| REFORME DES RETRAITES :
IL FAUDRA REFAIRE LA COPIE
Tous les candidats à l’élection présidentielle avaient promis, du bout des lèvres,
une réforme des retraites. Dans sa profession de foi Jacques Chirac a posé trois
principes. Deux d’entre eux ne sont compatibles ni avec la situation des régimes
au regard de la démographie, ni avec les orientations préconisées par le Conseil
de l’Europe. Reste le troisième : l’épargne-retraite. La copie sera sûrement
à revoir.
Dans
la profession de foi distribuée aux électeurs, Jacques Chirac s’est engagé à réformer
les retraites en respectant trois principes : la sauvegarde de la retraite
par répartition, le maintien de l’âge de départ à 60 ans et le développement d’une
épargne retraite en franchise d’impôt.
Sur le premier engagement,
il est bon de rappeler qu’il soulève de nombreux problèmes, connus depuis longtemps
et toujours éludés. Les deux dernières études publiées, le rapport du Commissariat
au plan, le rapport Charpin de 1998 et le dernier en date, le rapport du Conseil
d’orientation des retraites, remis au premier Ministre le 6 décembre 2001, convergent
vers le même constat : l’évolution démographique condamne les régimes de
retraite par répartition actuels à la faillite.
Rappelons que ce
régime par répartition repose sur une solidarité intergénérationnelle : les
actifs supportent la rémunération des inactifs. Or la démographie des pays développés
est implacable, l’accroissement de l’espérance de vie à la naissance conjuguée
à la baisse de la natalité entraîne le vieillissement de la population. Le rapport
cotisant-retraité diminue. Il est passé, en France, de 3 pour 1 en 1970 à 2,3
pour 1 aujourd’hui et ne sera plus que de 1,2 pour 1 en 2040. Le poids des retraites
deviendra prohibitif : pour 100 actifs il y aura un peu plus de 83 retraités.
Circonstances aggravantes,
la durée effective du travail diminue et le taux d’emploi global est particulièrement
faible en France. Les entrées sur le marché du travail sont de plus en plus tardives
et les sorties de plus en plus précoces. Le recours massif des préretraites pour
masquer les licenciements et réduire la statistique du chômage fait que moins
de la moitié des salariés du secteur privé est encore en activité lors de la liquidation
de sa retraite à 60 ans.
Le taux d’emploi
global mesuré par le rapport du nombre des actifs occupés dans la population de
15 à 64 ans est actuellement de 68,1 % en France contre 80,6 % aux Etats-Unis,
79, 1 % au Royaume-Uni et de 74,8 % en Allemagne. Le taux d’emploi des 55 à 64
ans est l’un des plus bas de l’Union européenne. Enfin, conséquence de l’application
des 35 heures, le nombre d’heures travaillées par habitant est très faible.
Le coût des retraites
et l’accroissement des besoins de financement des régimes découlent des données
démographiques. En 2000 le montant total des prestations vieillesse-survie s’élève
selon le ministère de l’Emploi et de la Solidarité à 177 milliards d’euros soit
12,6 % du PIB. Selon le scénario optimiste du COR, le taux de chômage baisse de
7 % en 2005 à 4,5 % en 2040, le besoin de financement global du système de retraite,
c’est à dire son déficit, atteindrait 4,1 % du PIB en 2040.
Ces différentes considérations
hypothèquent lourdement le deuxième principe défendu par Jacques Chirac, le maintien
de l’âge légal de la retraite à 60 ans. Le retournement démographique de 2005
risque de provoquer une pénurie de main-d’œuvre qui rend indispensable l’augmentation
du taux d’emploi et l’allongement de la vie professionnelle.
D’ores et déjà en
Allemagne, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas et au Royaume-Unis l’âge légal
a été repoussé à 65 ans et il est de 67 ans aux Etats-Unis. Récemment le conseil
de l’Union européenne réuni à Barcelone le 16 mars dernier a préconisé l’allongement
de cinq ans de la durée moyenne des départs, ce qui la fixe à 63 ans pour la France.
Enfin le rapport du COR montre que le recul d’un an de l’âge de départ se traduit
par un recul de 15 % du besoin de financement en 2040.
Jacques Chirac a
également promis de maintenir l’intégralité des retraites et de veiller à l’équité.
Le rapport du COR montre que pour une personne ayant accompli une carrière complète,
le taux de remplacement c’est-à-dire le rapport entre la première pension et le
dernier revenu diminue inexorablement dans le secteur privé et reste stable dans
le secteur public. Les fonctionnaires ont en effet deux privilèges : une
règle de calcul des pensions qui leur permet de bénéficier, à taux plein, de 75
% du dernier salaire et une durée de cotisation de seulement 37,5 ans. Cette inégalité
flagrante entre les deux secteurs devrait disparaître d’autant plus que le déficit
du régime public est financé par l’impôt. Plus facile à dire qu’à faire, comme
le montrent les réactions des syndicats de fonctionnaires.
Reste le troisième
principe proposé par le candidat Chirac, qui souhaitait développer une épargne-retraite
en franchise d’impôt. Il est parfaitement conforme aux recommandations du Comité
de politique économique de l’Union européenne qui suggère d’augmenter progressivement
le poids des dispositifs de retraites par capitalisation, collectifs ou individuels.
Il répond aussi aux
préoccupations des Français qui dans un récent sondage de l’IFOP se montrent convaincus
que la retraite est un problème individuel et que le meilleur moyen de l’assurer
est d’épargner. Il
est enfin le premier pas vers une solution du handicap démographique. Projetons
nous en 2040. Il faudra pratiquement un cotisant pour un retraité. Chaque salarié
devra verser en prélèvements fiscaux ou parafiscaux 45,5 % de son salaire pour
couvrir la pension d’un retraité. Il lui restera 55,5 %. De cela il faudra encore
déduire les cotisations de l’assurance maladie, de l’assurance-chômage, les impôts
sur le revenu, la TVA…Alors pourquoi chaque individu devrait-il prendre en charge
un retraité anonyme plutôt que sa propre retraite ? La capitalisation apparaît
comme la seule solution à ce scénario catastrophe.
La réforme des retraites
est impérative. Tout le monde en est conscient. Mais il ne faudrait pas qu’une
fois de plus les a priori idéologiques et la démagogie l’emportent sur le bon
sens. Seule une information complète sur les risques et une explication impartiale
des principes de la capitalisation permettront au plus grand nombre d’accepter
l’inéluctable changement de système.
Mots Clés :
Capitalisation, Démographie, Equité, Répartition.
|