LE JAPON ROULE EN TÊTE


 

Toyota premier constructeur mondial : le salon de l’automobile de Detroit a consacré la victoire de l’industrie japonaise sur celle des Etats-Unis. Mais le succès de la firme nippone n’est qu’un indice parmi d’autres : dans la course à la croissance, les Japonais sont les mieux placés des pays de l’OCDE. Car même si en 2007 les vedettes de la mondialisation seront toujours les émergents (Chine et Inde), parmi les pays développés, compte tenu du tassement observé aux USA et de la performance médiocre de l’Euroland, on peut soutenir que le champion en 2007 sera le Japon. Au-delà de la situation conjoncturelle, toujours trompeuse, ce pays a en effet réussi un certain nombre de réformes de fond, en particulier dans le domaine des business angels et des gazelles, créatrices d’emplois et de richesses.

Des pénuries de main d’oeuvre

A ne considérer que la situation conjoncturelle l’économie japonaise peut laisser l’observateur perplexe, car les indicateurs sont contradictoires. « La baisse du chômage n’améliore pas la consommation », note Les Echos qui souligne deux jours plus tard « l’économie japonaise semble de plus en plus déséquilibrée ». 

En effet, la consommation semble mal se porter au Japon et cela inquiète l’économiste en chef de l’OCDE, Jean-Philippe COTIS. En novembre, les dépenses des ménages ont baissé de 0,7% et sur l’ensemble du troisième trimestre, la baisse de la consommation a été la plus forte depuis 1997. Cela fait onze mois que la consommation recule.

Mais il y a longtemps que l’on sait (ailleurs qu’en France) que la consommation – et la demande macroéconomique en général - n’est pas un véritable moteur de la croissance économique. D’ailleurs chez nous la hausse de la consommation n’a de véritable effet que sur le boom des importations. Ces illusions keynésiennes ont été dissipées.

Plus intéressant est l’indicateur de l’emploi. Le taux de chômage est descendu à son plus bas niveau depuis huit ans, avec seulement 4,0% de la population active au chômage (8,7% en France). Dans un pays aussi peuplé que le Japon, il n’y a plus que 2,59 millions de chômeurs, soit 11,3% de moins qu’un an plus tôt. Et surtout, fin novembre, il y avait 106 offres d’emplois pour 100 demandes, ce qui signifie une situation de pénurie persistante de main d’œuvre, la plus importante depuis quatorze ans.

Les entreprises se portent bien

Ce qui est encourageant, c’est que la situation des entreprises s’améliore. Les Echos publie un sondage du quotidien économique Nikkei, qui montre que 90% des chefs d’entreprise pensent que la reprise actuelle va s’amplifier et durer plus d’un an. Les bénéfices des entreprises cotées vont battre des records pour la quatrième année consécutive. Finalement, la croissance économique est la plus longue qu’ait connue le Japon depuis la seconde guerre mondiale. D’où les créations massives d’emplois. Et comme la politique monétaire est restée très restrictive –trop aux yeux de certains- l’inflation est parfaitement sous contrôle et les salaires ne dérapent pas. Ce qui veut dire que l’on a affaire à une « croissance durable ».

Le gouverneur de la banque centrale est optimiste, car pour lui on a fait les choses dans l’ordre : on s’est d’abord préoccupé de l’offre, de la situation des entreprises, et ce n’est qu’ensuite, avec la hausse des profits et de l’offre en général, que la situation des ménages va s’améliorer. De toutes façons, le recul du chômage n’est-il pas l’élément le plus important pour les ménages ? En étant modérés sur le plan des salaires, les Japonais ont privilégié l’emploi. Et la majorité des patrons préfère investir dans la recherche et les nouveaux équipements, qui conditionnent la croissance et l’emploi, plutôt que dans la hausse des salaires.

Mais ce qui nous porte à l’optimisme, ce sont surtout les réformes de fond qui ont été entreprises ; l’élimination des mauvaises dettes bancaires ou l’éclatement de la poste et la privatisation de ses activités comme la collecte et le placement de l’épargne. Nos amis Bernard ZIMMERN et Nicolas LECAUSSIN, de l’IFRAP, ont publié au sujet des réformes au Japon un article instructif dans le quotidien Les Echos : «  Des Français l’ont rêvé, les Japonais l’ont fait ».

Gazelles et business angels

De quoi s’agit-il ? D’une réforme fiscale introduite en 2003 « pour encourager le développement des business angels au Japon ». En effet, pour ces deux auteurs, comme pour notre guide du candidat ( www.guideducandidat.org ), la vitalité américaine repose en partie sur les dispositions fiscales introduites en 1958, mettant en place des déductions d’impôts pour prendre en compte le risque pris par les individus, les business angels, lorsqu’ils investissent dans les sociétés en création ou en développement

Ce sont ces business angels qui permettent l’apparition et le développement des gazelles, ces « entreprises à forte croissance, dont dépend l’emploi ». Aux Usa, 500 000 à 1 million de business angels investissent chaque année 50 à 100 milliards de dollars dans une cinquantaine de milliers de créations. Il en va désormais de même au Japon. Depuis 2003, un « investisseur privé peut en gros déduire la moitié de son investissement dans une gazelle de ses impôts sur les plus values mobilières ou immobilières ». Or celles-ci sont fortes, en particulier parce que la Bourse de Tokyo a doublé en trois ans.

Dès 2004, sont apparues des milliers de business angels et cela d’autant plus qu’il n’y a pas de plafond aux déductions fiscales autorisées, contrairement aux mesures fiscales françaises. Et il ne s’agit pas, comme en France, d’une usine à gaz, qui plus est publique (avec le rôle central de la Caisse des dépôts). Mais ZIMMERM et LECAUSSIN notent aussi la façon dont les Japonais ont introduit ces réformes : le ministre de l’économie considérait que le principal obstacle aux réformes venait du ministère de l’économie, le Bercy japonais. Ses fonctionnaires ont été mis à l’écart pour la préparation et l’exécution de ces réformes, confiées à des membres du secteur privé. Comme si en France on écartait les énarques des réformes : on imagine la révolution.

Il est vrai que le Président de la République nous a mis en garde, lors de ses vœux, contre la tentation d’imiter des modèles étrangers. Il vaut mieux en effet cultiver l’exception française : elle nous réussit si bien !

 

 


 

 

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