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L'ENSEIGNEMENT DE L'ECONOMIE ET LA PENSEE UNIQUE Jack LANG souhaite réformer l’enseignement de l’économie dans les universités.
Les interventionnistes et anti-mondialistes de tout poil trouvent que la science
économique s’écarte trop de leurs thèses. Mais le ministre veut donner à sa réforme
une autorité scientifique. Il l’a soigneusement baliséE en partant d’un rapport
confié à un professeur d’économie, Jean-Paul FITOUSSI.
Il y a quelques mois, une pétition, tout d’abord confidentielle, organisée par les élèves de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, demandait un enseignement plus « ouvert » de la science économique, rejetant pèle-mèle la formalisation et le modèle néo-classique. Cette pétition a eu du succès, des sommités y ont apposé leur nom. Mais cette première pétition a suscité une contre pétition, signée par d’autres sommités…Le ministre de l’Education Nationale a certainement vu dans ces remous une opportunité pour contrer les développements actuels de la science économique qui, depuis quelques décennies, approfondissent certains thèmes des Ecoles Classique et Marginaliste, honnies parce que qualifiées de « libérales ». Sous couvert d’objectivité et d’autorité scientifique, Jack LANG a demandé à Jean Paul FITOUSSI, président de l’Observatoire Français de Conjoncture Economique et président du précédent jury d’agrégation de l’enseignement supérieur pour les sciences économiques, un rapport sur l’enseignement de la discipline. Mais la sympathie de Jean-Paul FITOUSSI pour la première pétition est connue. Le rapport propose une série de mesures qui ne sont pas nouvelles. Certaines ne sont pas sans intérêt, par exemple de dispenser une formation en techniques quantitatives qui ne soit pas simplement un instrument facile de sélection en premier cycle. Il propose également de limiter le recours aux QCM lors des premières années de formation et de faire davantage appel aux capacités de réflexion des candidats (dissertations, notes de lecture…).. Cette proposition n’est pas inintéressante, mais elle demeure discutable. La réponse à un QCM bien élaboré requiert de l’étudiant des capacités de réflexion performantes, son utilisation au concours de l’internat de médecine le montre assez bien. Certes les QCM ne doivent pas être l’unique modalité d’examen pour le DEUG. Le rapport contient une fausse évidence, lorsqu’il considère que les étudiants ne peuvent pas savoir ce dont ils ont besoin comme enseignement avant d’avoir achevé leur formation. Cela n’est pas exact, parce que les étudiants ont des objectifs au départ, et, de là, se déterminent des attentes. Un anti-mondialiste qui s’inscrit à l’université sait ce dont il a « besoin ». La grande orientation que revendiquait la pétition et que reprend le rapport est de privilégier une approche « pluri paradigmatique » de la science économique. Cette tendance se manifeste par deux propositions. L’enseignement ne saurait se limiter au modèle libéral. Mais, pour cela, il ne sert à rien de rajouter des cours d’histoire des faits et de la pensée économique, tous les cours doivent faire appel à des éléments d’histoire, de politique économique. Ainsi se fonde une approche ouverte de la science économique. D’autre part, l’enseignement des mathématiques est important. Il doit permettre d’acquérir la démarche propre à la science économique qui s’insère très bien dans l’approche pluri paradigmatique revendiquée. Cette dernière remarque est parfaitement exacte. On assimile trop vite néo-classicisme et libéralisme. Les techniques quantitatives permettent d’utiliser les instruments de la microéconomie qui peuvent, à leur tour, s’insérer dans un modèle néo-classique libéral (les travaux de Gary BECKER) ou interventionniste (SAMUELSON et l’économie publique) voire marxiste (John ROEMER et le marxisme analytique). Le danger réel des mathématiques est d’un autre ordre : il donne aux relations humaines l’apparence de relations mécaniques strictes, ce qui relève du réductionnisme. C’est pour cela que les économistes de l’école autrichienne, dès l’origine, s’y sont opposés. Mais les tenants du constructivisme ont trouvé dans la formalisation un instrument intellectuellement performant qui leur permet de reconstruire, sur le papier, la société comme une machine. La critique anti-mathématique de l’économie est plutôt libérale, on comprend que le rapport ministériel souhaite défendre un enseignement formalisé. La première proposition rappelle fortement l’enseignement de l’économie proposé dans les lycées. L’approche y est faussement pluri disciplinaire, mêlant économie, sociologie, droit, sciences politiques, etc…Le rapport vise à introduire cette démarche dans le cadre de l’enseignement supérieur de la science économique, dans un esprit particulier, celui d’une « secondarisation » de l’enseignement supérieur, revendiquée depuis longtemps par les syndicats de gauche, qui souhaiteraient que l’on puisse enseigner indifféremment en lycée ou à l’université. Dans cette perspective, l’enseignement se transformera en une sorte de plaidoirie faisant feu de tout bois dans l’objectif de donner à des prises de positions doctrinales l’aura d’une vérité scientifique. Cette perspective est très forte en France, elle avait beaucoup reculé avec la découverte de la situation économique des pays ayant adhéré au communisme. Comme le phénix, elle renaît de ses cendres. Car les pétitions, comme le rapport, se trompent de cible. Ce qui doit être critiqué, en économie comme ailleurs, c’est la pensée unique. Mais, dans les universités françaises, cette pensée unique n’est pas libérale, mais interventionniste, keynésienne, avec quelques relents marxistes. La formalisation masque cette réalité et les étatistes s’accommodent très bien de certains modèles mathématiques d’inspiration néoclassique. La pensée libérale, celle des principaux prix Nobel d’économie, elle, est pratiquement absente de la grande majorité des universités françaises. Voilà pourquoi les étudiants, puis les actifs français ne comprennent rien au libre marché : il ne leur est pas enseigné. Mots-Clés : Constructivisme, Economie, Microéconomie, Science économique.
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