RETRAITES : L’EUROPE S’EN MELE

 


Le 16 mars à Barcelone, l’Europe a mis les Etats devant leurs responsabilités : le choc démographique 2005-2008 risque d’avoir des conséquences graves sur les finances publiques de ceux qui n’auront pas mis en ordre le financement des retraites. La réforme des retraites doit donc être accélérée. Dans le camp français, on ne semble pas avoir entendu le bon discours.


Le Conseil européen réuni à Barcelone sous la présidence espagnole le 16 mars s’est saisi du dossier des retraites. Il demande d’abord de retarder de cinq ans l’âge moyen du départ à la retraite, puis d’accélérer la réforme des régimes, afin de garantir leur viabilité financière, ainsi que la réalisation du niveau « social » souhaité. Jacques Chirac et Lionel Jospin ont, chacun à leur tour, tenté d’atténuer la portée des conclusions incompatibles avec le maintien du statu quo en France

Actuellement, l’âge moyen de départ à la retraite est de 58 ans dans les pays membres de l’Union européenne. Allonger cet âge moyen de cinq ans revient à le fixer à 63 ans ce qui est incompatible avec l’âge légal de 60 ans adopté en France et qui, semble-t-il, ne saurait être remis en cause. Lionel Jospin laisse pourtant la porte entr’ouverte en affirmant que les salariés de 60 ans ne seraient pas concernés, mais que l’on souhaiterait que ceux qui ont entre 50 et 52 ans puissent travailler plus longtemps. Quant à Jacques Chirac, il noie le poisson : ce qu’on fait dire au conseil n’est qu’interprétation. Pourtant, tous les partenaires européens de la France ont décidé de repousser l’âge de la retraite à 65 ans au plus tôt.

À la Commission européenne, on constate que, dans certains pays, dont la France, le départ effectif du marché du travail dépasse de peu 50 ans à cause des retraites. À Lisbonne, en 1999, un cadre stratégique avait été adopté visant à réduire les préretraites de façon à atteindre un taux d’emploi des 15-64 ans de 70 %. Le conseil de Barcelone va dans le même sens. D’ores et déjà en France le financement des préretraites est alourdi pour les entreprises qui auront moins intérêt à y avoir recours. C’est un moyen parmi d’autres d’accroître la moyenne.

Augmenter l’âge moyen de la retraite de cinq ans suppose, comme l’ont compris les autres partenaires de l’Union européenne, que l’on repousse l’âge légal à 65 ans en moyenne. En France, les salariés du secteur privé doivent désormais cotiser 40 ans. Pour partir à 60 ans à taux plein, il faut entrer sur le marché du travail à 20 ans. Or cette entrée se fait de plus en plus tard. Dans les faits donc, un grand nombre de jeunes devront travailler au-delà de 60 ans. L’aménagement de la durée légale de l’activité est devenu indispensable.

Travailler plus longtemps, dans le système de répartition, suppose que l’on cotise aussi plus longtemps. Le choc démographique prévu pour 2005-2008 va imposer aux actifs une charge plus lourde. En 2025, chaque salarié devra financer un inactif. L’allongement de la durée de cotisation se doublera alors d’une augmentation du montant des versements. Sans une réforme de fond du système, la retraite risque de coûter de plus en plus cher aux Français, jusqu’à l’explosion finale, inévitable avec la répartition.

Les Etats membres de l’Union européenne ont signé un pacte de stabilité. Ils ont choisi de réduire leurs déficits et auraient dû atteindre l’équilibre des finances publiques dès 2004 (voir notre rubrique économie du 8 avril). Or certains d’entre eux intègrent dans leur déficit celui de leur régime de retraite, d’autres gèrent directement les retraites de leurs fonctionnaires. La réforme des régimes de retraites apparaît donc urgente dans le cadre de l’assainissement des finances publiques, d’où l’intérêt qui lui est porté par la commission. Un rapport conjoint du Conseil et de la Commission devrait ainsi être publié d’ici un an. Préconisera-t-il l’introduction de la capitalisation ?

On peut douter des intentions européennes, car si le Conseil souhaite une réforme rapide des régimes en vue de garantir leur viabilité et le niveau des pensions, il ne veut pas pour autant effaroucher les gouvernements. Les Pays Scandinaves ou l’Allemagne ne désirent pas que Bruxelles se mêle de leurs affaires sociales. En France, les hommes politiques poussent des cris d’orfraie dès que l’on critique le système social « le meilleur du monde ». Enfin un fonctionnaire de Bruxelles affirme « si on donne l’idée que Bruxelles égale fonds de pension, on ne fera pas avancer le débat ».

Mais alors d’où viendra le progrès, si les institutions européennes sont aussi frileuses que les gouvernants des Etats ? Force est de remarquer qu’en pleine campagne électorale les conclusions du Conseil réuni à Barcelone sont passées inaperçues en France. Aucun débat n’a eu lieu sur ce thème pourtant majeur, ni public, ni même, semble-t-il, au sein des instances européennes. Aucune information sérieuse n’a été diffusée qui permettrait aux Français, qui ont exprimé leur inquiétude sur ce point, de choisir.

Les Français ont, pour le plus grand nombre, compris que c’est de leur épargne que viendra leur salut. Finiront-ils par aller jusqu’au bout du chemin et par contraindre les hommes politiques à réfléchir à la réforme qui s’impose : laisser à chacun le choix de sa durée d’activité et du mode de financement de sa retraite, d’où dépendra son revenu d’inactivité ? En clair, passer de la répartition à la capitalisation. Pour l’instant, l’essentiel est de faire silence jusqu’au lendemain des élections.

Mots Clés : Durée moyenne de départ, Retraites, Réforme.