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PLAN DE « RELANCE »
AUX ETATS UNIS
Certains n’y voient qu’une
nouvelle étape dans la préparation de la guerre contre l’Irak, d’autres
évoquent le calendrier électoral. Mais le plan que George BUSH vient de
présenter devant 2.300 hommes d’affaires réunis au Club Economique de
Chicago obéit avant tout à une logique économique : il fallait redonner
confiance aux épargnants américains, et redorer le blason de la Bourse,
terni par les scandales de l’année 2002.
On pouvait aussi s’interroger sur
les principes qui animeraient la nouvelle équipe de conseillers économiques
mise en place par le Président BUSH : keynésianisme ou « supply side » ? La réponse
nous paraît claire : les baisses d’impôts, pièces maîtresses du plan
conçu par John SNOW, successeur de Paul O’NEIL dans les fonctions de Secrétaire
d’Etat au Trésor, sont faites avant tout pour redonner le moral et le
soutien financier aux entreprises américaines. La hausse des investissements
qu’elles devraient induire n’a pas pour but de « stimuler la demande
globale », mais de préparer l’économie américaine à un nouveau bond
en avant. Notons en passant -et le vocabulaire est toujours révélateur-
que George BUSH n’emploie pas l’expression « relance économique »,
qui a effectivement un côté keynésien, mais parle d’un « plan de
stimulation de l’économie », ce qui est plus neutre, car on peut
évidemment stimuler l’offre.
Plus d’impôts sur les dividendes
674 milliards de baisses d’impôts : globalement,
le plan est impressionnant. Certes, cette baisse s’étend sur les dix ans
à venir. Mais ce délai ne doit pas tromper, car les mesures démarreront
immédiatement : pour les 16 prochains mois les baisses d’impôts seront
de 98 milliards de dollars.
Si l’on rentre dans le détail, l’élément
le plus spectaculaire de ce plan est la suppression totale de l’impôt
sur les dividendes versés par les entreprises à leurs actionnaires. Pour
le président BUSH, il s’agissait en effet d’une aberration du système
fiscal, puisque les dividendes sont doublement imposés, d’abord au niveau
des entreprises, par l’impôt sur les bénéfices, ensuite au niveau des
ménages qui perçoivent ces dividendes, par l’impôt sur le revenu. La suppression
de cet impôt met fin à cette double taxation. A priori, cette mesure est
très positive, non seulement parce que toute suppression d’impôt doit
être saluée comme il se doit, mais parce qu’elle devrait inciter les entreprises
à des pratiques plus transparentes, les encourager à distribuer une part
plus grande de leur profit et surtout attirer de nouveaux investisseurs
en bourse, ce qui ne peut être que bon pour les entreprises et l’activité
en général.
Evidemment, sur ce premier point,
les démocrates ont accusé le Président de favoriser les riches. Mais il
faut remarquer d’abord que deux tiers des ménages américains possèdent
des actions, ce qui fait que le nombre de personnes directement concernées
sera très élevé. Mais surtout cette mesure devrait stimuler l’offre et
inciter les entreprises à se développer plus facilement, puisqu’elles
attireront plus d’épargnants. Cela devrait bénéficier à tous, en particulier
à travers les emplois créés indirectement par cette action sur l’offre.
On mise sur l’effet Laffer
Une autre partie du plan BUSH consiste
à accélérer la mise en place de réductions d’impôts votées en 2001, mais
qui ne devaient au départ entrer en vigueur que beaucoup plus tard. Parmi
les mesures avancées, on notera la baisse des taux d’imposition de toutes
les tranches (impôt sur le revenu) ainsi que des déductions fiscales pour
les équipements des entreprises, leur permettant d’investir plus et ici
encore de développer leur offre. On notera que ce sont bien les taux d’imposition
que le Président veut baisser, et non simplement l’impôt, ce qui est essentiel
pour provoquer un effet LAFFER, et ce que n’avait pas pris en compte le
plan français -bien modeste- de baisse de l’impôt sur le revenu de 5%
en 2002.
On pouvait être plus inquiet du côté
des mesures qualifiées de « sociales ». Mais la principale d’entre
elles concerne la mise en place de « comptes de retour à l’emploi »
pouvant atteindre 3000 dollars pour aider les chômeurs à retrouver du
travail. Cette mesure est décentralisée, puisqu’elle passerait par les
Etats et surtout elle n’est pas une mesure d’assistance, mais est clairement
destinée à permettre aux chômeurs de prendre des mesures concrètes pour
retrouver un emploi. Par contre on pourra être plus sceptique sur l’allongement
de la durée des indemnités de chômage, mesure qui peut provoquer des effets
pervers en incitant à rester plus longtemps en « recherche d’emploi »
et qui paraît contradictoire avec la précédente.
Un déficit budgétaire transitoire
Evidemment, ce qui peut inquiéter
dans ce plan, c’est qu’il aggrave massivement le déficit budgétaire. Dès
cette année, celui-ci pourrait passer de 145 milliards de dollars à prés
de 250 milliards. Mais on doit d’abord observer que le plan BUSH ne consiste
pas à distribuer, grâce à la création monétaire, de l’argent artificiellement
créé aux contribuables, mais à rendre aux ménages et aux entreprises l’argent
qui leur appartient en réduisant les impôts, ce qui est fort différent.
En outre le déficit ne vient pas
d’une hausse des dépenses civiles mais d’une part de la baisse d’impôts,
de l’autre des dépenses militaires liées à la lutte contre le terrorisme
et aux perspectives de guerre contre l’Irak : on se retrouve dans
le situation de REAGAN en 1980, faisant face aux dangers du communisme
soviétique. Il reste cependant que l’on aurait sans doute dû accompagner
ce plan d’un autre plan de baisse des dépenses publiques, civiles cette
fois. Mais on peut aussi espérer que se produise un effet LAFFER, c’est
à dire que l’économie se développe grâce à ce plan à un rythme plus rapide
et qu’en conséquence les recettes fiscales augmentent (bien que le taux
soit plus faible pour chacun, c’est le cas si chacun est plus riche, la
hausse de la matière imposable se traduisant par une hausse de l’impôt).
Si l’on peut être plutôt optimiste,
c’est que la situation structurelle de l’économie américaine est bien
moins dégradée que celle de l’Europe. La croissance en 2002 a été de l’ordre
de 3% contre 1% en Europe et le plan devrait mettre fin au ralentissement
observé ces derniers temps. Mais surtout le marché du travail, et l’économie
en général, demeurent d’une grande flexibilité, ce qui devrait permettre
à l’économie de repartir et de créer des emplois. De ce dernier point
de vue, la situation est moins dégradée qu’en Europe, puisque le chômage
américain ne dépasse pas 6%.
Au total il faut être prudent face
à ce plan de relance, mais il semble nettement plus orienté vers une stimulation
de l’offre, grâce aux baisses d’impôts, que vers un encouragement keynésien
de la demande à court terme. Les commentaires entendus en France vont
en général en sens contraire.
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