira par une diminution de la retenue à la source, donc directement en fin de mois par un salaire net plus élevé. Or, il ne s’agit pas de « donner » de l’argent, mais de modifier en profondeur les comportements individuels, microéconomiques, en agissant sur l’incitation à produire et travailler plus. Le choix est en fait entre « rendre l’argent » ou « laisser les gens en gagner davantage et le garder ». C’est donc le taux de l’impôt marginal qu’il faut baisser. Il faut de plus en finir avec les manipulations incessantes des taux et des tranches, car les individus ont besoin d’un cadre fiscal simple et stable pour régler leurs comportements (c’est l’avantage de la flat tax). Notons quand même, pour être complets, que le plan Obama prévoit aussi des crédits d’impôts pour les entreprises qui embauchent et des allégements pour stimuler les investissements, ce qui est déjà mieux.

 

Moins d’impôts, c’est surtout moins d’Etat

 

Le projet allemand est également intéressant. Angela Merkel, avec un certain courage, s’était opposée aux plans de relance massifs. Mais la pression est telle, à commencer par celle de la France et celle du SPD, qu’elle envisage un nouveau plan de 50 milliards d’euros. Il faut dire que la compétition électorale est déjà ouverte et que la « grande coalition » CDU-SPD n’y résistera pas. L’aile libérale de la CDU, ainsi que la CSU, pousse à la baisse des impôts. Les choses ne sont pas totalement arrêtées, mais les baisses d’impôts pourraient porter sur 15 milliards ! Moins d’un tiers du plan, ce n’est pas beaucoup.

Certains membres importants de la CDU sont en désaccord. Les uns ont peur que la baisse des impôts ne crée ou n’augmente le déficit budgétaire, montrant leur ignorance de l’effet Laffer, tandis que d’autres trouvent cette baisse insuffisante. On peut parier que la baisse des impôts sera un des grands débats de la future élection.

Face au SPD socialiste opposé à toute trêve fiscale, la CDU est divisée. La baisse des impôts se marie-t-elle ou non avec une hausse des dépenses (comme dans le projet Merkel actuel) ? Lors de l’élection précédente, Angela Merkel, après avoir proposé une sorte de flat tax, avait fait machine arrière. Osera-t-elle cette fois-ci une réforme fiscale plus radicale ?

En conclusion, les baisses d’impôts sont abordées, tant aux Etats-Unis qu’en Allemagne, en termes plus politiques qu’économiques. On cherche à s’adresser aux électeurs contribuables quels qu’ils soient, sans souci des effets de ces « cadeaux fiscaux » sur l’économie. Dans une logique économique opposée aux utopies keynésiennes, il y a en matière de baisses d’impôts deux impératifs :

-          une discrimination positive en faveur de ceux qui contribuent à la croissance par leur travail, leur esprit d’entreprise, leur épargne  - donc une baisse de la progressivité ;

-          un accompagnement par une baisse drastique des dépenses publiques et un retrait de l’Etat.

 

Jean Yves Naudet

Le 20 janvier 2009
 

         
 


 

 

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