L’AMERIQUE SOLIDAIRE


Dans le malheur qui les frappe, les Américains nous donnent une leçon de solidarité. Voilà une occasion de se rappeler ce qu’est la société civile et de reconsidérer ce qu’on appelle « le social ».


Les évènements dramatiques survenus aux Etats-Unis la semaine dernière ont suscité une énorme émotion internationale. La réaction du peuple américain, dans sa douleur, nous donne à réfléchir à l’objet même de cette rubrique : le social. En dehors du mitraillage incessant des mêmes images apocalyptiques, les médias hexagonaux ont souligné le courage et le dévouement exemplaires des sauveteurs new-yorkais, salués par leur compatriotes, tout aussi solidaires. L’Amérique solidaire donc : des pompiers qui vont risquer de se faire tuer pour un improbable miraculé, d’impressionantes files d’attente pour donner son sang pour les rescapés de cette folie meurtrière...

La France prend des leçons de solidarité. Bien sûr, elle aussi, lorsqu’elle fut déchirée par les tempêtes a vu spontanément affluer des dons pour aider les victimes, mais avouons-le : ces multitudes de petits groupes de quelques personnes qui prient ensemble dans des parcs, au coins des rues, ces civils qui acclament les pompiers, leur fournissant eau et en-cas, tout cela est finalement étranger à notre tradition « républicaine ». Pour les Américains, ceci est naturel. Chez nous, cela tient de l’exception. La solidarité est devenue en France une chose publique - elle aussi. Elle est « nationale », nationalisée, oui. On nous gave de « citoyenneté » et autres « démocratie locale », mais rien n’est plus trompeur : notre véritable citoyenneté, notre autonomie solidaire, on nous l’a volée. La France a perdu sa société civile, et depuis longtemps, depuis que l’Etat s’est immiscé dans cette dimension communautaire.

Tocqueville ne s’y trompait pas. Voilà près de deux siècles, il relevait déjà combien la « Démocratie en Amérique » possédait une sphère communautaire puissante. Il expliquait et admirait cette naturelle horizontalité du lien social américain, tissé entre les individus. Il dénonçait au passage la verticalité de ces rapports en France, un héritage de la Révolution jacobine sans doute : les Français doivent toujours s’en référer à une autorité publique « supérieure » pour régler leurs rapports civils. Et les bribes de la sphère commumautaire, que l’on appelle la « vie associative » ne sont pas en reste : les associations étant subventionnées, elles ne sont le plus souvent que le lieu d’un racolage et d’un raclage électoral, un système quasi-mafieux.

L’individualisme, soi-disant inhérent à la société capitaliste, que les beaux penseurs de la gauche caviar ou terroriste fustigent, est un leurre. Et bien plus que cela, ils se trompent de cible. C’est bien plus la solidarité organisée par l’Etat pour les individus, ainsi atomisés par cette rupture de leurs rapports horizontaux, qui nous rend individualistes, irresponsables des autres, étrangers à toute communauté. Pourquoi se soucier du sort des autres ? L’Etat s’en charge. On glisse ainsi vers cet « individualisme d’Etat ». Les sociétés libérales, qui encouragent la liberté d’association - au vrai sens responsable du terme -, voient se constituer une formidable société civile. Qu’on ouvre un peu les vieux livres d’histoire - pas ceux écrits par l’intelligsensia marxiste - et on redécouvrira comment l’Angleterre par exemple, de 1834 jusqu’à 1907 - triste date de l’instauration de l’Etat Providence - a vu constituer une « société civile Providence » des plus étonnantes.

La liberté est étonnante et les Américains nous donnent là une belle leçon de vie, de vie en société. Mais ne nous étonnons plus : cet élan solidaire est le ferment de la nation américaine, il n’a rien de conjoncturel. En cette occasion, souhaitons que nous retrouvions, nous, Français, cet élan que l’on nous a confisqué. Quant à la solidarité avec l’Amérique dans son désir de justice, elle doit être entière. Non seulement parce que la France aussi a payé son tribut à la folie terroriste, non seulement parce que « si les Ricains n’étaient pas là, nous serions tous en Germanie », mais aussi par principe. L’Amérique nous montre l’exemple d’une solidarité effective et d’une société civile en action ; nous ne pouvons rester indifférents.

Mots-clés : Social, Société civile, Solidarité.


Le 19 septembre 2001