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HAMLET, PRINCE
DES ECONOMISTES….La science économique
est depuis son origine sujette à des crises existentielles. Elle a du mal à franchir
le cap de l’adolescence. Certains pensent que pour s’affranchir de la tutelle
de la philosophie morale, il convient d’emprunter le bolide des mathématiques
et de le pousser à ses extrémités. Mais les choses ne sont pas si simples. Etre
ou ne pas être économiste, telle est toujours la question. Le manifeste reproche donc à l’enseignement de l’économie
de faire la part trop belle aux mathématiques et ainsi d’être coupé de la réalité
et des autres sciences sociales. Affirmation neutre en apparence. Pourtant si
l’on considère les noms des signataires, force est de remarquer que l’on retrouve
tous les marxistes et anciens marxistes de la profession. Et le contenu de la
déclaration correspond bien à la critique marxiste de « l’économie politique
bourgeoise », qui recouvre les approches classique et néo-classique.
L’objectif recherché vise la réunification des sciences humaines et sociales autour
du paradigme du matérialisme historique. Cela éclaire bien le reproche qui est
fait à l’enseignement actuel d’insister trop, pêle-mêle, sur l’économie néo-classique,
sur l’économie mathématique, sur l’économie libérale et sur des raisonnements
exclusivement abstraits. L’amalgame qui est fait entre ces différents aspects
est caractéristique de la critique marxiste et des approches qui lui sont apparentées
d’une manière ou d’une autre. Pourtant cette quadruple assimilation est scientifiquement
discutable et même non fondée. L’économie néo-classique est mathématique. C’est vrai
pour l’essentiel de l’approche néo-classique, mais pas pour la totalité. L’école
néo-classique est née du courant marginaliste qui propose une approche microéconomique.
Ce courant initial comportait trois ramifications, désignées par le lieu de résidence
des fondateurs : Cambridge, Lausanne et Vienne. Les deux premiers courants
se sont orientés vers l’économie mathématique et ont connu au XXème siècle une
diffusion universelle. Le troisième courant repose également sur l’individualisme
méthodologique et exclut même certaines ambiguïtés que peuvent présenter les deux
premiers courants. Pourtant, il n’a pas recours aux instruments mathématiques.
Dans l’absolu, il est faux de dire que l’approche microéconomique est exclusivement
une approche mathématique. L’économie néo-classique serait libérale. Nous trouvons
là, curieusement, une idée fausse et pourtant très largement répandue. Le fondateur
de la microéconomie mathématique, Léon WALRAS était un militant socialiste notoire
qui prétendait utiliser sa science pour construire une forme de socialisme. Le
modèle d’équilibre général des marchés, qu’il a élaboré, a été prolongé par une
démonstration qui fait de l’économie marchande la meilleure situation sociale
envisageable. Nul besoin de l’intervention perturbatrice de l’Etat. Pourtant,
cette démonstration a été réalisée sous des hypothèses très restrictives. Les
études ultérieures ont rapidement montré que si ces hypothèses sont élargies,
le marché ne conduit plus à un état social optimal, qui requiert alors l’intervention
publique. On trouve beaucoup de microéconomie mathématique dans les justifications
de l’intervention économique de l’Etat. Pour prolonger cette remarque, notons
que même l’école Autrichienne n’est pas totalement orientée vers des politiques
libérales, F von WIESER a développé au début du siècle
des arguments largement interventionnistes Enfin, dernière confusion : l’économie mathématique
est complètement coupée de la réalité historique. Là encore, l’idée n’est pas
totalement fausse, mais elle est excessive. Certains économistes ne font qu’appliquer
les mathématiques dans tous leurs raffinements à la logique du raisonnement économique.
Mais comment se manifeste le souci des économistes de rapprocher leurs analyses
de la réalité ? Par des travaux empiriques constituant l'économétrie, qui
n’est rien d’autre que des statistiques appliquées. Et revoilà
le formalisme… En conclusion, peut-on reprocher à l’économie d’être
coupée des autres sciences sociales, d’avoir même des objectifs hégémoniques en
tentant de les évincer sur leur propre terrain (il existe en effet une analyse
économique du non marchand, des relations domestiques, de la politique, etc…). ?
C’est un reproche souvent fait par les spécialistes des autres sciences sociales,
mais il révèle plus un agacement, d’ailleurs bien compréhensible, qu’une attitude
scientifique. Les sciences sociales se distinguent les unes des autres plus par
leur démarche que par leur objet. Ce manifeste ne serait-il pas l’arbre qui cache la
forêt ? Les idéologies ont la vie longue et sous un habillage scientifique,
nous trouvons des éléments de doctrines holistes qui refusent de considérer l’individu
comme un être autonome. Mots-clés : Ecole
autrichienne, Ecole
néo-classique, Econométrie, Individualisme
méthodologique, Holisme,
Marxisme, Science
économique.
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