"La politique
est l’art d’empêcher les gens de s'occuper de ce qui les concerne ".
Nous sommes quelques-uns à ne plus accepter cette fatalité. A la veille
du troisième millénaire, à l'âge de l’Internet et de la mondialisation,
nous ne pouvons accepter une démocratie qui fonctionne suivant les principes
de l’Ancien Régime. Nous ne voulons plus être assujettis ni à l’Etat,
ni aux princes qui nous gouvernent, ni à la Sécurité Sociale. Nous voulons
nous occuper de ce qui nous concerne.
Malheureusement nous ne sommes pas des professionnels de la politique,
et nous luttons à armes inégales avec ceux qui nous gouvernent.
QUELLE EUROPE ?
Les voici tous plus européens
les uns que les autres : nos candidats nous persuadent que l'Europe
est le grand espoir de la fin du siècle. Mais ils se dispensent bien
de poser la vraie question : quelle Europe ?
Les Français sont tenus dans l'ignorance de ce qui se passera vraiment
dans les mois à venir. Ce n'est pas par hasard : il existe une véritable
conspiration du silence autour des projets européens - conspiration
dont la classe politique française est soit l'inspiratrice soit la complice
involontaire. Quelle conspiration ?
L'EUROPE DES EXPERTS
Il faut cacher aux Français
que ceux qui sont en train de construire l'avenir de l'Europe veulent
en faire une chasse gardée pour les experts, les administrations et
les politiciens de Bruxelles, en un mot pour les "eurocrates".
Si c'est cela l'Europe de demain, non seulement les Français y perdront,
mais une chance historique de rajeunir et de libérer l'Europe aura été
perdue.
Le passé nous explique pourquoi. Voilà maintenant trente ans que nous
voyons fonctionner l'Europe de Bruxelles : Europe des experts, Europe
des "grands chefs". Les experts se sont trompés et nous ont
trompés sur l'économie. Dans leur désir de vouloir organiser des secteurs
entiers de l'activité économique, ils ont mis en place des "politiques
communes" à base de réglementations, de contrôles, de subventions.
Où sont les résultats ? La politique agricole commune a ruiné les agriculteurs,
les consommateurs et les contribuables. Les prix fixés à Bruxelles,
objets d'un marchandage gouvernemental permanent, n'ont pas empêché
l'exode rural ni la baisse des revenus des paysans restés sur les terres.
Ils pèsent sur le budget des ménages : l'alimentation coûte 20 % au
moins de plus, nous sommes privés des bienfaits des importations en
provenance du reste du monde. Pour financer la politique agricole commune
(PAC) nous payons encore un point de TVA de plus (au lieu de 20,6 %
nous n'aurions que 19,6 %) : la différence représente la part de TVA
qui va à la CEE pour subventionner la PAC.
De même le fameux système monétaire européen (en vigueur jusqu'au 01.01.1999)
n'a jamais réussi ni à stabiliser les monnaies des pays de la Communauté
ni à harmoniser les politiques monétaires.
Les monnaies ont dû être dévaluées périodiquement (Franc, Lire, Franc
Belge, Livre, Peseta), on est allé de crise en crise et les Allemands,
modèles de rigueur monétaire, n'ont pas fait école : les banques centrales
et les gouvernements des autres pays ont été incapables de s'imposer
une discipline durable. Dans le domaine du charbon, de l'acier, de la
pèche, des transports, de l'énergie les ravages des experts ont été
tout aussi évidents. Mais faut -il s'en étonner ? L'Europe des experts
est la négation même de l'économie moderne. Celle-ci est faite d'une
multitude d'initiatives et d'arbitrages très complexes, qui ne s'accommodent
pas d'une autorité centrale. Les hauts fonctionnaires, si compétents
et si informés soient -ils, ne sont pas en mesure d'organiser "d'en
haut" la vie économique ; seul le marché, et la fameuse loi de
l'offre et de la demande, sont en mesure de coordonner ces millions
de décisions, émanant de millions de consommateurs et de producteurs
situés dans le monde entier et mis en contact par les techniques actuelles
de communication et d'échange. Economie ouverte et économie dirigée
sont incompatibles. La preuve en est que l'Europe qui a réussi c'est
celle où les experts n'ont pas sévi, où le marché a été libéré de ses
entraves, et où la libre circulation des produits, des capitaux et des
hommes a été admise : l'Europe industrielle, commerciale ou financière
a été un succès, parce que les "experts" n'ont pas eu voix
au chapitre.
Mais d'où est venue la puissance de l'Europe des experts ?
L'EUROPE DES GRANDS CHEFS
Sans doute de sa relation
permanente avec l'Europe des "grands chefs" : tous les dirigeants
politiques, syndicaux, professionnels, qui prétendent parler au nom
de l'intérêt général.
C’est en fait une véritable tromperie sur la démocratie car la représentativité
de ces "grands chefs" est très douteuse et leur prétention
d'incarner le peuple est illégitime. L'exemple des syndicats est révélateur.
