Le numéro 901 de la Nouvelle lettre,
qui est aussi le premier de l’année civile 2007, nous incite à jeter un regard
rétrospectif sur l’année qui vient de s’écouler et un regard prospectif sur l’année
qui commence : l’économie française doit-elle être regardée avec optimisme,
comme le suggèrent nos ministres, qui, seuls contre tous, maintiennent leurs prévisions
béates, ou avec pessimisme, comme le suggèrent la plupart des observateurs ?
Croissance médiocre : la France dixième sur douze en Europe
En ce qui concerne la croissance économique,
on a déjà une bonne idée pour 2006, avec les chiffres définitifs des trois premiers
trimestres. La croissance avait été très faible au premier trimestre (0,4% de
hausse du PIB) ; elle avait été prometteuse et avait suscité l’enthousiasme
de nos ministres au second trimestre (+1,2%, révisé en baisse à 1,1%) ; elle
se révèle catastrophique au troisième trimestre, puisque la croissance y est rigoureusement
nulle (0%). Juste avant Noël, l’INSEE a annoncé une prévision pour le quatrième
trimestre -susceptible donc de modification- de 0,9%. L’économie française fait
du yoyo, mais la tendance générale est faible, sans doute à peine 2,0% en 2006,
moins que prévu dans le budget 2006 ; comme le titre Le Figaro, « La
France, mauvais élève de la zone euro ».
Cette faiblesse était prévisible, et
nous l’avions annoncée dès notre numéro de rentrée fin août. Mais nos ministres
continuaient à pratiquer la méthode Coué, annonçant que tous les indicateurs étaient
au vert. L’INSEE paraît plus embarrassé pour 2007, annonçant 0,5% pour chacun
des deux premiers trimestres, la suite de l’année dépendant des réformes éventuelles
entreprises après les présidentielles.
Or ce qui est le plus significatif,
c’est que cette croissance médiocre intervient au moment où l’économie mondiale
a connu une forte poussée. L’ Euroland se porte bien,
mais nous ne suivons pas son train : nous serons en 2006 dixième sur les
douze pays de la zone. Pour sa part, l’Europe de l’Est s’envole. Aux Etats-Unis,
où la croissance s’est quelque peu ralentie, le chiffre du troisième trimestre
a été révisé à la hausse. Enfin, ne parlons pas des pays émergents ou de la Chine
ou de l’Inde, qui ont entre 8 et 10% de croissance.
L’investissement en panne
Eric LE BOUCHER, dans le Monde, s’inquiète
de la situation de l’industrie française qui « a perdu pied ». Pour
lui, la médiocrité de la croissance française « cache un mal grave et profond ».
La France est repassée sous la moyenne européenne. Et ce qui inquiète, c’est l’industrie :
« La France est en train de perdre pied en matière industrielle, régulièrement,
insidieusement, sans que personne ne s’en alarme en haut lieu ». L’indice
de la production industrielle française a reculé de 0,8% au troisième trimestre.
L’année 2006 au total sera plate. L’effondrement de la construction automobile
n’est qu’une illustration de cette situation.
L’investissement se porte-t-il mieux ?
Ecoutons Les Echos : « Le nouveau repli des prévisions d’investissement
ne rassure pas ». Or l’investissement d’aujourd’hui, c’est l’offre et la
production de demain. Sans investissement, pas de croissance, ni d’emploi. Dans
l’industrie manufacturière, l’investissement a reculé de 2% en 2005 ; il
devrait à peine progresser de 2% en 2006 (alors que l’on annonçait encore 4% en
juillet), effaçant à peine le recul de l’année précédente : croissance 0
de l’investissement sur deux ans.
Faut-il être plus fier de l’emploi ?
On nous a assez dit que c’était le grand succès du gouvernement. En oubliant un
peu vite que les créations d’emplois étaient toujours aussi faibles, la chute
du chômage s’expliquant par des emplois aidés et par l’inversion de la courbe
démographique des actifs. Il y a encore plus de 22% de chômeurs chez les moins
de 25 ans. Et le chiffre officiel du chômage, d’ailleurs contesté, est encore
à 8,7% de la population active. Faut-il rappeler que nos principaux partenaires,
des Etats-Unis au Japon en passant par l’Angleterre, ont un taux de chômage moitié
moindre ?
Il est de bon ton chez nos politiciens
d’incriminer l’Euro et la politique de la Banque Centrale Européenne. Il est vrai
que notre commerce extérieur s‘enfonce dans le rouge mois après mois, atteignant
un déficit record, sans équivalent dans notre histoire, même après les deux chocs
pétroliers et la malheureuse relance de 1981. Un déficit extérieur n’est pas un
problème, mais c’est un bon indice de la faiblesse de notre compétitivité. Mais
le manque de compétitivité n’a rien à voir avec l’Euro, puisque l’Allemagne accumule
les excédents record.
Sans réformes, 2007 ressemblera à 2006
Voilà pour un bilan 2006 bien peu encourageant.
Qu’en sera-t-il en 2007 ? Pour le premier semestre, les jeux sont faits :
aucune réforme n’est à attendre de ce gouvernement finissant et le jeu électoral
va paralyser toute l’action gouvernementale. Sans investissement, il n’y aura
ni croissance, ni emploi. Quant à la suite de 2007, elle dépendra de la volonté
du nouveau président de réformer en profondeur notre économie, comme le suggère
notre guide du candidat. Pour l’instant, à entendre les discours des uns et des
autres, on peut être sceptique.
Car la conjoncture n’est rien ;
ce qui compte c’est la réalité profonde de notre économie. Or les problèmes de
fond sont toujours là : le gouffre des finances publiques et des déficits
budgétaires et sociaux ; la dette publique gigantesque ; la pression
fiscale et sociale sans équivalent dans aucun pays comparable au nôtre ;
les dépenses publiques explosives ; les rigidités du marché du travail et
le refus de la flexibilité ; le carcan des 35 heures ; des services
publics ruineux ; des privilèges comme ceux des régimes spéciaux de retraite ;
le statut paralysant de la fonction publique ; la fascination du pouvoir
devant des syndicats pourtant non représentatifs ; un secteur public archaïque ;
le refus de la concurrence ; le conservatisme des professions fermées ;
la peur de la mondialisation : la paralysie du mammouth éducatif ; la
sécurité sociale en faillite ; les retraites non provisionnées…
Voilà ce qu’il faut changer dans notre
pays. Si sur tous ces points des réformes de fond sont entreprises en 2007, alors
on pourra être optimiste sur notre avenir. Mais si l’on continue à subir la tyrannie
du statu quo, les mêmes causes produiront les mêmes effets et le déclin français
s’accentuera. 2007 sera pire que 2006 et 2008 pire que 2007. Seul un tournant
libéral peut réveiller l’économie française.