IL VAUT MIEUX ETRE TRES PAUVRE AUX ETATS UNIS


D'abord parce qu'on gagne 40 % de plus qu'en France. Ensuite parce qu'on a des chances de s'enrichir bien plus importantes. Enfin la tendance est à un appauvrissement élargi en France. Des chiffres fournis par Les Echos (24 Janvier) nous invitent à une nouvelle comparaison France-USA.



Les comparaisons France-Etats Unis se succèdent depuis quelques mois. Elles tournent autour du débat : les Américains ont une économie sans chômage, mais n'est-ce pas au prix d'inégalités sociales croissantes ? Beaucoup de Français en sont persuadés, alors que toutes les observations scientifiques prouvent le contraire.

Les Echos (24 Janvier) présentent une comparaison des bas salaires des deux côtés de l'Atlantique. Le graphique ci-contre ne permet pas l'ombre d'une hésitation : si la proportion de bas salaire est de 28 % aux USA contre 17 % en France, les deux taux se sont rapprochés depuis quinze ans parce qu'en France la proportion des bas salaires est plus forte. Globalement, c'est donc un mauvais pont social pour nous.

Il faut en réalité assortir ce résultat de plusieurs remarques :

1° Comment définit-on les "bas salaires" ? Ici on considère les bas salaires comme ceux qui sont inférieurs à la moitié du salaire médian (qui lui-même divise en parts égales la distribution des salaires nets). En France le salaire médian était de 8.830 francs (donc la moitié des salariés français touche plus - ou moins - de cette somme comme salaire net ), aux Etats Unis l'équivalent de 13.000 Francs. Les bas salaires sont donc inférieurs respectivement à 4.415 Francs et 6.500 Francs.

2° Il faut tenir compte du statut des gens à bas salaires. En France, ce sont des personnes employées à temps partiel pour les trois quarts, contre moins de la moitié aux Etats Unis.

3° Combien de temps reste-t-on dans la catégorie des bas salaires ? Cette question centrale n'est pas évoquée dans l'enquête du Ministère du Travail, elle est pourtant décisive, car il faut savoir si le bas salaire est une condition définitive, pour la vie entière, ou si c'est le péage pour entrer sur le marché du travail. Aux Etats Unis la mobilité et la promotion sociale sont bien plus élevés que dans notre pays. Les bas salaires d'aujourd'hui sont les hauts salaires de demain pour environ 80 % des salariés.

4° Il faudrait aussi pouvoir prendre en compte la sincérité des déclarations de salaires. Sur ce point on sait que le travail au noir est nettement  plus développé en France.

5° Comme le rappelle le rapport, on ne doit pas confondre salaire net et pouvoir d'achat. D'un côté il peut y avoir plusieurs salaires dans un ménage. D'un autre côté, les indemnités sociales et primes de toutes sortes peuvent être des compléments appréciables au salaire, et elles sont particulièrement élevées en France pour les bas salaires..

6° Enfin, et le plus important, les bas salaires posent le problème de la basse qualification. Aux Etats Unis, le niveau de qualification est en moyenne plus élevé, et même pour le petit personnel la qualification s'améliore sans cesse. En France, et en Europe, la politique "sociale" aboutit à subventionner les bas salaires, à pénaliser les salaires élevés et moyens, donc à dissuader les salariés d'améliorer leur condition par une meilleure qualification ; ils sont alors plus exposés au chômage du fait de la concurrence mondiale sur le travail non qualifié.

Mots-Clés : Chômage, Inégalités, Justice Sociale, Qualification, Salaires.

Février 2000