Abandonnés par leurs troupes, lâchés par leurs électeurs (parfois moins
de 20 % du personnel des P.M.E. vont voter aux élections "sociales"
de délégués ou de CE), les leaders syndicaux ne cessent de bénéficier
de privilèges que leur confèrent leurs amitiés politiques : monopole
de représentation et d'expression des salariés, subventions de leur
activité aux frais de l'entreprise ou du contribuable, impunité pour
leur conduite - même quand ils séquestrent ou malmènent des personnes,
même quand ils violent la liberté du travail des autres.
Où est le droit, où est la vraie démocratie dans tout cela ?
L'organisation d'un vote ne signifie pas pour autant la démocratie.
Celle-ci suppose surtout que les droits de la minorité soient protégés,
et qu'une majorité ne puisse pas réduire les individus en esclavage.
L'Europe des "grands chefs" se marie volontiers à l'Europe
des experts. Car les grands chefs n'aiment pas le marché ouvert, la
concurrence qui menacent leur position dominante. Dirigeants et fonctionnaires
se comprennent et s'entraident pour garder le pouvoir. Si le pouvoir
est menacé par l'Europe, qu'à cela ne tienne : on invente une super
-puissance européenne contrôlée par les chefs politiques, on installe
un super -Etat européen. On appellera cela de la "supra -nationalité".
II s'agira surtout de recréer à Bruxelles les conditions de la toute
puissance du monde politique, syndical et administratif.
LE CONSTRUCTIVISME DANS
L'HISTOIRE EUROPEENNE
L'Europe de Bruxelles est
donc un double danger : pour l'économie, pour la démocratie. Ce péril
n'est pas illusoire.
Dans le passé plus lointain toutes les tentatives pour créer l'Europe
depuis le "haut" ont tourné dramatiquement. La Révolution
et Napoléon ne voulaient -ils pas libérer l'Europe de la monarchie et
de I"'obscurantisme" ? Ils ont mis le continent à feu et à
sang et s'ils ont imposé le système métrique, la monnaie bimétallique,
le code civil, c'est au prix de l'oppression et au fil de l'épée. De
même en 1918, le traité de Versailles prétend redessiner l'Europe au
nom du "principe des nationalités".
Au prétexte d'indépendances nationales, on fabrique de toutes pièces
des Etats artificiels, unissant des peuples que tout séparait ; ces
créations sans consistance ont très vite été invivables et leur instabilité
a aiguisé les appétits des "grands frères" au premier rang
desquels le III° Reich. Le III° Reich lui-même ne se voulait -il pas
"européen" ? L'Allemagne désire organiser l'Europe...
"Pendant que les autres nations vivent encore sous le régime de
l'individualisme, nous avons réalisé celui de l'organisation",
écrivait un inconditionnel de l'hitlérisme en 1937.
La société rationnellement organisée : voilà la grande illusion de tous
ces faiseurs d'Europe, qui s'en remettent aux vues théoriques des savants,
des philosophes, des ingénieurs.
Cette illusion était d'ailleurs présente à l'esprit des "pères"
de la construction européenne. Avec Jean Monnet à leur tête, ils étaient
persuadés que les "hautes autorités" européennes étaient capables
de planifier la production et la consommation alors que c'était "une
véritable chimère que d'espérer rétablir l'équilibre mondial par le
seul jeu de la loi de l'offre et de la demande".
Aujourd'hui ces thèmes sont ouvertement repris par la gauche française
(et européenne). C'est normal - doublement. D'abord parce que les socialistes
ont toujours prétendu détenir les plans de la société parfaite (sans
classe, sans chômage, sans injustice). Comme le disait Elie Halevy,
"les socialistes croient en deux choses qui sont absolument différentes
et peut-être contradictoires : la liberté et l'organisation". Les
socialistes finissent toujours par s'en remettre à l'Etat -Providence
pour faire le bonheur des individus ; ils ne se rendent pas compte qu'à
ce jeu les individus deviennent les sujets de l'Etat. On glisse facilement
de tout -Etat au totalitarisme.
D'autre part les socialistes veulent une forte organisation au niveau
de la Communauté parce qu'ils regrettent d'avoir fait machine arrière
au niveau national. Ils ont dû pratiquer, aussi bien en France qu'ailleurs,
une révision déchirante : accepter la concurrence, diminuer le budget
de l'Etat, stopper l'inflation. Ils en rendent responsables le marché
mondial, la "spéculation". L'Europe de Bruxelles, c'est leur
revanche : à nouveau on pourra légiférer, contrôler, diriger.
LE PIEGE DE L'HARMONISATION
Mais ce qui est plus surprenant
c'est que les socialistes ne sont pas les seuls à rêver de l'Europe
unie et dirigée. II y a tous ceux qui confondent indûment nation et
Etat et qui, au prétexte que la nation européenne puise ses racines
dans une tradition culturelle, religieuse et philosophique, en concluent
à la nécessité d'une Union politique et d'un Etat européen doté de grands
pouvoirs. Il y a aussi ceux qui veulent renforcer la protection des
entreprises : la "guerre économique" serait plus efficacement
gérée par une direction européenne "parlant d'une seule voix"
que dans le "désordre" des politiques nationales. D'où les
hymnes à l'harmonisation : tous égaux, tous soumis aux hautes autorités
de Bruxelles, incarnation de la sagesse et de l'union des nations.
