L’AVENIR DES RETRAITES INQUIETE AUSSI LES RETRAITES

 


Inquiets pour leur pouvoir d’achat et pour les projets de réformes particulièrement flous des candidats à l’élection présidentielle, les retraités ont rappelé jeudi dernier qu’ils pouvaient peser sur la décision des électeurs. Ils représentent en effet 30 % du corps électoral et s’abstiennent peu.


Jeudi dernier, les cinq unions syndicales (CGT, FO, CFDT, CFTC, CGC) ont mobilisé les retraités pour un défilé dans les rues des grandes villes de province et à Paris. Leur inquiétude rejoint celle qu’exprime l’enquête réalisée par l’IFOP pour le compte de l’AFER la semaine dernière. L’avenir des retraites devrait être un thème majeur de la campagne pour l’élection présidentielle. Cette manifestation rappelle l’existence d’un groupe de pression qui s’est manifesté à maintes reprises au cours du septennat. Il représente près d’un tiers de l’électorat et s’abstient rarement.

Deux thèmes dominent les préoccupations des retraités : le pouvoir d’achat de leurs retraites et les réformes à venir. Depuis 1987 les retraites ne sont plus indexées sur les salaires, mais sur les prix. Les revenus des actifs augmentent plus vite que ceux des inactifs. Ceux-ci se sentent donc frustrés, d’autant plus frustrés que les candidats semblent les avoir oubliés. Et les propos tenus par Lionel Jospin sur l’âge de son adversaire laissent à penser qu’il a peu de considération pour les « seniors ».

Pourtant l’un des derniers rapports du Conseil d’orientation des retraites montre que le niveau de vie des retraités s’est considérablement amélioré ces dernières années. Moins de 800 000 personnes perçoivent aujourd’hui le minimum vieillesse contre 2,2 millions en 1970. La retraite n’est plus actuellement synonyme de pauvreté. De plus, l’éventail des pensions est passé d’un écart de un à 12 à un à 5, les plus basses ayant quintuplé en trente ans quand les plus élevées doublaient seulement.

L’inquiétude est attisée par les propos de Laurent Fabius laissant entendre que des sacrifices devraient être consentis au titre de la solidarité entre les générations. Par qui ? Les futurs retraités ou bien par tous, présents et futurs ? Ne risque-t-on pas de voir se généraliser ce qu’ont subi les adhérents de la Mutuelle retraite de la fonction publique, une réduction autoritaire des pensions ?

L’autre préoccupation des retraités concerne en effet la réforme annoncée comme prioritaire par tous les candidats. Dans quelle direction va-t-on l’orienter ? Les deux principaux candidats semblent prêts à renoncer aux préretraites et à la retraite obligatoire à 60 ans puisqu’ils ont signé, avec nos partenaires européens, un engagement à Barcelone pour reculer de 5 ans l’âge de départ en retraite. Même si Jospin n’en parle pas dans son programme, l’accord de Barcelone l’engage. L’allongement de la durée de cotisation semble lui aussi acquis pour les fonctionnaires ainsi que le relèvement des cotisations. Et surtout les syndicats craignent l’abandon même partiel du système de répartition.

Tous les représentants syndicaux, excepté Nicole Notat, sont en effet défavorables à la moindre dose de capitalisation. L’enquête de l’IFOP révélait, elle, que les Français étaient parfaitement conscients que la retraite est devenue une affaire individuelle et dépend de leur épargne. 70 % d’entre eux sont prêts pour la capitalisation partielle. Mais les retraités d’aujourd’hui, qui ont déjà dû cotiser deux fois, craignent, semble-t-il, que les fonds de pension proposés par Jacques Chirac ou l’épargne salariale défendue par Lionel Jospin ne constituent un troisième étage qui permettrait de justifier la réduction des retraites du régime général ou celle des retraites complémentaires.

Si les craintes de retraités se révélaient fondées, le poids de la double cotisation, probablement majorée, et de l’épargne retraite, constituerait un lourd sacrifice pour les actifs, sans réelle contrepartie. Pour apaiser leur inquiétude, il suffirait d’informer les Français, honnêtement et complètement. Ne serait-t-il pas judicieux, en effet, avant toute réforme, de dire clairement ce qu’est la capitalisation et de dépouiller le débat de toute idéologie simplement en montrant les réalisations des autres pays ? Mais, manifestement, cette opération vérité n’entre ni dans les vues syndicales, ni dans celle des candidats, Madelin excepté. Aux autres d’attirer l’attention des Français sur les vraies solutions du problème des retraites et sur les vertus d’une véritable capitalisation.

Mots-Clés : Capitalisation, Répartition, Retraites.