VŒUX PIEUX POUR L’ÉCONOMIE FRANÇAISE EN 2008


Le 1er janvier n’aura pas provoqué de miracle pour l’économie française : la situation ne devrait pas être très différente de celle de 2007. Rien ne justifie le moindre optimisme, puisque aucune réforme radicale n’a été entreprise l’an dernier. La croissance sera sans doute toujours aussi faible, l’inflation plus forte, faisant craindre la stagflation, les déficits extérieurs et publics encore plus élevés, et les créations d’emplois limitées. On nous dit que 2008 sera l’année de ruptures fondamentales. Acceptons-en l’augure, mais l’effet d’éventuelles réformes bénéfiques en 2007 sera-t-il sensible d’ici la fin de l’année ?


Trop peu d’investissements, trop peu de croissance

Bien qu’il faille le lire avec précaution, le verdict publié ces jours derniers par l’INSEE n’incite guère à l’optimisme. L’année 2007 ne se sera pas terminée sur le sursaut annoncé ; la croissance aura été au maximum de 0,5% au quatrième trimestre, après 0,8% au troisième. Cela donne pour l’année qui vient de se terminer 1,9%, alors que l’on avait commencé l’année avec des prévisions d’au moins 2,5%. Pour 2008, l’INSEE annonce 0,5 et 0,4% pour les deux premiers trimestres et un maximum de 1,7% pour l’ensemble de l’année. Ce n’est pas tout à fait la stagnation, mais, comparée à celle de nos voisins, l’économie française est à la traîne. Car au niveau européen et mondial l’année 2008 sera encore fragilisée par les suites de la crise des subprimes et la hausse du prix du pétrole, et dans ce contexte ceux qui ont déjà engagé les réformes structurelles voulues surmonteront mieux que nous les difficultés.

Faut-il s’étonner de la franco-sclérose ? Sur le plan conjoncturel les moteurs sont en panne ; sur le plan structurel, les réformes attendues n’ont pas eu lieu.

Du point de vue conjoncturel, le vrai moteur, c’est l’investissement des entreprises ; il aura augmenté de 5,1% en 2007 et à peine de 1,2% au quatrième trimestre. L’INSEE annonce 0,8 et 0,7% pour les deux premiers trimestres et 2,9% pour l’ensemble de l’année 2008 : pas de quoi stimuler la croissance.

Les autres moteurs ne se portent guère mieux. Le commerce extérieur est très déficitaire, ce qui traduit notre manque de compétitivité. La contribution du commerce extérieur à la croissance est négative, en raison de la faiblesse des exportations. Quant à la consommation des ménages, abusivement qualifiée de moteur principal de la croissance, elle se traîne faute de pouvoir d’achat, et les Français ne maintiennent leur consommation qu’en épargnant moins. L’INSEE annonce 0,4% de hausse de la consommation au quatrième trimestre et novembre a marqué un recul de 0,1% de la consommation manufacturée. De toutes façons, elle sera inférieure à 2% pour 2008, selon l’INSEE.


Vers la stagflation  ?

On parle beaucoup de stagflation pour traduire la situation de notre économie, voire même de l’économie européenne dans son ensemble. La stagflation est l’association d’une stagnation (pas de croissance et chômage durable) et d’une inflation (hausse du niveau général des prix à la consommation). Est-ce ce qui nous attend en 2008 ?

La croissance, on l’a vu, sera très faible. Mais n’enregistre-t-on pas actuellement une baisse désormais soutenue du taux de chômage ? En fait cette amélioration toute statistique résulte d’un facteur lui aussi durable : le recul de la population active dû au vieillissement de la population. L’indicateur le plus significatif ici devrait être le nombre d’emplois créés, or il n’est pas à la hausse. La rigidité persistante du marché du travail explique l’absence d’embauches.

Quant à l’inflation, comme nous l’avions expliqué juste avant Noël, elle devrait s’accélérer partout en Europe, et en particulier en France, à cause de la politique monétaire laxiste de la BCE ; alors que celle-ci a longtemps été en 2007 inférieure à 2%, l’inflation n’a cessé de s’accélérer en fin d’année et elle devrait dès février atteindre un rythme de 2,8% selon l’INSEE. Faible croissance et inflation en hausse, c’est bien le retour de la stagflation.

Il y a sans doute une composante mondiale dans cette conjoncture. La crise des subprimes pourrait se prolonger et l’inflation s’accélérer si les banques centrales devaient encore favoriser l’inondation monétaire, au lieu de maintenir le même cap d’une création monétaire modérée. Le monde entier est toujours à la merci des erreurs des hommes politiques ou des banques centrales, comme des manipulations de l’OPEP. Mais en sens inverse on peut espérer que le système bancaire mondial saura régler le problème des liquidités en révisant ses pratiques de crédit et sa sélection des risques, privilégiant le financement des investissements des entreprises plutôt que celui de consommations immodérées.  


Les vraies réformes sont devant nous

Le président a présenté un bilan très rassurant du calendrier des réformes  2007 : les « urgences » ont été réglées en 2007, restent maintenant les ruptures fondamentales. Mais comment a-t-on traité  les urgences ? Certes, on a assoupli les 35 heures. Mais au prix d’une telle usine à gaz que bien des entreprises renoncent à proposer des heures supplémentaires. Alors qu’une abrogation des 35 heures s’imposait. Certes, il y a eu un très modeste paquet fiscal (15 milliards, avec un aménagement des droits de succession). Mais il aurait fallu réduire bien davantage les impôts, supprimer l’ISF au lieu de l’amender, diminuer la progressivité de l’impôt pour atteindre à terme la flat tax. Pour ce faire, il fallait se résoudre à réduire drastiquement les dépenses publiques, au lieu de remplacer les deux tiers des fonctionnaires partant à la retraite. Il fallait aussi privatiser les services publics pour qu’ils ne pèsent plus sur le budget de l’Etat. Il fallait diminuer la dette publique, au lieu de l’accroître avec un déficit budgétaire important

La réforme de la protection sociale aura à peine été entamée, avec la bataille des régimes spéciaux, qui s’est soldée par d’importantes et coûteuses concessions aux syndicats. Mais le plus gros reste à faire, avec la réforme des retraites (que l’on nous présentera sans doute sous la forme classique et inopérante d’augmentation de la durée et des taux de cotisations, sans remise en cause de la répartition qui menace le système d’explosion). L’assurance-maladie reste le grand tabou dont on ne peut même pas parler. Enfin la vraie réforme du marché du travail, avec le retour à la liberté des contrats, reste encore à « négocier » avec les « partenaires sociaux ».

C’est dire que les grandes décisions sont encore devant nous, et qu’il ne devrait rien se passer avant les municipales. Après les ides de Mars, tout deviendrait-il possible ? En ce début d’année on peut toujours en émettre le vœu. Un vœu  pieux sans doute…

Le 8 janvier 2008

 


 

 

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