On connaît la réponse de Margaret Thatcher à Michel Rocard venu plaider
devant elle la cause des "Etats Unis d'Europe" : "Peut-être
dans mille ans". La Dame de Fer, comme à son habitude, fait preuve
de lucidité et marque son goût pour la liberté.
La lucidité c'est de rappeler les erreurs dramatiques de l'Europe organisée,
c'est d'admettre qu'une unanimité entre les gouvernements de la Communauté
est impensable. On l'a vu jadis à propos de la fiscalité sur les revenus
de l'épargne : accusé de vouloir être un "paradis fiscal"
le Luxembourg a refusé la proposition française d'aligner tous les pays
sur un taux harmonisé à 1 5 %. Pire encore, l'Allemagne qui était à
10 % depuis deux ans retourne à 0- comme le Luxembourg. Quelle "harmonisation"
!
Dans ces conditions, il vaut mieux que les pays fassent chacun leur
route, et le seul grand changement en Europe se produira lorsque les
Européens, à l'image des épargnants, pourront librement choisir le pays
où ils préféreront acheter, placer des capitaux, implanter des entreprises,
embaucher du personnel, etc. La liberté des Européens s'exerce alors
au détriment des Etats, et de tous ceux qui vivent par et pour l'Etat.
On comprend dans ces conditions l'opposition des dirigistes de tous
les partis à la liberté des échanges. Si demain l'Europe devient une
zone de complète circulation, qui plus est ouverte sur le reste du monde,
que deviendront les "organisateurs", les experts et les "grands
chefs" ? Ils devraient s'incliner devant le verdict du marché,
des consommateurs et des producteurs.
Peut-on envisager de confier le sort de l'Europe aux Européens dispersés,
à la concurrence ? Peut -on accepter le déclin des Etats, la décrue
des impôts, la fin des monopoles publics, la fin des privilèges syndicaux
?
Ainsi, on le comprend, trop de gens en Europe ont intérêt à ce que rien
ne change. L'Europe de Bruxelles est la meilleure garantie contre l'Europe
de Rome, celle de la libre circulation et du marché unique - sans politique
commune ni hautes autorités. Voilà pourquoi on ne parle ces temps-ci
que de construction européenne, alors qu'il faut, dans l'intérêt des
Européens, souhaiter la libération européenne.
Il faut faire éclater la vérité, et expliquer aux Français qu'on les
conduit progressivement aux portes d'une Europe politisée, socialisée
et dirigiste. Il appartiendra aux Français, enfin informés et conscients,
de prendre en charge leur destin européen. Tout doit être mis en oeuvre
pour que l'Europe ne soit pas confisquée par les eurocrates. Il faut
rendre l'Europe aux Européens.
Pour expliquer
l'Europe
Dès que la construction
européenne est mise en chantier à la fin de la deuxième guerre mondiale,
on se trouve devant des choix déterminants pour le visage de la future
Europe
Premier choix : Faut -il commencer par faire l'Europe politique, avec
des institutions, des administrations, des gouvernants européens, ou
va -t -on amener par priorité les Européens à commercer, à travailler
ensemble ? Cette deuxième idée est moins ambitieuse, mais plus réaliste
en 1958.
Deuxième choix : L'Europe doit -elle être organisée à partir d'une autorité
centrale, planifiant l'économie, ou fait-on confiance au marché pour
coordonner l'activité des producteurs et consommateurs européens ? En
1958, notamment en France, le débat plan / marché était ouvert.
Troisième choix : Faut -il mettre l'Europe en contact avec le reste
du monde ("l'Europe sans rivage") ou constituer un espace
européen protégé, notamment contre la concurrence étrangère ? Ce choix
doit être vu à la lumière des accords de Yalta et de la puissance américaine
de l'époque.
Ces choix se combinent d'ailleurs et nous donnent deux types d'Europe
: le type X est celui d'une Europe politique, dirigiste et protectionniste,
le type Y donne une Europe économique, marchande et ouverte.
En fait à aucun moment on ne s'est résolu à faire les choix nécessaires.
Dans l'ensemble, le traité de Rome, signé en 1957, est plutôt dans le
sens de l'Europe Y. Les pères de l'Europe pensaient qu'il était nécessaire
de retarder l'Europe politique pour laquelle les esprits n'étaient pas
mûrs.
Quant à l'organisation de l'Europe économique, ils ont fait une cote
mal taillée.
Dans le domaine des échanges industriels, la liberté de circulation
à l'intérieur de la Communauté est le principe, et vis-à-vis du reste
du monde le tarif extérieur commun (TEC) est amené à disparaître rapidement
: on accepte une Europe ouverte sur le marché mondial. Par contraste,
l'agriculture, ainsi que le charbon et l'acier, les transports et d'autres
secteurs d'activité sont régis par des politiques communes ; ces domaines
sont régis par l'administration et soumis à la protection de Bruxelles.
C'est le début de la PAC (politique agricole commune).
