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| GUERRE DES NERFS POUR LA RETRAITE A 55 ANS Plus de quarante
villes ont vécu sans bus ni métro la semaine dernière. La grève des transporteurs
urbains a été massivement suivie, ce qui n’a pas empêché la commission paritaire,
réunie Mardi dernier, de conclure sa séance sur un constat de désaccord :
les syndicats réclament la retraite à 55 ans, alors que le "patronat"
réfute catégoriquement la proposition, sans s’opposer pour autant à une amélioration
des conditions de travail. Les intérêts économiques mis en avant par les organisations
patronales risquent, hélas, d’être noyés par la vague déferlante des revendications
sociales et démagogiques des manifestants, relayés par des hommes politiques sans
complexes. Les principales organisations syndicales des transports
urbains ont mené la vie rude à la fois aux usagers et au patronat cette semaine.
Selon l’UTP (Union des Transports Publics), 100 % des salariés étaient mobilisés
sur sept réseaux urbains et des piquets de grèves bloquaient huit dépôts, les
rendant incapables d’assurer leurs services quotidiens. A Marseille, c’est près
de 98 % du personnel qui ne travaillait pas, paralysant totalement la ville avec
un métro qui n’a pas tourné et seulement 9 bus qui assuraient le travail de 250
habituellement. La revendication est donc nationale et unanime :
la retraite à 55 ans pour tous les employés des transports urbains, des mécaniciens
aux conducteurs. Les arguments avancés sont sans surprise : la pénibilité
du travail, les emplois du temps difficilement conciliables avec une vie de famille,
la prise en compte de l’âge de la prise de fonction, … Cependant, les organisations patronales ne l’entendent
pas de cette oreille. Elles refusent catégoriquement, depuis le début des mouvements,
la mise en retraite de ce qui représenterait près de 36.000 salariés du secteur.
La logique et la limpidité des arguments avancés sont d’ailleurs certainement
à l’origine de l’ampleur des manifestations : premier point, le coût engendré
par une telle mesure n’est pas supportable par les entreprises sans mettre leur
avenir en péril ; deuxième point, corrélé au premier, la concurrence européenne
oblige les Français à être de plus en plus productifs et compétitifs car, en Europe,
les entreprises de transport urbain retardent au contraire les départs en retraite ;
enfin, troisième point, l’UTP avance la question « de
solidarité entre les générations, à l’heure où pèsent des incertitudes sur la
retraite à 60 ans » (argument vraisemblablement plus médiatique qu’économique). Cependant, le patronat se veut prêt a accepter des
dispositifs transitoires de départs anticipés pour ceux qui ont commencé à travailler
jeune et propose « d’utiliser le 0,2
% de prélèvement sur la masse salariale prévu dans le cadre d’un accord de pré-ARPE
pour financer un compte épargne-temps », reconnaît la CFDT. Insuffisant
pour les syndicats, déjà beaucoup pour les patrons… et chacun de s’accuser « d’immobilisme ». La France est malheureusement coutumière de ce type
de débats : c’est le bras de fer entre la logique économique et les revendications
sociales de toutes sortes ; et la dernière mode serait plutôt de dénoncer
l’implacable recherche du gain au détriment supposé de la dignité humaine. Les
hommes politiques n’y dérogent pas, multipliant les soutiens publics aux manifestations
des transporteurs ; les Verts par exemple, expliquent à qui veut l’entendre
la légitimité des demandes des traminots, dont les conditions de travail seraient
« de plus en plus pénibles ». Alors évidemment, ceux qui soutiennent que l’amélioration
des conditions de vie de tous passe par la création de richesses, ceux qui mettent
en avant que la dignité humaine ne peut exister qu’au travers du travail, ceux
qui refusent d’accepter la baisse uniforme du temps de travail comme la condition
du dynamisme économique sont montrés du doigt et considérés comme les grands méchants
loups. On préfère se battre contre des moulins à vent et mettre en péril la compétitivité
nationale plutôt qu’entendre la vérité et assumer ses responsabilités… Mots clés : Compétitivité,
Retraite.
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