REBELLION CONTRE LES MATH EN ECONOMIE


La coupe est pleine ! Depuis des années, les bacheliers et étudiants en économie se plaignent de la place abusive occupée par les math dans l’enseignement de l’économie. Cette démarche dite « scientifique » empêche trop souvent un raisonnement et un débat en phase avec la réalité. Il aura fallu attendre la demande d’un rapport officiel sur l’enseignement de la science économique à l’université pour que le problème soit entendu par tous.


Les deux premières années sont souvent les plus dures dans les facultés de sciences économiques car la sélection est sévère. Cette sélection se fait par un outil plutôt inattendu pour ceux qui s’intéressent aux débats contemporains tels que le chômage, l’inflation ou l’exclusion : les math !

La plupart des économistes prétendent en effet comprendre l’économie grâce à ces outils hautement scientifiques que sont les équations. Leur démarche est simple : ils posent des hypothèses « données au départ », ils supposent une relation « de cause à effet » entre divers éléments, puis ils résolvent les systèmes ainsi déterminés grâce aux nombreux outils mathématiques dont ils disposent. Certes, les math permettent de « schématiser » les relations entre les éléments clefs d’un phénomène économique. Sauf que, dans la logique mathématique, les données sont statiques, figées une fois pour toutes. Bien sûr, quelques analyses dites « dynamiques » ont essayé de montrer leur bonne volonté à suivre les changements potentiels d’une relation économique. Mais qu’elle soit statique ou dynamique, l’analyse économique mathématique reste à des milliers de kilomètres de la réalité.

En effet, l’économie a pour objet d’étude l’action humaine et les relations entre individus, des éléments difficiles à mettre en équation ! De par leur subjectivité, deux individus ne prendront pas forcément la même décision face à une même situation. En outre, il est délicat de prétendre connaître précisément et mettre en équation toutes les relations de cause à effet d’un phénomène économique issus de l’action de plusieurs milliers d’individus. Essayez d’expliquer à un RMIste que sa situation dépend d’un système d’équations complexe dont la dérivée première est négative ! On ne met pas facilement les hommes en équations.

Alors pourquoi ce quasi-monopole mathématique dans l’enseignement économique ? Parce que l’usage des mathématiques apporte une prestance à ceux qui le maîtrisent. A sa naissance, l’économie fut vivement critiquée : trop subjective, trop imprécise. Alors pour revendiquer le caractère scientifique de la chose, certains ont cru bon de « modéliser » les notions économiques. L’opportunité était trop belle pour les mathématiciens dont la filière dans laquelle ils s’étaient précipités pour cause de « sélection prestigieuse » était bouchée : ils allaient devenir économistes ! L’engrenage fut rapide, et quelques hypothèses plus tard, les modèles étaient toujours plus complexes. Celui-ci critiquait celui-là à propos de la troisième variable de la deuxième équation de son système !

Pendant ce temps là, les non initiés se débrouillent. Les politiques font appel aux plus prestigieux pour essayer de comprendre le dernier rapport « économique » qui encombre leur bureau. Les étudiants souffrent pendant les examens des deux premières années, en attendant la licence, porte entrouverte aux débats de fond et non plus aux querelles de spécialistes. Pourtant, nombre de ces étudiants décrochent, déçus par cette approche de l’économie et traînent dans les couloirs de sociologie ou de droit pour essayer de comprendre l’économie par des moyens détournés.

Peut-être est-ce la volonté des politiques d’écarter ces (trop) jeunes de l’opium économique : ils risqueraient de comprendre que tout n’est pas aussi simple que les clichés qu’ont leur assène à coup de discours politiques soporifiques. Aujourd’hui, ces jeunes refusent de se résigner : ils se sont aperçus qu’il existait, dans l’ombre, un enseignement économique non abstrait, en phase avec les dilemmes contemporains. Comme par hasard, c’est celui des vrais économistes, dont de nombreux prix Nobel. Ils donnent à l’économie sa dimension réelle, humaine et morale. Cet enseignement peut être déroutant car il balaye souvent d’un revers de main toutes les bonnes intentions gouvernementales pour expliquer la réalité économique et montrent que ce n’est pas une « horreur ». Il semble pourtant qu’après toutes les élucubrations auxquelles on a assisté, il soit (enfin) nécessaire de s’en remettre à la vérité économique et à la responsabilité de son enseignement pour préparer l’avenir.

Les jeunes et les moins jeunes ont besoin de comprendre la réalité économique dans laquelle ils évoluent : comprendre comment ça marche pour mieux « s’en sortir ». Un rapport a été commandé à un professeur d’économie, Michel Vernières, par la Direction de l’enseignement supérieur. Mais c’est la pression étudiante qui devra faire vaciller la citadelle de l’enseignement universitaire en économie, pour le ramener dans le camp de la réalité, celle de l’homme, libre et responsable de ses choix.

Mots-clés : Capital humain, Economie, Formation, Science économique.