L'Acte Unique, signé en 1985 et ratifié en 1986, fait un pas de plus
dans la voie du libre échange. En particulier est consacré le principe
de la mutuelle reconnaissance des normes : un produit conforme à la
norme d'un pays est librement accepté partout au sein de la CEE. Mais
Jacques Delors obtient à l'arraché une concession dans la voie de l'Europe
politique : le principe de l'UEM (Union Européenne Monétaire).
Dans le traité de Maastricht (1992) c'est l'UEM qui amorce un processus
d'unification politique, donnant aux autorités européennes de larges
pouvoirs dans le domaine des politiques économiques diverses (PAC, politique
industrielle, transports, énergie, politique commerciale, diplomatique
et enfin PESC - politique européenne de sécurité collective). Cependant
le principe de l'ouverture à la concurrence de tous les secteurs est
rappelé : liberté de circulation des produits, des services, des entreprises,
des capitaux et des hommes (sur ce dernier point ce sont les accords
de Schengen).
A ces hésitations au niveau
de la construction européenne correspondent des ambiguïtés au niveau
de chaque pays.
Pour la France (mais aussi pour la plupart des pays européens) les libéraux
font le choix du modèle Y (Europe économique, marchande et ouverte),
tandis que les souverainistes refusent également l'union politique mais
ne veulent ni de l'Europe marchande ni de l'Europe ouverte.
Au fur et à mesure que l'on va vers la droite, on a des positions de
plus en plus favorables à l'Europe X (politique, dirigée et protectionniste).
Cependant les socio-démocrates et les centristes acceptent des doses
de marché et d'ouverture supérieures à celles des verts et des socialistes.
Si les opinions
publiques sont partagées sur le problème de l'Europe, il y a cependant
des tendances fortes pour chaque nation de l'Europe des Quinze. Là aussi
l'ambiguïté règne puisque nous avons visiblement trois groupes de pays :
- ceux qui, à l'image de l'Angleterre, ont une préférence pour une Europe
marchande, avec un minimum d'institutions politiques et de réglementation.
Dans ce groupe on trouve d'ailleurs les pays ayant mené les réformes
libérales les plus radicales depuis dix ans, et on peut estimer que
l'Espagne d'Aznar a également fait ce choix européen (même si les Espagnols
trouvaient un intérêt dans la PAC)
- ceux qui s'accommodent d'une certaine dose de dirigisme, mais pour
lesquels l'union politique est prématurée : c'est la position des pays
"germaniques", en dépit des options du SPD allemand qui voudrait
davantage de politique européenne (mais qui a dû en rabattre, comme
le prouve la démission de Lafontaine)
- ceux qui veulent tirer l'Europe dans le sens d'une union politique
et socialiste avec une charte sociale développée et de larges transferts
; ces pays, les plus faibles parfois, veulent aussi se protéger contre
l'Europe centrale et de l'Est.
En fait la vraie discussion
sur l'Europe se situe aujourd'hui sur le terrain de son avenir politique.
Car l'Europe économique a fait ses preuves depuis quarante ans : les
nations ont pu bénéficier des avantages d'un marché commun, de la concurrence,
et dans la plupart des secteurs les Européens ont conquis des parts
importantes de marchés mondiaux.
Ce tableau représente les grandes options sur l'avenir politique. Il
est bâti sur les relations qui pourraient s'instaurer entre les Etats
membres de l'Union et les institutions politiques de l'Europe.
Dans une première conception, que l'on peut baptiser "l'Europe
des patries", l'Europe ne dispose pas de véritables institutions.
Les Etats se lient par un traité qui comporte nécessairement quelques
abandons de souveraineté : mais ces abandons sont très limités dans
leur contenu (les Etats renoncent à leur compétence et ne se soumettent
à des règles européennes que pour ce qui est prévu par le traité), et
dans leur durée (un traité peut être soumis à révision, voire à révocation).
Le lien entre Etats membres est plus étroit dans une Confédération.
Ici, des institutions confédérales européennes existent en permanence,
elles ont des domaines de compétence qui leur sont délégués par les
Etats. Cependant, au niveau de la Confédération, les décisions sont
prises à l'unanimité, et chaque Etat membre est représenté. La Confédération
présente aussi une originalité c'est le droit de sécession, qui autorise
un Etat à quitter à tout instant l'Europe. C'est ce système de confédération
qui a présidé à la construction des Etats Unis avant la guerre de Sécession,
et en Suisse avant la création de la "Confédération Helvétique".
Dans un cas comme dans l'autre le terme confédération a été utilisé
à contresens, puisque ce sont les partisans du fédéralisme qui ont fini
par l'emporter.
|
|
Europe
|
Etats
|
|
Europe des patries
|
Abandons de souveraineté limités : compétence,
durée.
Pas d’institution (Traité)
|
Aucun changement – sauf dans le(s) domaines européen(s).
