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L’anti-américanisme fait rage en France. Au lieu de suivre cette mode délirante, certains préfèrent rappeler ce qu’est la culture américaine, qui ne se limite pas à Mac Do et Coca-Cola. " L’entrée de l’Amérique dans le conflit, avec des
dispositions désintéressées si conformes aux plus nobles traditions françaises…
"Ce n’est rien de moins que le quotidien l’Humanité qui s’exprimait
ainsi le… 6 mars 1917. Que les temps ont changé ! Depuis la fin de la
2ème Guerre Mondiale, des vagues d’anti-américanisme touchent régulièrement
nos côtes hexagonales (Vietnam, problèmes commerciaux et diplomatiques…),
la dernière en date venant même de l’Ouest américain, plus précisément
de Seattle… De pareils mouvements de révolte ont une dimension épidermique. Les pouvoirs
aveuglants de la passion contribuent fortement à faire de la croisade
anti-américaine la guerre sainte des temps modernes. Pourtant, ces mouvements
récurrents sont certainement plus complexes qu’il n’y paraît, et lourds
de signification sous leur aspect manichéen. Naguère, A.BESANCON publia
un ouvrage pénétrant intitulé " Les origines intellectuelles du léninisme
". Peut-être serait-il souhaitable qu’un penseur d’envergure s’attèle
à la tâche d’analyser les sources intellectuelles de l’anti-américanisme,
particulièrement dans sa version française. Nous n’avons pas la prétention de mener à bout une pareille tâche, ni
de rivaliser avec le célèbre sociologue. Nous voudrions signaler simplement
quelques liens historiques qui ont pu être tissés entre les deux pays,
par les uns et par les autres. Malgré ses anciennes colonies, la France
a relativement peu contribué au peuplement des Etats-Unis, BOORSTIN note
qu’une dizaine de nations ont envoyé plus d’émigrants que nous. Nous n’avons guère contribué au peuplement de l’Amérique, mais nous avons
contribué fortement à la formation historique des Etats-Unis. Par un apport
intellectuel de premier ordre, tout d’abord. Parmi les références intellectuels
des Pères fondateurs et dans les débats de la Convention de Philadelphie,
Charles de Montesquieu occupe une place prépondérante, et son prestige
n’a guère décliné outre-Atlantique. Le Président R.Reagan a inauguré un
buste de l’auteur de l’Esprit des lois dans les locaux du Congrès, et
le nombre de colloques qui lui sont consacrés est plus élevé là-bas qu’ici.
La République Américaine est fille de Montesquieu davantage que ne l’est
la République Française. Aide intellectuelle, aide matérielle et stratégique
également. Les efforts français pour aider les insurgés contre l’Angleterre,
bien que très " revanchards " sont restés célèbres (pour ne citer que
Beaumarchais, Lafayette et Rochambeau). Les relations franco-américaines
ont également été cultivées fortement au XIXème siècle, avec Alexis de
Tocqueville comme chef de file (bien qu’il n’ait que très peu résidé aux
Etats-Unis). Il est difficile de trouver un ouvrage américain de science
politique ou d’histoire qui ne contienne quelque citation de " La démocratie
en Amérique ". Avec Montesquieu et Tocqueville, nous n’avons cité que
les références les plus célèbres, mais il est bien d’autres auteurs français
moins connus qui ont contribué à approfondir les liens franco-américains
d’une manière ou d’une autre, Saint John de Crèvecoeur au XVIIIème siècle,
Destutt de Tracy au XIXème, etc. Quant aux économistes classiques français,
dédaignés chez nous, ils jouissent aux Etats-Unis d’une plus grande renommée
que les classiques anglais, pourtant considérés souvent comme plus " scientifiques
". Leur tradition est jugée préférable parce que moins attachée à l’utilitarisme
et dégagée du pessimisme morbide qui marque l’Angleterre à partir de Malthus.
Ces relations privilégiées se sont poursuivies au XXème siècle. L’apport
américain fut décisif lors des deux conflits mondiaux, c’est un lieu commun.
Mais les échanges intellectuels et culturels entre les deux pays ont également
atteint une intensité jusque là inégalée. La Deuxième Guerre Mondiale
a conduit des Français aux Etats-Unis par les voies de l’émigration, mais
cela a permis d’enrichir les deux cultures. Le compositeur Darius Milhaud
a émigré sur la côte Ouest. Les romanciers et académiciens Julien Green
et Marguerite Yourcenar ont fréquenté abondamment les deux pays et les
deux cultures. La seconde est, certes, d’origine belge, le premier peut
être considéré avant tout comme un " Américain à Paris ", mais ils ont
contribué au rapprochement de ces différentes cultures. De même, malgré
son isolement, le diplomate poète et prix Nobel Alexis Léger (Saint John
Perse) a fortement contribué à l’enrichissement des relations franco-américaines.
Et que dire du philosophe Jacques Maritain ? Admirateur de Jaurès dans
sa jeunesse, converti au catholicisme, philosophe thomiste… Quel auteur
est plus français que lui ? Malgré cela, à la suite d’invitations et d’un
certain désintérêt en Europe, il a résidé de nombreuses années aux Etats-Unis,
où il a trouvé un climat intellectuel propice et stimulant pour ses recherches.
Ses " Réflexions sur l’Amérique " témoignent de sa lucidité sur la société
américaine et de son intérêt pour le dynamisme dont elle est porteuse.
Plus près de nous, nous pourrions terminer en mentionnant le prix Nobel
de sciences économiques Gérard Debreu, qui opta pour la nationalité américaine
après la démission du Président Nixon, impressionné par le sérieux dont
l’affaire du Watergate avait été l’objet. Que l’on nous pardonne cette énumération fastidieuse et certainement très incomplète. Nous avons simplement voulu souligner par ces exemples qu’il existe des liens très forts entre la France et les Etats-Unis, qui méritent approfondissement et que l’on ne peut balayer d’un revers de main. Alors, comment considérer les pulsions anti-américaines actuelles ? Morale du frère aîné donneur de leçon ? Jalousie du maître dépassé par l’élève ? Malveillance héritée de la propagande communiste ? Refus du capitalisme et de la mondialisation ?Il y a peut-être un peu de tout cela. Quoi qu’il en soit, les relations franco-américaines sont anciennes complexes et riches. Elles méritent mieux qu’une attitude passionnelle. Mots-clés : Culture, Humanisme, Libéralisme, Montesquieu, Révolution, Tocqueville Janvier 2000
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