RETRAITES : EST-IL URGENT D’ATTENDRE ?


Le Conseil d’Orientation des retraites a présenté ses projections – provisoires – pour le financement des retraites en 2020. Elles montrent des besoins de même grandeur, quoique un peu plus pessimistes, que ceux du rapport Charpin. Elles mettent en évidence la situation du régime des fonctionnaires, nettement plus défavorable que celle du secteur privé (CNAV). La sonnette d’alarme est à nouveau tirée. Le gouvernement saura-t-il choisir la voie de la sagesse comme son homologue allemand ou sera-t-il à nouveau urgent d’attendre...les prochaines échéances électorales ?


En 1985 André Babeau publiait « La fin des retraites » (Hachette 1985. Collection Plurielle). Il concluait : « La réforme de nos mécanismes de retraite est l’un des problèmes majeurs de la société française...Après un traitement global des passages en retraite et en pré-retraite, nous avons besoin maintenant d’un traitement beaucoup plus personnalisé. Le type d’approche ne sera pas facile à développer ni pour les entreprises, ni pour les syndicats, ni pour les salariés, ni pour les institutions de retraite ». Il aurait dû ajouter ni pour les gouvernements qui se succéderont d’ici à 2001...et au delà ?

Le constat posé par cette étude, vieille de 16 ans, n’a pas pris une ride. Tous les travaux faits depuis, dont le rapport Charpin, l’ont confirmé, et les projections, provisoires du conseil d’Orientation des Retraites (COR) viennent de le réactualiser. Même dans les conditions les plus optimistes, celles retenues par Lionel Jospin du retour au plein emploi – soit un taux de chômage de 4.5% en 2010 – le décalage démographique aurait un poids tel que les dépenses de retraite représenteraient 13.6 à13.8% du produit intérieur brut en 2020, contre 12% actuellement. Le besoin de financement varierait selon les régimes, plus favorable pour l’assurance des salariés du secteur privé, plus inquiétant pour celle des salariés du secteur public : 72 à 99 milliards seraient nécessaires à la CNAV, 132 milliards pour les fonctionnaires d’Etat, 48 milliards pour ceux des collectivités locales.

Les quinze pays de l’Union Européenne et les membres de l’OCDE ont récemment souligné l’urgence qu’il y a à réagir. Pour la France il semble que l’urgence soit plus forte dans le secteur public que dans le secteur privé. Est-ce l’effet de la réforme Juppé qui, rappelons le, a allongée la durée de cotisation des salariés du secteur privé, sans toucher, sous la pression de la rue, à celle des salariés du secteur public ? Monsieur Jospin devra-t-il se résoudre à cette mesure impopulaire qui touche directement son électorat si près des échéances qui fondent tous ses espoirs ?

Pour le moment le gouvernement a répondu à l’urgence en créant le Fonds de Réserve des Retraites, capable selon lui de générer 1000 milliards de Francs à l’horizon 2020. Hélas, il semble bien que les ressources du Fonds aient d’ores et déjà été détournées vers d’autres fins comme le financement des trente cinq heures (vers le FOREC)  ou celui de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie, ou encore aient été surévaluées comme le produit des ventes de licence UMTS (Rapport des sénateurs RPR Charles Descours – Isère – et Alain Vasselle – Oise – 26 mars 2001).

L’un des maux dont souffre le système français est l’existence de régimes particuliers dont les salariés, comme ceux de la SNCF par exemple, peuvent prétendre à une retraite à taux plein dès 55 ans. Ces dernières semaines deux catégories nouvelles viennent de revendiquer ce droit, les conducteurs de bus et les maîtres nageurs. Seraient-ils à contre courant quand tout semble pousser à l’allongement de la durée de cotisation ? A cette question on peut donner deux réponses :

-         oui si l’on maintient le préalable du système de répartition, car accepter ces revendications reviendrait à alourdir le poids supporté par les actifs et / ou à allonger la durée de cotisation des autres catégories.

-         non si l’on veut bien admettre que la préparation de la retraite relève de la prévoyance, c’est à dire de l’épargne individuelle et des choix de chacun, non si l’on accepte la retraite par capitalisation.

Alors, pourrait se mettre en place une cessation d’activité « souple », « à la carte ».

De nombreux pays ont compris l’enjeu et entrepris l’adaptation de leur système de retraite. Dernière en date, l’Allemagne a introduit – timidement - une dose de capitalisation dans sa répartition. Les syndicats eux-mêmes ont approuvé le projet. Peut-on imaginer une telle attitude en France où les syndicats voient rouge dès qu’on prononce le mot de « capitalisation » et où une grande partie de la classe politique, premier ministre en tête, préfère ne pas en parler ? Est-il une fois encore urgent de ne rien faire et d’attendre les prochaines échéances électorales, au risque d’être, comme d’habitude, le dernier pays à refuser le nécessaire passage à la capitalisation ?

Mots Clés : Besoin de financement, Capitalisation, Répartition, Retraite.