Révocation ou révision
|
|
Confédération
|
Compétences déléguées
Institutions permanentes
(Représentation des Etats)
Règle de l’unanimité
|
Aucun changement (idem)
Droit de sécession
|
|
Fédération
|
Compétences partagées
Institutions représentatives des Etats, des citoyens
Règle de la majorité
Cour constitutionnelle
|
Perte de souveraineté dans les domaines européens
Maintien des parlements Nationaux/Locaux
|
|
Europe unitaire
|
Compétence généralisée
Règle de la majorité
Institutions représentatives des citoyens (éventuellement des Etats)
|
Compétences retenues
Eventuellement :
Parlements Nationaux/Locaux
|
La fédération
est une formule plus contraignante pour les Etats, même s'ils gardent
un certain nombre de compétences en propre et leurs propres institutions
nationales et locales. De nombreuses compétences sont transférées à
la Fédération, où non seulement les Etats mais aussi les citoyens sont
directement représentés et où les décisions sont prises à la règle de
la majorité. En général, une Cour Constitutionnelle arbitre les conflits
de compétence entre les niveaux de la Fédération, et veille au bon fonctionnement
des institutions fédérales. La Suisse, les Etats Unis et la République
Fédérale d'Allemagne sont à peu près construits suivant ces principes.
Enfin l'Europe unitaire, ou supra -nationale exerce une compétence généralisée,
à l'exception de certains domaines qui restent de la compétence des
Etats. Les institutions découlent du jeu de la démocratie représentative
des citoyens de l'Europe. Les décisions sont prises à la majorité, sans
considération de la volonté des gouvernements des Etats membres. Ceux-ci
peuvent évidemment survivre, ainsi que les parlements nationaux et locaux,
mais leurs pouvoirs sont réellement limités. Ils ont le sort réservé
aujourd'hui en France aux différentes régions.
Evidemment ce tableau est simplifié. De nombreux pays se situent à la
limite entre plusieurs niveaux. L'Espagne, l'Italie, la Belgique, les
Pays Bas, sont aux confins de l'Etat fédéral et de l'Etat unitaire.
Les tendances "confédérales" peuvent y être également très
prononcées.
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Europe
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Etats
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Europe des patries
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Abandon de souveraineté limités : compétence,
durée
Pas d’institution (Traité)
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Aucun changement – sauf dans le(s) domaines(s)
européen(s).
Révocation ou révision
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Confédération
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Compétences déléguées
Institutions permanentes
(Représentation des Etats)
Règle de l’unanimité
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Aucun changement (Idem)
Droit de sécession
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Fédération
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Compétences partagées
Institutions représentatives des Etats, des citoyens
Règle de la majorité
Cour constitutionnelle
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Perte de souveraineté dans les domaines européens.
Maintien des parlements Nationaux/Locaux
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Europe unitaire
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Compétence généralisée
Règle de la majorité
Institutions représentatives des citoyens (éventuellement
des Etats)
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Compétences retenues
Eventuellement : Parlements Nationaux/Locaux
|
Les options sur
l'avenir de l'Europe vont avoir un effet sur les rouages actuels de
la machinerie européenne. Que deviendront -ils ? Les questions les plus
souvent débattues concernent
- d'abord le Parlement européen avec les points suivants à trancher
- Quel mode d'élection ? Par nation, par région, tous territoires confondus
? Mode électoral fixé par l'Europe, par chaque pays pour ses propres
élus ? Suffrage majoritaire, proportionnel, mixte ? - Quelle composition
? Combien de sièges, et répartis comment entre les diverses nationalités
considérées ? - Quels pouvoirs ? Pouvoir législatif (aujourd'hui existant
mais limité) ? Pouvoir fiscal (possibilité de pouvoir directement lever
des impôts) ? Pouvoir budgétaire (possibilité d'engager des dépenses
européennes)? - Quel contrôle ? Contrôle par bicaméralisme avec une
assemblée représentative des Etats (type Sénat américain) ? Contrôle
par Cour Constitutionnelle ?
- ensuite, la commission, organe le plus critiqué aujourd'hui (notamment
après la démission des commissaires) - Quelle composition ? Nationalité
et nombre des commissaires, recrutement des fonctionnaires travaillant
pour la commission, statut de ces fonctionnaires. - Quels pouvoirs ?
Au prétexte qu'elle n'avait qu'un rôle consultatif, la commission a
étendu sans arrêt son domaine d'intervention. Sera -t -telle ramenée
à un rôle de pure administration et de préparation des dossiers ? Des
pouvoirs de la commission dépend le sort du lobbying à Bruxelles. -
Quel contrôle ? Faute de connaissance des dossiers et de permanence,
le Conseil n'a jamais exercé de contrôle ; le contrôle du Parlement
a été également théorique.
- le Conseil doit également se réformer ; avec l'élargissement
de l'Europe il va devenir un véritable petit parlement, et les décisions
ne pourront pas être prises de façon sérieuse ; il y a de plus en plus
à prendre en compte la taille des Etats et se demander si le Conseil
ne risque pas d'être dominé par l'alliance de deux ou trois grands,
ou par la coalition de tous les petits.
Composition : tous les pays sont -ils représentés, sur un pied
d'égalité ?
Décision : majorité simple ? qualifiée ? Minorités de blocage
par les grands ? par les petits ?
