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QUAND L’INDE S’EVEILLERA… On a beaucoup parlé de l’Inde cette semaine, en raison du quatrième forum social mondial
des altermondialistes tenu Bombay. Cela a été
l’occasion de parler de la mondialisation, mais aussi de présenter une
vision très contestable du développement de l’Inde.
La vérité est simple : ce qui se développe dans ce pays, c’est ce
qui bénéficie de la liberté économique et ce qui s’enfonce dans la misère,
c’est ce qui reste de socialisme à l’indienne. L’héritage des non-alignés L’Inde vient
de loin et même de très loin. Après l’indépendance, elle a fait, comme
un certain nombre de pays (Egypte, Indonésie) le choix d’un soi-disant
neutralisme : c’étaient les fameux non-alignés, issus de la conférence
de Bandung. En réalité, sur le plan externe, ces pays avaient choisi de
ne pas s’aligner… sur les occidentaux et de s’aligner sur les soviétiques.
Sur le plan interne, ils avaient fait le choix du socialisme, et en particulier
de la planification, des nationalisations et du protectionnisme. L’inde
fonctionnait à plein sur ce schéma. Le résultat a été dramatique :
un niveau de production très faible, des millions de personnes mourant
de faim, un analphabétisme élevé, une part ridicule dans le commerce mondial,
un chômage structurel, une espérance de vie très réduite : bref tous
les effets du sous-développement, dû à l’autarcie et au socialisme, auxquels
s’ajoutent les effets pervers d’un système de caste très rigide, injuste
et inégalitaire. Or ce qui se passe en Inde est évidemment
important. Sur le plan humain, c’est l’un des pays les plus peuplés du
monde, juste après la Chine, avec 1,1 milliards d’habitants. C’est un
vaste pays de 3 300 000 km2 et c’est un pays situé à un endroit
stratégique, à proximité de la Chine et de l’Asie du Sud-est d’une part,
du Pakistan et du Moyen-Orient de l’autre : des régions politiquement
sensibles. Et un pays en outre doté de l’arme atomique. Bref, on pourrait
appliquer à l’Inde la formule de Napoléon sur
la Chine : quand l’Inde s’éveillera, le
monde tremblera. Ce réveil est-il en train de se faire ?
On trouve en tous cas certaines évolutions positives depuis quelques années.
Non que l’Inde ait adopté le libéralisme -ce
ne serait pas exact. Mais surtout depuis 1997 ce pays a adopté des éléments
de liberté économique, pour son plus grand bien. L’Inde, « le bureau du monde » Dans certains secteurs l’Inde a tourné le dos au protectionnisme, a ouvert son commerce
extérieur et a misé largement sur les services (ceux-ci représentent d’ailleurs
49,5% du PIB contre 26% pour l’agriculture et 24% pour l’industrie). L’Inde
a cherché à se transformer en « bureau du monde » comme la Chine
veut être l’atelier du monde. Il aura fallu environ dix ans pour que l’Inde
devienne la première destination mondiale de la sous-traitance de services
informatiques. Elle a en effet un fort capital humain avec beaucoup de
diplômés anglophones de qualité. C’est ainsi qu’elle a attiré les services de grandes compagnies américaines, à commencer par les appels téléphoniques, la saisie de données, les assurances, les réservations de billets d’avion. American Express a délocalisé sa gestion des cartes de crédit ou General Electric ses factures et ses rapports annuels. De nombreux correspondants pensent téléphoner aux Etats-Unis pour obtenir des renseignements ou un service et tombent en réalité en Inde, sans le savoir.
9% de croissance en 2004 Résultat : la croissance économique
ne cesse de s’accélérer. Le PIB avait progressé de 4,4% en 2002, et de
7% en 2003. On envisage 9% en 2004. Et cela avec seulement 4% d’inflation.
Une classe moyenne se développe et comporte des centaines de millions
de personnes. Le gouvernement (à majorité nationaliste hindou) a pris
récemment des mesures fiscales visant à réduire les taxes à l’importation
sur les produits non agricoles. Il est vrai que l’on est en année électorale,
mais c’est un renversement total de mentalité que l’on pense à ouvrir
les frontières pour gagner les élections, alors qu’auparavant on aurait
renforcé le protectionnisme. De même, les investissements étrangers
viennent d’être libéralisés et le plafond de l’investissement étranger
direct dans les entreprises bancaires indiennes, par exemple, pourra passer
de 49% à 74%. Il en sera de même pour les télécommunications et le seuil
sera même de 100% pour le pétrole. Il est vrai que l’Inde
n’avait attiré en 2002 que 4 milliards de dollars d’investissements directs
alors que la Chine en recevait 52. Il était temps de réagir. Le marché
boursier, en plein boom, ne s’est pas trompé sur le sens de l’évolution. Certes, le tableau est loin d’être
idyllique. Le protectionnisme n’est pas totalement mort, surtout dans
l’agriculture. Résultat : elle ne s’est pas encore adaptée et occupe
plus de 50% des actifs. De même, le secteur public, qui était énorme,
est loin d’avoir été totalement privatisé. Les habitudes étatistes et
interventionnistes ne sont pas mortes. Il n’est donc pas étonnant que
l’Inde n’en soit qu’à la moitié du chemin et
n’ait pas encore fait disparaître la misère. Mais 30% des Indiens vivent
en dessous du seuil de pauvreté contre 60% en 1970. Des experts de plus
en plus nombreux pensent que c’est l’ouverture internationale qui fera
évoluer la question des castes. Si les participants du forum social
mondial avaient bien voulu ouvrir les yeux, au lieu d’écouter des discours
idéologiques, ils auraient fait une constatation évidente que souligne
à juste titre le Figaro : « Pour L’inde, la mondialisation
est une aubaine ». C’est donc en poursuivant dans cette voie et en
libéralisant cette fois sur le plan interne que l’Inde
finira par décoller pour le profit de tous les Indiens, à commencer par
les plus pauvres. Le 28 janvier 2004
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