ELECTION PRESIDENTIELLE AUX ETATS-UNIS : SPLENDEURS ET MISERES DE LA DEMOCRATIE


Chacun s’en donne à cœur joie pour brocarder les dysfonctionnements de la démocratie américaine et du feuilleton à suspense des résultats. Mais les Américains sont-ils si ridicules et sommes-nous bien placés pour nous en moquer ?


Caricaturistes, américanophobes et adversaires de la démocratie représentative ont pour l’heure un motif commun et facile de satisfaction : le spectacle du fonctionnement de la démocratie et de la société politique américaines, qui semble révéler à un monde amusé, incrédule et stupéfait à la fois les imprécisions, les tensions et les faiblesses du régime supposé le plus exemplaire de la puissance mondiale championne des idéaux et valeurs démocratiques. L’ampleur croissante du malaise ressenti à la vue de ce qui pouvait d’abord passer pour un suspense honorant l’esprit de compétition et pour des scrupules démocratiques, témoigne de la profondeur des interrogations suscitées par la série de dysfonctionnements plus ou moins graves, dont les commentateurs dits autorisés se plaisent à identifier les causes dans la logique même du système, en oubliant d’autres aspects au moins aussi importants, que les démocraties occidentales ont aussi en partage.

Il y aurait certes beaucoup à dire sur l’organisation des scrutins et certaines règles du droit électoral, le cas de la Floride apparaissant, de manière circonstancielle, très représentatif, mais non isolé. L’étonnement prévaut également au récit de certains comportements électoraux, normalement inattendus dans une démocratie ancienne et non discontinue, et dans une société où l’on dit les rapports politiques plus pacifiés qu’en Europe ou ailleurs ; il y a là de quoi réfléchir sur la démocratie elle-même et sur l’électeur idéal, en s’abstenant surtout de toute hypocrisie ou fausse vertu. Le défaut principalement dénoncé tient dans le mode d’élection du Président des Etats-Unis. Le vieux système de désignation indirecte par de grands électeurs eux-mêmes élus dans chaque Etat selon des modalités variables, mais presque toutes calquées sur un scrutin majoritaire de liste à un tour, ne semble trouver aujourd’hui plus guère de partisans, aux Etats-Unis même mais surtout de ce côté de l’Atlantique, toujours enclin à la leçon et soucieux d’essayer d’expliquer la situation « désastreuse » et de justifier ce qui pourrait avec justesse être considéré comme un acharnement de mauvais perdant. L’absence d’uniformité, la distorsion entre majorité en voix et majorité en grands électeurs (déjà survenue à trois reprises et qui pourrait se produire cette fois encore), sont particulièrement visées.

Malgré tout, il convient de rappeler que, si un tel système, mis en place à la fin du XVIIIème siècle, correspondait effectivement à la fois à la conception alors dominante de la démocratie représentative (méfiante à l’égard du suffrage direct et universel) et aux contraintes de territoires difficiles et déjà vastes, d’autres justifications ont motivé les constituants fédéraux de 1787 dans le choix d’un mécanisme qui, depuis lors, a bon an mal an plutôt fait ses preuves. La logique fédérale et le souci que chaque voix dans chaque point des Etats-Unis compte demeurent d’actualité : une élection au suffrage universel direct (ainsi que le proposait un amendement à la Constitution fédérale adopté par la Chambre des représentants en 1969) concentrerait l’influence et donc l’intérêt des candidats sur les quelques mégalopoles et les grandes zones urbaines, et le déséquilibre qui se perçoit peu dans un pays moins vaste et à la population mieux répartie deviendrait criant entre les territoires et leurs populations. Les campagnes présidentielles américaines, leur rythme surhumain et la faible place qu’elles paraissent laisser aux véritables débats d’idées peuvent être critiqués ; il n’en demeure pas moins que le marathon électoral reflète aussi l’idée d’une démocratie fédérale où chacun devrait trouver sa place.

Malgré tout, les interrogations subsistent, plus largement sur la démocratie dans les pays développés, sur l’importance du débat authentique, sur l’acculturation politique dans nos sociétés, sur les racines, les effets et les méfaits du bipartisme ultra-dominant. Une solution possible de sortie à moyen terme d’un situation au maintien de laquelle nul, aux Etats-Unis comme sur le reste de la planète, n’a intérêt, pourrait être le maintien du suffrage indirect, mais après désignation proportionnelle ou semi-proportionnelle des grands électeurs (avec seuil minimum), une majorité relative (de 40 % minimum par exemple) de délégués et une majorité renforcée d’Etats étant nécessaire à l’élection (avec ajout des membres du Congrès au collège électoral présidentiel, de sorte notamment à limiter les effets de la dispersion possible de la représentation).

En tout cas, ce qui gène bien des européens, c’est tantôt que la démocratie américaine ne fonctionne pas comme la notre (ne sommes-nous pas des « modèles idéaux » ? ), tantôt que la diversité l’emporte aux U.S.A., avec des règles variant d’un Etat à l’autre : cela heurte notre sens de l’égalitarisme. La diversité nous fait-elle si peur, que nous la critiquions, même chez les autres. Pourquoi vouloir imposer les mêmes règles partout ?

Mots-clés : Etats-Unis, Election présidentielle, Démocratie, Vote.

P.S. Comme les Américains, en outre,  ont de l’humour, ils ne manquent pas de rire de la situation et font circuler des bulletins de votes « rectifiés » pour éviter les erreurs, tels que les démocrates les souhaiteraient, c’est à dire donnant dans toutes les hypothèses, un résultat favorable à Al Gore...
Nos lecteurs trouveront en attaché un des exemples de ces « vrais-faux » bulletins de vote qui circulent actuellement en Floride et ailleurs...

 

VOTING FOR DUMMIES

Presidential Election Ballot 2000

Specifically Designed for Residents of West Palm Beach County, Florida

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Check the box BENEATH (i.e. below, underneath, at the bottom of) the picture of the candidate who you want to be the next President of the United States.  Please check the AL GORE box only.

 

 

 

 

 

 

 

 

You have chosen George W. Bush.  Are you sure you want to vote for George W. Bush?


      Yes                No (I was confused, change
                                     my vote to Al Gore)

 

You have chosen Al Gore.  Great job.  Your ability to understand complex voting ballots is a tribute to the national education system.

 

You have chosen Pat Buchanan.  This candidate is NOT Al Gore.  Are you sure you want to vote for Pat Buchanan?

       Yes                No (I was confused, change
                                     my vote to Al Gore)

 

 

If you circled “Yes” above, do you realize that George W. Bush is NOT Al Gore?

 

   Yes                No (I was confused,change                                      my vote to Al Gore)

 

Do you wish to cast a second vote for Al Gore?

 

               Yes                     Yes

 

If you circled “Yes” above, do you realize that you are throwing your vote away?

       Yes                No (I was confused, change
                                     my vote to Al Gore)

 

 

 

 

You really meant Al Gore, Didn’t you?

     Yes                Yes of Course

 

How about a third?

       Yes                   Yes definitely

 

If you circled “Yes” above – you can’t be serious, so we will automatically change your vote to Al Gore – we know that’s what you meant.

Referendum Vote:   Should all votes cast in this election be recast in favor of Al Gore?

 
  Yes  
 
I’m confused

                                                                              

Opinion Survey:     Do you think that the residents of West Palm Beach County, Florida have enough common sense to elect a President of the United States?

 
  No
 
Huh?

Le 13 novembre 2000