Pouvoir : exécutif ? Initiative des lois ? Sur l'initiative de
la Commission ? Dans quels domaines ?
Contrôle : contrôle politique devant le Parlement ? Contrôle
juridique devant la Cour ? Quelle Cour ?
- car, enfin, les institutions judiciaires de l'Europe ont à être repensées.
Aujourd'hui les juges de la Cour sont nommés par le Conseil ; est -ce
la bonne solution ? La Cour de Luxembourg se confine dans l'interprétation
du droit européen, surtout développé dans le domaine économique et social.
Faut -il élargir son rôle pour en faire une cour constitutionnelle ?
D'autre part, il existe la Cour de Strasbourg qui veille à la protection
des Droits de l'Homme. Mais elle ne peut être saisie qu'avec lenteur
et difficulté. Faut -il en revoir les règles de saisine ? Pourquoi pas
une Cour fusionnée avec celle de Luxembourg ?
On le voit : les débats sont loin d'être clos. La pire solution serait
de confier la préparation d'une constitution européenne à un groupe
d'experts. A tout prendre il faudrait faire discuter de ces choix par
le Parlement, mais il aura tendance à se tailler la part du lion. La
meilleure solution est, à la manière des Anglais, de procéder empiriquement
en se contentant d'un niveau minimum d'institutions : dans cette optique,
la commission devrait disparaître, les compétences des Parlements (européen
et nationaux) et du Conseil soigneusement définies suivant le principe
de subsidiarité : le moins à l'Europe, le plus en dessous.
Les choix institutionnels
auxquels l'Europe est maintenant confrontée se ramènent à adopter une
logique de politisation ou une logique de libéralisation.
Dans le premier cas, le cercle de l'Etat sera grossi par rapport à celui
du marché.
Dans le deuxième cas, la construction européenne sera l'occasion de
libérer les Européens de l'Etat et d'étendre le cercle du marché.
La
logique de la politisation entraîne un certain nombre de conséquences.
Plus de politiques et moins de marché : au lieu d'être réglée par les
ajustements micro -économiques du marché, l'économie européenne sera
dirigée par les politiques macro -économiques définies par les autorités
européennes, fédérales ou nationales.
Pour réaliser "l'union politique" il faudra plus d'institutions,
et les libertés s'en trouveront restreintes. Davantage d'administrations,
de rouages bureaucratiques, de fonctionnaires, de politiciens, c'est
autant d'occasions de paralyser les libertés individuelles, les initiatives
personnelles. C'est une préférence pour la centralisation et la hiérarchie
out ce que l'on avait cru définitivement abattu avec le mur de Berlin.
C'est toujours au nom du bonheur des peuples que les dirigeants étendent
leurs pouvoirs. Mais le peuple européen sera -t -il plus heureux dans
une Europe politisée ? Des institutions plus nombreuses et plus puissantes
appellent nécessairement plus d'impôts et plus de réglementations. L'Europe
y perdra de sa compétitivité mondiale, les Européens y perdront encore
plus d'emplois et de pouvoir d'achat. L'Eurosclérose laissera place
à l'Europauvreté. Ce n'est pas en Amérique ou en Angleterre qu'il faudra
aller chercher les pauvres : ils seront sur le continent européen (et
ils y sont déjà dans certains pays qui ont fait germer le quart -monde).
C'est pourtant vers cette Europe politisée que nous conduisent les traités
de Maastricht et d'Amsterdam. Ce dernier traité prétend "coordonner"
les politiques menées par les Etats membres dans un certain nombre de
domaines. On n'a retenu que la coordination des politiques monétaires
et budgétaires (déjà présente dans les critères de Maastricht). Mais
en réalité, l'énumération des politiques où la coordination laissera
progressivement place à l'unification est impressionnante
- il y a l'incontournable politique agricole commune : elle est toujours
donnée en modèle des réussites de l'Europe alors qu'elle s'est soldée
par un échec dans tous les domaines : excédents et pénuries, quotas,
jachères, indemnités compensatoires, prix très élevés pour les consommateurs,
revenus très faibles pour les producteurs,
- il y a la politique industrielle commune : destinée à organiser (de
façon autoritaire) quelques grands groupes - dans le domaine de l'industrie
de l'armement en particulier,
- il y a la politique structurelle : destinée à "rééquilibrer"
certaines régions et certains secteurs de l'Europe, elle est en fait
le prétexte à d'énormes transferts (dont les pays du Sud ont été largement
bénéficiaires jusqu'à présent),
- il y a la politique environnementale, que presque plus personne ne
conteste, puisque les Verts ont persuadé l'opinion publique que seules
des politiques les plus globales possibles (il faudrait aller jusqu'à
la planète entière) sont en mesure de protéger l'humanité contre la
pollution et l'épuisement des ressources naturelles...
