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En ce début d’année, la crise et les
plans de relance destinés à y remédier restent à la une de l’actualité.
Or, si le diagnostic n’est pas le bon, le remède ne sera pas approprié.
La majorité des experts et des gouvernements se trompe de diagnostic et
propose de mauvaises solutions. Dernier exemple en date, celui du FMI,
par la voix de son chef économiste, Olivier Blanchard : la principale
composante de la crise est « un effondrement de la demande ».
C’est un retour à Keynes et même à Malthus. Et c’est une erreur complète
d’analyse. « Remplacer la demande privée » Nous avons déjà signalé cette soudaine
épidémie de keynésianisme qui frappe les hommes politiques comme les institutions
internationales. Le cas du Fmi est intéressant, car cet organisme a pendant
des années prôné l’équilibre budgétaire, une certaine rigueur dans la
gestion des dépenses publiques, la nécessité de lutter contre l’inflation,
etc.. Il y a encore quelques semaines, Dominique Strauss-Kahn lui-même,
pourtant adepte de la social-démocratie, ne recommandait la relance budgétaire
que pour les pays en excédent ou à l’équilibre, l’excluant pour les autres,
compte tenu de l’ampleur des déficits actuels. Cette tradition a été balayée en quelques
jours, comme en témoigne l’interview d’Olivier Blanchard, chef économiste
du FMI, dans Le Monde : « Il n’y a pas de revirement. A circonstances
différentes, remèdes différents. Nous sommes en présence d’une crise d’une
amplitude exceptionnelle, dont la principale composante est un effondrement
de la demande ». A partir du mois d’octobre, une paralysie
des intentions de dépenses s’est déclenchée d’une façon soudaine et mondiale.
Les mois qui viennent vont être très mauvais. Il est impératif de juguler
cette perte de confiance, de relancer, et, si nécessaire, de remplacer
la demande privée, si l’on veut éviter que la récession ne se transforme
en Grande Dépression ». Soyons plus précis : « Cela
implique d’utiliser les outils monétaires et budgétaires (…). Il faut
que les gouvernements et les banques centrales indiquent clairement
qu’ils sont prêts à tout faire pour éviter une nouvelle Grande dépression.
Pour le moment, une expansion budgétaire de 2% paraît suffisante. Mais,
si les circonstances l’exigent, il faut que les Etats soient prêts à
faire plus, 3% ou plus si nécessaire ». Pourquoi ne pas baisser
les impôts ? « Il vaut mieux que la relance intervienne par
l’augmentation des dépenses publiques que par la diminution des recettes
publiques. Autrement dit, les constructions de ponts ou les rénovations
d’écoles risquent d’avoir plus d’effets sur la demande que les réductions
d’impôts que les ménages sont tentés de transformer en épargne de précaution ».
Mais, si on diminue quand même l’impôt, il vaut mieux cibler les plus
pauvres, qui le dépenseront aussitôt. Les pièces d’or glissées sous le matelas Ce texte est admirable et constitue
à lui seul un manuel du parfait petit keynésien. Il présente la même
conception de la demande que Malthus, puis Keynes : la demande
en soi est trop faible, parce que l’on distribue trop peu de salaires
et que les plus riches ne dépensent qu’une partie de leur revenu. Ils
épargnent trop. Cette épargne est retirée du circuit économique et perdue
pour la dépense, elle est thésaurisée (c’est le mot qui convient). Que
Malthus puisse imaginer en 1800 que les gens glissent des pièces d’or
sous leur matelas passe encore, mais que le Fmi y croit encore en 2009
est surprenant ; en réalité la thésaurisation est quasi-nulle. Encore une fois, pour répondre à tous
ces néo-malthusiens, il faut revenir à la loi de Say. « L’offre
crée sa propre demande » : dès que l’on produit, on distribue
des revenus aux facteurs de production, en salaires, intérêts, profits.
La majeure partie en est dépensée en consommation, alimentant la demande.
Le reste est épargné, c'est-à-dire déposé en banque ou institutions
ou placé en bourse. Cette épargne ne dort pas, et elle se retrouve en
autant de crédits à la consommation ou à l’investissement, donc en demande.
Au total, la demande est du même niveau que l’offre et il n’y a donc
pas d’insuffisance de la demande globale. Une lecture micro-économique de la
loi de Say nous approche encore de la réalité. Dans chaque secteur où
l’offre dépasse la demande, les baisses des prix des produits et des
facteurs réduisent l’excès d’offre ; dans les secteurs ou la demande
dépasse l’offre, c’est l’inverse : les prix des produits et des
facteurs augmentent, encourageant l’offre et réduisant la demande. Les
facteurs se déplacent d’un secteur à l’autre en fonction de l’évolution
des choix des clients ; il n’y a pas d’insuffisance globale de
la demande et les déséquilibres sectoriels se résorbent par le mécanisme
des prix et la régulation par les entrepreneurs. C’est l’Etat qui empêche l’offre de progresser Comment peut-il se faire que la loi
de Say semble ne pas fonctionner ? Parce que les adaptations nécessaires
sont empêchées par les interventions étatiques : blocage ou contrôle
des prix, aide aux entreprises qui devraient s‘adapter, donc maintien
en survie artificielle, rigidités de l’offre, découragement des entrepreneurs
par les impôts excessifs et les réglementations paralysantes, etc. Il est donc inexact d’imputer la crise
actuelle à un effondrement de la demande. Une relance par les dépenses
publiques n’aboutira qu’à des déséquilibres budgétaires accrus, une
dette explosive, une reprise de l’inflation et du chômage et un Etat
de plus en plus envahissant. Oui, il y a bien crise : c’est
celle des politiques étatiques aberrantes, comme la baisse artificielle
des taux d’intérêt ou les manipulations budgétaires. C’est une crise
de l’interventionnisme étatique et de la paralysie de l’offre par l’Etat,
essentiellement par l’impôt et les réglementations publiques. Pour stimuler
la demande, il faut d‘abord libérer l’offre en agissant sur les incitations
microéconomiques : moins d’impôts, moins de régulations, moins
d’Etat. L’offre redémarrera et la demande suivra forcément. Mais imaginer
que la demande a mystérieusement disparu et que l’Etat la remplacera
par des dépenses publiques, sans que, bien sûr, personne ne paie la
facture, c’est du pur fantasme. Il n’est de vraie demande que celle
qui a été créée par une vraie offre. Tout le reste n’est que « faux
droit » (Jacques Rueff). Jean Yves Naudet
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