Assurances sociales et responsabilité*
Ejan Mackaay°

Les systèmes actuels de protection sociale ne résultent pas d'une conquête politique et ne participent pas d'un grand élan de générosité : ils ont voulu se substituer à d'autres façons de gérer les risques d'une société industrielle.
Par exemple, les accidents du travail auraient pu être pris en charge par des procédures d'assurances ou de mutualité. Mais le droit français, en particulier, s'est opposé à la couverture volontaire des dommages causés aux travailleurs.
Tandis que l'assurance classique met le travailleur et l'employeur devant leurs responsabilités, les assurances sociales sont vite une prime à l'incurie et à la fraude.
Finalement, les systèmes deviennent explosifs, et toute tentative de réforme se heurte au principe des droits acquis.
Il faudra tôt ou tard retrouver les vertus de la concurrence et de la responsabilité. Mais cela suppose un effacement de l'Etat : problème constitutionnel et politique.


* Ce texte a été présenté au colloque L'éthique et les institutions de la responsabilité, organisé par Euro 92, à Paris, le 10 juin 1992.
° Professeur à la Faculté de droit, Université de Montréal.