- il y a la politique sociale, car on entend imposer à tous les pays
un système de Sécurité Sociale inspiré de celui de la France,
- il y a la politique commerciale, pour que l'Europe "parle d'une
seule voix" dans les négociations avec le reste du monde, comme
si l'OMC n'existait pas, et comme s'il fallait remettre en cause le
libre échange et la mondialisation,
- il y a la politique diplomatique, car les négociations commerciales
sont partie intégrante de la diplomatie, et parce que l'on pense que
l'Europe a un rôle à jouer pour contrebalancer le leadership américain,
- la politique européenne de sécurité collective (PESC) est le prolongement
naturel de la politique diplomatique, car il faut disposer d'une force
de frappe autonome pour avoir un poids diplomatique. Une armée européenne
permettrait aussi de développer une industrie européenne de l'armement.
La libéralisation est d'abord,
du point de vue économique, un acte de confiance dans les vertus du
marché. Le "laissez -faire" (libre entreprise) et "laissez
-passer" (libre échange) sont les revendications libérales depuis
deux siècles et demi:
- elles sont la conséquence et la condition d'exercice de la propriété
privée et de l'initiative personnelle, elles -mêmes participent de la
spécificité et de la dignité de l'être humain ; ces "droits de
l'homme", souvent évoqués, sont en fait bien mal respectés
- elles permettent le progrès économique et la dynamique sociale en
faisant jouer la concurrence et l'innovation
- elles sont des occasions de rencontre et de complémentarité entre
les peuples et à ce titre favorisent la mutuelle compréhension et la
paix.
Quant à ceux qui assimilent le "laissez -fairisme" à l'anarchie,
ils ignorent que le marché ne peut fonctionner sans état de droit, et
que la concurrence doit être protégée par des règles qui font justement
respecter la propriété privée et le libre accès au marché.
La libéralisation est ensuite, d'un point de vue politique, un allégement
des interventions de l'Etat. Le marché et la concurrence ne requièrent
pas une harmonisation préalable : il n'est pas nécessaire ni même souhaitable
d'être égaux pour pratiquer l'échange et en tirer un commun progrès.
Mais le marché et la concurrence aboutissent à une harmonisation, en
forçant chaque Etat à s'aligner sur celui qui est le "mieux disant
libéral" : le moins d'impôts, le moins de réglementations, le moins
de charges sociales, etc. La seule mutuelle reconnaissance des normes
(comme l'avait prévu l'Acte Unique) va rapprocher des espaces européens
très différents, mais de façon progressive et toujours dans le sens
du moins d'Etat. C'est bien la raison pour laquelle l'Etat et ceux qui
en vivent ne sont guère favorables à la libre circulation, et préfèrent
organiser "leur" harmonisation, pour y maintenir leurs privilèges.
La libéralisation est enfin la promesse que l'Europe et les Européens
reprendront leur place dans le concert mondial. Les coûts d'une bureaucratie
pléthorique étant éliminés, les contraintes d'une réglementation paralysante
étant levées, les Européens pourront retrouverle chemin de la création
d'entreprises, et de la multiplication des emplois.
A l'Euroscléroase succédera la renaissance européenne.
Manifeste pour l'Europe
des Européens
En 1990 six cents universitaires
de l'Europe entière donnaient leur signature à ce texte, qui encore
aujourd'hui résume parfaitement le point de vue libéral.
Au moment où les gouvernants se proposent
de donner un nouveau visage aux institutions et politiques de l'Europe,
les signataires de ce manifeste appellent les Européens de toutes nations
à la vigilance. Les gouvernants ne doivent pas accentuer la dérive vers
une Europe dirigiste, bureaucratique et fermée, et à oeuvrer pour une
Europe des libertés.
Nous voulons une Europe pour
les Européens, et non pas pour les Etats. L'Europe ne doit pas être
le prétexte à de nouvelles usurpations des libertés individuelles par
les gouvernants et les bureaucrates. Elle est au contraire une occasion
de remettre en cause les Etats, en instaurant de libres choix institutionnels
pour les Européens.
Nous voulons une Europe pour tous les Européens, et non pas seulement
pour quinze pays. Il faut prévoir les conditions d'accueil pour tous
les pays européens, au lieu de considérer l'Europe comme une forteresse
jalousement gardée par un pouvoir politique renforcé.
RENOUER AVEC LA TRADITION
EUROPEENNE
Seules ces options fondamentales
sont conformes à la tradition européenne, qui est faite de valeurs communes
et de diversités culturelles et institutionnelles.
Les valeurs communes de l'Europe sont le respect de la liberté et de
la dignité de la personne humaine, la propriété individuelle, l'économie
de marché et l'état de droit.
L'Europe est riche aussi de ses diversités, propices à la création intellectuelle,
artistique et économique, autorisant la recherche empirique des chemins
du progrès.
Aujourd'hui l'Europe renoue avec sa tradition; il faut garantir et renforcer
les valeurs de la liberté dans les pays de l'Est, il faut relever le
défi de la mondialisation, et maintenir durablement la prospérité générale.
Plus que jamais il serait absurde d'adopter un projet jacobin qui construirait
un pouvoir étatique supplémentaire et un droit artificiel.
Dans cet esprit, nous demandons que l'on n'hésite pas accentuer les
quatre libertés fondamentales du traité de Rome, que les politiques
contraires à la liberté et au marché soient abandonnées, que les institutions
communautaires soient allégées et réorientées en vue d'une meilleure
pratique des droits individuels.
