MILOSEVIC FUSILLE EN SERBIE ?


Milosevic, a été placé en détention provisoire sous les chefs d’accusations de détournement de fonds et d’abus de pouvoir. Mais les charges pesant contre lui pourraient être alourdies par les autorités serbes qui l’accusent également d'avoir fait éliminer des opposants politiques et des ennemis personnels. Ce qui pourrait lui valoir la peine de mort, condamnation non prévue par le TPI de La Haye.


Ce dimanche 1er avril à 4 h 50 du matin, la police serbe, après de multiples péripéties, a pu arrêter Slobodan Milosevic. Par cet acte, c’est comme si un retard de 13 ans sur l’histoire venait d’un coup d’être rattrapé. En effet, comment ne pas voir dans le règne de ce dictateur national-social, une malheureuse ruse de l’histoire : comme s’il était nécessaire d’équilibrer l’espérance que suscita la chute du mur de Berlin et la fin de l’oppression marxiste en Europe de l’Est par les horreurs des quatre guerres des Balkans, des déplacements de populations et des atrocités comme l’Europe n’en avait plus connues depuis la seconde guerre mondiale. Et tout cela dans un pays dont les peuples, en raison du particularisme titiste, avait connu un sort plus favorable et un niveau de vie supérieur à ceux des autres pays de l’Est. Pendant treize ans, la Serbie ne fut « qu’un grand trou noir » sur la carte de l’Europe dirigée par un sinistre porte-glaive dont les ambitions ne connaissaient aucune limitation morale et qui n’a pas hésité à entraîner son propre peuple dans la ruine et la honte.

Cette honte d’être serbe fut partiellement effacée par la victoire de l’opposition démocratique menée par Vojislav Kostunica aux élections présidentielles du 24 septembre 2000 et le coup de force du 5 octobre 2000 de cette opposition qui permit la chute de la dictature de Milosevic. Le nouveau président – un professeur de droit presque inconnu du grand public – se retrouvait devant une tache incommensurable : redonner à son pays une respectabilité et une fierté tout en faisant oublier au monde entier Vukovar et Srebrenica. En cela, il peut compter sur les alliées historiques de la Serbie qui, de nouveau, pourront soutenir sans mauvaise conscience Belgrade. Ainsi, le chef de la diplomatie française, Hubert Védrine, a déclaré devant l'assemblée générale des Nations unies qui réintégra la Yougoslavie le 1er novembre 2000 après huit années d'exclusion, qu’ « avec une fierté légitime, le peuple yougoslave va pouvoir prendre toute la place qui lui revient dans le concert des nations ». Toutefois la quête de respectabilité du nouveau pouvoir serbe demeurait entravée par la présence du dictateur Milosevic, tranquillement installé dans sa confortable villa des hauteurs cossues de Belgrade, pouvant se réjouir de ne pas avoir connu le sort expéditif d’un Ceausecu mais toujours inquiet de devenir un Papadopoulos, le chef de la dictature grecque de 1967 à 1974 qui se vit condamner à mort et finit par mourir en prison en 1999 après 24 ans de réclusion.

Face à ce problème, il n’était que trop évident que le président Kostunica temporisait en prenant comme argument qu’une arrestation de l’ex-dictateur demeurait impossible tant que la démocratie serbe ne se serait pas fortifiée. Puis les choses se sont accélérées. Profitant de l’absence de Président de la République, en voyage officiel à Genève, son Premier ministre Zoran Djindjic et le ministre serbe de l'Intérieur, Dusan Mihajlovic, décident de procéder à l’arrestation de Milosevic sous l’inculpation de détournements de fonds et d’abus de pouvoir. Après 48 heures de tergiversations, le dernier dictateur d’Europe est incarcéré dans une forteresse militaire de Belgrade. Aussitôt l’incroyable nouvelle connue, les chancelleries occidentales font savoir aux autorités serbes qu’elles exigent un transfert dans les meilleurs délais de Milosevic auprès des instances du Tribunal Pénal International de la Haye en charge de juger les crimes de guerre perpétraient dans les Balkans.

Fin de non-recevoir du président yougoslave Vojislav Kostunica qui déclare qu’il n'y aura pas « d'extradition automatique » de Slobodan Milosevic, décevant par là les espoirs des autorités américaines qui avaient débloqué une aide de 50 millions de dollars, en répétant que son soutien futur dépendrait de la coopération entre Belgrade et le Tribunal Pénal International. D’ailleurs, l’aumône américaine a fortement agacé le fier président serbe qui a déclaré qu’il ne plaçait pas « une poignée de dollars au-dessus de notre dignité nationale ». Pour les autorités serbes, Milosevic doit être jugé en Serbie. D’ailleurs, le président Kostunica n'a jamais caché son hostilité envers le tribunal de La Haye en considérant qu'il appliquait « une justice sélective », avant de relever « qu'aucun chef d'Etat croate, bosniaque, albanais ou de l'OTAN n'avait été jusqu'à présent inculpé par La Haye ».

Les charges pesant sur Milosevic ont d’ailleurs été alourdies : l’ex-dictateur n’étant plus seulement accusé de détournement de fonds et d'abus de pouvoir mais aussi d'avoir fait éliminer des opposants politiques et des ennemis personnels, ce qui pourrait lui valoir la peine de mort. Une telle éventualité n'est pas faite pour satisfaire les partenaires occidentaux de Belgrade qui exigent que M. Milosevic réponde non seulement de ses actes envers son peuple mais qu'il soit aussi jugé pour les atrocités perpétrées lors des guerres de Croatie, de Bosnie et du  Kosovo. Ce qui a fait dire à Dusan Mihajlovic que Milosevic pourrait même choisir volontairement d'aller à La Haye pour échapper à son exécution à Belgrade, le TPI ne prononçant pas la peine de mort…

Mots-clés : Balkans, Droit international, Serbie.