LA FRANCE TOURNE LE DOS A LA LIBERTE ECONOMIQUE


Chaque année, plusieurs instituts américains publient un classement des pays par degré de liberté économique. Le Wall Street Journal vient de publier les résultats obtenus par les économistes de Heritage Foundation, les plus experts dans ce domaine actuellement. La Nouvelle lettre vient en avant-première en France, de publier et de commenter ces résultats.


Chaque année, nous publions ces chiffres en avant-première en France. Et nous faisons la même constatation, hélas : la France a quitté le peloton des pays libres pour se laisser glisser dans le classement, au point de se retrouver en 2000 au 45° rang, après avoir occupé le 36° l’an dernier, le 27° il y a deux ans, etc. Nous voici donc maintenant en compagnie de la Bolivie, de Panama, de la Jordanie, de Malte et de la Pologne, devançant de peu la Grèce (dernier pays européen dans le classement), le Pérou, le Guatemala et le Sri Lanka. Notre dégringolade n’a d’égale que celle du Japon, naguère l’une des patries de la liberté économique.

On pourra toujours dire que ces classements ne signifient rien. Le coq gaulois ne sait pas qu’il a les pieds sur un tas de fumier. Mais nous opposerons à cette inconscience naïve quatre arguments :

1° Même si on les trouve fantaisistes, les mesures de liberté économique publiées en 2001 sont faites suivant les mêmes méthodes et les mêmes critères que les précédentes : c’est bien l’évolution dans le temps qui est significative, et, à cette aune, la liberté économique se dégrade lentement en France,

2° Les conclusions d’autres instituts (comme le Frazer Institute de Vancouver) vont dans le même sens,

3° Les critères retenus n’ont rien de fantaisiste. L’idée du calcul d’un indice de liberté économique a été lancée il y a dix ans par Milton Friedman, prix Nobel d’Economie. Le chef des experts de Heritage Foundation est Gerald O’Driscoll, économiste qui a commencé sa carrière en enseignant à l’Université de New York, puis qui a poursuivi comme Vice-Président de la Banque Fédérale du Texas et « Chief Economist » du Federal Reserve System, avant d’être Directeur Général chez Citicorp,

4° Les indices de liberté économique sont assez précis pour faire apparaître une liaison spectaculaire entre niveau de revenu par tête et indice de liberté : les pays riches sont les plus libres. Dans les pays libres, ce revenu par tête est de USD 23,325.00 ; dans les pays les plus répressifs, il est de USD 3,829.00.

Cela n’a rien de mystérieux. Le calcul de l’indice prend en considération, avec des pondérations variables : le poids des impôts et des dépenses publiques, l’importance du secteur public et des fonctionnaires, l’étreinte de la réglementation, la stabilité monétaire, la libre circulation des marchandises et des capitaux et le libre investissement étranger, et enfin, et non le moindre, le respect de la propriété privée.

C’est d’ailleurs ce dernier critère qui paraît le plus décisif aux yeux des économistes de Heritage, ils lui consacrent plusieurs études statistiques démontrant le lien entre propriété et prospérité, à travers les liens entre propriété et épargne, propriété et entreprise, propriété et défense de l’environnement, etc.

Comme le disait Bastiat, « l’homme naît propriétaire ». Reconnaître à l’homme la possibilité d’être propriétaire du fruit de son effort, de constituer un patrimoine et d’en disposer librement, c’est flatter sa nature qui le porte vers la créativité et le progrès.

Pour revenir à la France, les chiffres les plus détaillés indiquent que notre perte de liberté a été d’un cinquième en sept ans, et qu’elle est due essentiellement à la réglementation croissante, au niveau très élevé de nos impôts et autres prélèvements obligatoires, à la persistance d’un secteur public pléthorique. La France fait partie des dix pays (en compagnie du Japon) dont la chute est la plus spectaculaire.

Voici les principaux commentaires du rapport de Heritage : « La France est un des pays de l’Union Européenne les plus réglementés. Selon l’OCDE, les dépenses publiques représentent plus de 50 % du PNB (contre 41,4 en moyenne dans les pays du G7). L’Etat emploie 25 % de la population active, le double de l’Allemagne ou du Royaume Uni. Il détient la majorité des actions dans 1.500 entreprises, dont Air France et l’industrie nucléaire. Il possède les chemins de fer, la poste, les aéroports parisiens…La France demeure un champion de la réglementation. Il faut quinze semaines pour créer une entreprise, qui aura entre 10 et 21 partenaires administratifs – contre 8 en Allemagne, 4 en Grande Bretagne et 2 aux Etats Unis…La France se bat pour préserver sa culture économique sur-réglementée en adoptant des mesures protectionnistes face au commerce mondial, comme le soutien apporté aux paysans français par la Politique Agricole Commune ». Vive le socialisme ! Vive le jacobinisme !

Mots-clés : Impôts, Liberté, Propriété, Réglementation, Revenu, Secteur public.

Le 26 novembre 2001