HARMONIE EUROPEENNE
Les quatre libertés fondamentales
sont celles du libre échange des biens, de la libre circulation des
services, des capitaux et des hommes (incluant la liberté d'établissement).
Elles doivent aller au delà des douze pays de la CEE et bénéficier à
tous les pays européens.
Ces libertés nous paraissent suffisantes pour aboutir à une véritable
harmonie européenne. Pour Jacques Delors et pour la plupart des partisans
de l'Europe de Bruxelles l'harmonisation est l'uniformisation imposée
et artificielle. Pour nous l'harmonisation est l'union par la liberté
et la mise en concurrence.
Voilà pourquoi, pour assurer la meilleure protection sociale des Européens,
nous refusons une Charte sociale irréaliste et technocratique et nous
préconisons le libre choix individuel des systèmes d'assurances sociales
et de retraites.
Voilà pourquoi, pour assurer l'allégement fiscal, nous sommes opposés
à une uniformisation fiscale et nous préférons la concurrence entre
droits et règlements fiscaux.
Voilà pourquoi, pour assurer la meilleure information du consommateur,
nous ne croyons pas aux normes européennes et nous approuvons le principe
de la reconnaissance mutuelle des normes prévu dans le projet de marché
unique.
ELARGIR LA CONCURRENCE
Nous affirmons qu'il n'y
a pas de raison pour que certains domaines d'activité échappent à ces
libertés fondamentales, et en conséquence les politiques communautaires
qui réduisent ces libertés doivent être abandonnées.
Nous rappelons notre opposition à la politique agricole commune, qui
a toujours pénalisé le pouvoir d'achat des Européens, qui a entraîné
des gaspillages scandaleux et créé des privilèges exorbitants pour quelques-uns,
sans apporter à la masse des agriculteurs la moindre solution à leurs
problèmes, et qui aujourd'hui menace les pays de l'Est d'une exclusion
économique.
Nous dénonçons de la même manière les grands programmes industriels,
qui n'ont d'autre effet que de stériliser l'innovation et la créativité
ni d'autre raison d'être que de fausser la concurrence.
Nous disons notre scepticisme à l'égard de toute politique commune de
l'environnement, parce que nous croyons, dans ce domaine comme ailleurs,
aux bienfaits de la décentralisation et du marché (dans un cadre de
droit rénové, où la propriété privée jouerait enfin son rôle).
Ainsi, à une Europe qui a été conçue trop souvent par le passé comme
un cartel d'états nous voulons substituer une Europe de la concurrence.
Nous voulons l'Europe de la compétition, non l'Europe des privilèges.
Nous voulons moins de cartels, moins de monopoles créés, organisés ou
soutenus par les Etats. Nous voulons moins de nomenklaturas bureaucratiques,
moins de castes politiques dirigeantes.
Nous voulons plus de secteur privé; le principe de la privatisation
du plus grand nombre des services dits publics doit être mis en application
dans les meilleurs délais.
Ces aspirations à la concurrence et à la privatisation sont aussi bien
le fait des Européens récemment libérés du joug communiste que de ceux
qui subissent depuis cinquante ans les méfaits du dirigisme. Elles sont
de nature à éviter le réveil des nationalismes agressifs et à ancrer
durablement les nations européennes dans la démocratie.
PLUS DE DROIT, MOINS
DE LOIS
Nous approuvons sans réserve
les efforts menés pour restaurer une vraie démocratie européenne.
Celle-ci ne peut se fonder sur la multiplication et le renforcement
d'institutions usurpatrices des libertés individuelles. Le monopole
d'un gouvernement, ou même d'un Parlement européen n'ajoute rien à la
démocratie, mais y soustrait. Le vrai déficit démocratique n'est pas
comblé par l'apparition ou la réorganisation de pouvoirs politiques
mais par la reconnaissance et la protection des droits individuels des
Européens.
Dans cet esprit, nous demandons que le traité de Rome soit enrichi par
une Déclaration des Droits des Européens, inspirée des principes de
la Déclaration Européenne des Droits de l'Homme. Dans la perspective
d'un élargissement de l'Europe, nous demandons encore que les moyens
judiciaires dont disposent les Européens pour faire valoir directement
leurs droits individuels, soient renforcés et simplifiés et que l'on
envisage la fusion des juridictions de Strasbourg et de Luxembourg.
Le libre accès des citoyens à ces juridictions doit être reconnu.
Nous souhaitons pour tous les Européens que l'Europe devienne ainsi
un espace de droit, un libre marché, où circulent en toute facilité
des Européens riches de leurs diversités et fiers de leur mutuelle compréhension.
Nous appelons de nos vœux une Europe qui évite les pièges du socialisme
et du nationalisme, et qui puisse trouver la route de la liberté.
Que ceux qui entendent cet appel se joignent à nous pour alerter l'opinion
publique, et persuader les Européens qu'ils ont une chance historique
à saisir, et qu'ils ne doivent pas remettre leur sort entre les mains
de ceux qui par intérêt, par idéologie ou par tradition ont réduit les
libertés et détruit l'espoir du progrès et de la paix.