LE SMIC NE REDUIT PAS LES INEGALITES, MAIS CAUSE LE CHOMAGE


Le SMIC horaire va augmenter de 4,05% pour les salariés travaillant 39 heures, soit plus que les 3,6% prévus par les textes. Comme nous l’indiquions déjà la semaine dernière, cette hausse va aggraver le chômage, sans réduire les inégalités. Même le très officiel Conseil d’Analyse Economique remet en cause l’efficacité du SMIC.


La France est entrée dans le troisième millénaire tout en gardant une grande partie de l’héritage du XXème siècle, celui du dirigisme politique de son économie nationale. Un des moyens de ce dirigisme est le SMIC (Salaire Minimum Industriel de Croissance) dont l’objectif principal, à l’époque de son instauration, a été de réduire les inégalités de revenu entre les salariés non-qualifiés et les salariés qualifiés. Le moyen correspond ni plus ni moins à l’imposition d’un prix minimum, fixé de manière politique, sur le travail non-qualifié (il s’agit, bien sûr, du SMIC que reçoit le salarié plus les charges salariales et patronales qui lui sont mécaniquement liées). Une telle mesure, à l’instar des prix administratifs dans les économies planifiées, a des conséquences économiques et sociales désastreuses.

1) L’avis des économistes dans le monde entier est qu’un salaire minimum est un facteur de chômage. En effet, le SMIC n’a de raison d’être que si, sur le marché du travail, des salariés et des employeurs sont disposés à conclure des contrats stipulant des salaires qui lui sont inférieurs. Inéluctablement, certains contrats de travail ne seront pas conclus et c’est en ce sens que le SMIC crée du chômage. Ce phénomène est difficilement mesurable à l’aide des statistiques parce qu’il se manifeste, par des emplois qui auraient été créés en l’absence du SMIC, mais qui ne seront jamais créés par les entrepreneurs. Cependant les estimations les plus fréquentes indiquent que 5% de hausse du SMIC peut créer un point de chômage supplémentaire.

2) Le SMIC non seulement est une cause de chômage, mais il est une véritable barrière à l’entrée sur le marché du travail. Il empêche les travailleurs les moins qualifiés - dont la productivité est la plus faible - de trouver un emploi. Dans cette catégorie se trouve une grande partie des jeunes non-diplômés qui se voient proposer des stages rémunérés ou non pour pouvoir commencer une carrière professionnelle. Incontestablement, le SMIC est un privilège accordé à ceux qui disposent d’un emploi aux dépens de ceux qui en recherchent un.

3) Aux conséquences sociales néfastes d’une jeunesse au chômage s’ajoute la suppression d’une incitation importante (un salaire plus élevé) qui aurait poussé les salariés non-qualifiés à devenir qualifiés. En effet, en rapprochant les salaires entre le travail non-qualifié et le travail qualifié (pour lequel il n’y pas de salaire minimum), le SMIC encourage les salariés à rester dans leurs emplois surpayés. Or, l’atout des pays développés se trouve dans la meilleure qualification de leur main d’œuvre. C’est ici la différence essentielle entre l’Europe et l’Amérique du Nord dit Gary Becker, prix Nobel d’économie.

4) Enfin, le SMIC a pour conséquence de favoriser la main d’œuvre non-qualifiée à l’étranger. En créant artificiellement un environnement national hostile pour les entreprises, il explique certaines délocalisations de la production.

Enfin, à l’heure actuelle, il s’avère que non seulement le SMIC présente ces inconvénients majeurs, qui entravent le fonctionnement du marché du travail, mais qu’il est aussi peu efficace pour atteindre son objectif principal (réduire les inégalités). Même selon les experts du gouvernement, regroupés au sein du CAE, il aurait un impact négligeable à cet égard dans un monde où l’emploi à temps plein et à durée indéterminée n’est plus la norme. Ils lui préfèrent la formation initiale et l’accompagnement dans l’emploi.

En dépit de toutes les absurdités du SMIC, il augmente régulièrement chaque année. La hausse cette année, au 1er juillet, sera finalement de 4,05%, soit plus que la hausse légale de 3,6%. C’est la progression la plus élevée depuis 1997. En effet, elle a été de 3,2% en 2000, de 1,24% en 1999 et de 2% en 1998. Cette hausse est due à la législation en vigueur qui la détermine en fonction de l’inflation de mai à mai hors tabac (2%) et de l’évolution de la moitié du pouvoir d’achat du salaire de base ouvrier mais aussi à un coup de pouce supplémentaire décidé par le gouvernement. Une telle hausse creuse l’écart entre le SMIC dans les emplois à 39 heures et ceux à 35 heures, en faveur des premiers, sachant que la loi Aubry II interdit de tels coups de pouce pour les derniers. Or, cet écart n’incite pas à négocier le passage au 35 heures, si cher aux socialistes. Mais les socialistes ont préféré une hausse plus forte, privilégiant l’effet d’annonce immédiat. Elections obligent !

En conclusion, alors que l’on révise une fois de plus la croissance française à la baisse (à 2,3%) et que l’inflation est à son plus haut niveau depuis 1996 (à 2,3% aussi), les préoccupations de Jospin et de Guigou, concernant un coup de pouce au SMIC, sont bien ridicules par rapport aux conséquences catastrophiques de cette mesure d’intervention dans l’activité économique nationale. Entre ignorance et calcul électoral, le courage politique manque toujours pour supprimer cet anachronisme de la planification économique qu’est le SMIC. Il est temps pour les Français d’entrer dans le troisième millénaire !

Mots-clés : Marché du travail, Salaire, SMIC.

Le 27 juin 2001