LE RÊVE PASSE : LIONEL JOSPIN A SON DREAM TEAM


Jeudi soir, Lionel Jospin a établi un bilan gouvernemental « sentimental » et adressé un mea culpa à l’attention des Français. Il a rendu un hommage chaleureux à sa « dream team » : Martine (Aubry), Elisabeth (Guigou), Laurent (Fabius) et même Dominique (Strauss-Khan et non pas Voynet). En fait, Lionel Jospin s’est livré à une grande opération de communication. A-t-il voulu occulter occulter sans pudeur les problèmes des Français ? Ou pratique-t-il la méthode Coué, auto-satisfaction et opportunisme ?


Oui, l’équipe gouvernementale est épanouie. Cette gauche unie et solidaire travaille dans une convivialité bon enfant. Evidemment, il y a eu quelques moments difficiles, mais le gouvernement sait tirer des enseignements constructifs de ces trois années passées à la tête de l’exécutif… Lionel Candide essaye donc de nous faire croire que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

Notre premier ministre est admirable quand il nous propose l’image d’un gouvernement uni, alors que c’est la complète débandade : Chevènement démissionne pour incompatibilité d’humeur, Strauss-Kahn est englouti par les affaires, Allègre est tombé dans les oubliettes et Sauter a été pulvérisé par ses troupes. Aubry affiche ouvertement ses préférences de carrière individuelle, et les Verts attaquent constamment leur chef de file pour marquer leur dissidence. Pour bien traduire cette sereine amitié qui, à en croire Lionel Jospin, est la marque du gouvernement, le premier ministre a présenté ses troupes comme une grande famille : jeudi soir, chacun fut nommé par son prénom. Déjà, ceux dont les prénoms n’ont pas été cités sont sur la touche ! Il semble que le premier ministre ne sache plus à quel artifice se vouer pour « meubler » les 18 mois qui lui restent à passer à Matignon.

Sa dernière cartouche pour rallier l’opinion publique à sa cause passait par les femmes. Des femmes ministres, des femmes chefs de cabinet pour attirer l’électorat féminin. En fait, avec cette campagne « en faveur de la cause féminine », Lionel Jospin a essayé de rattraper son dernier faux pas en matière de remaniement ministériel. Souvenez-vous, ce premier ministre plein d’allant avait requis les services de Laurent Fabius et Jack Lang, tout le monde attendait donc Michel Rocard comme point d’orgue à cette génération Mitterrand ressuscitée. Mais le premier ministre et ses conseillers ont su éviter l’écueil mitterrandien et ses critiques en faisant appel à Elisabeth Guigou et Marylise Lebranchu. Mais sur le fond, à quoi sert en fait ce mini remaniement, que rien n’imposait véritablement ? Certaines mauvaises langues expliquent que ce tour de passe-passe sert avant tout les ambitions électorales d’Elisabeth Guigou ; et cela en permettant du même coup au premier ministre d’affirmer son rôle d’initiateur de la parité hommes-femmes en politique !

Et comme si ses conseillers personnels ne lui suffisaient pas, Lionel Jospin a même commandé une étude de ses expressions et de sa gestuelle, jusqu’aux mouvements de ses globes oculaires ! Tous ces artifices et cette campagne « marketing » visent un objectif majeur : endormir les citoyens pendant ce temps mort électoral qui précède le départ de la véritable campagne électorale. Puisque l’ambiance des « affaires » politiques est propice à de nombreux dérapages, Jacques Chirac et Lionel Jospin ont décidé d’un commun accord de ne pas s’affronter immédiatement sur les problèmes qui fonderont la campagne électorale de 2002. Ils cherchent ainsi à éviter nombre de maladresses qui pourraient anéantir leurs chances et laisser la voie libre au fameux « 3ème homme ». Et puisque cette campagne électorale ne peut pas commencer tout de suite sur le fond, alors autant gagner les électeurs sur la forme. Ainsi, la collusion des acteurs politiques conduit-elle à une course à l’image : chacun fait semblant d’agir, tout en se gardant de s’engager et en séduisant les Français par l’apparence.

Finalement, cette position attentiste permet d’éviter d’aborder les questions qui posent problème ou qui fâchent : les 35 heures se font sans que les Français soient au courant du coût réel pour l’économie et les problèmes d’absentéisme et de violence se multiplient dans les écoles (pour ne citer que ceux-là). Mais qu’importe, les hommes politiques choisissent leur cravate en fonction du décor du journal de 20 heures pour « séduire » l’opinion. Car il s’agit bien là de séduction et non plus de politique. Au final, les décisions d’importance se prennent en coulisse : on essaye d’étouffer les conflits de personnes, de dissimuler les financements occultes. Le premier ministre peut même changer impunément d’avis sur le cumul des mandats et féliciter un ministre de la justice incapable de concrétiser ce qui devait être une grande réforme !

C’est la politique des apparences, celle du « LOOK » devenu le seul argument politique. Comme si rien d’important n’était en train de se jouer. Tout va très bien, madame la marquise...

Mots clefs : Démocratie/élection, Etat, Intérêt individuel / Intérêt général,

Dossier clef : Démocratie