LIBERTE ECONOMIQUE : LA FRANCE 54ème SUR 58 PAYS


La France est en queue de peloton. Dans quel classement ? Dans celui qui prend en considération un nouvel indice de liberté économique publié par plusieurs instituts en collaboration Heritage Foundation (Washington), Fraser Institute (Vancouver) et une trentaine de centres de recherche économique (dont l'ALEPS pour la France).


Depuis six ans, un indice de liberté économique est calculé chaque année pour environ cent cinquante pays au monde. L'idée en avait été lancée par Milton FRIEDMAN et, sous son influence, les premiers indices retenaient des critères essentiellement macro-économiques : stabilité monétaire, part des administrations publiques dans le PNB, dette publique, entreprises nationalisées, libre échange, libre circulation des capitaux nationaux et étrangers. Peu à peu, l'indice s'est enrichi en prenant en compte des éléments à coup sûr constitutifs de la liberté économique.

Une nouveauté vient à l'instant d'être présentée par James GWARTNEY, artisan de ces indices, et son équipe (James GWARTNEY est un économiste réputé qui travaille au "Joint Economic Committee" du Congrès américain). C'est un indice "enrichi", qui pour le moment n'est calculé que pour 58 pays. Il faut préciser qu'une partie des données qui ont servi de base à ces calculs est issue du Rapport Mondial sur la Compétitivité, document bien connu publié à partir d'interviews de 4000 chefs d'entreprises du monde entier.

Les résultats de ce nouvel indice sont catastrophiques pour certains pays. Non seulement la France, mais presque tous les pays de la zone Euro sortent laminés de cette méticuleuse observation. Relevons deux points importants :

- France et Allemagne lanternes rouges pour la liberté du travail

- Effondrement du "modèle rhénan" qui tourne de plus en plus le dos à la liberté économique.

Pour comparer les 58 nations, l'indice étudie 8 séries de critères, dont l'une est totalement nouvelle : l'organisation du marché du travail. Les critères se proposent de répondre à la question : l'offre et la demande de travail sont-elles coordonnées par un libre contrat ? Six critères sont retenus :

- le salaire minimum : y-a-t-il un salaire minimum légal ? Est-il élevé ou faible par rapport au salaire moyen ? Est-il respecté ?

- embauche et licenciement : libres pour les employeurs ? avec ou sans discrimination ?

- part du total des salaires déterminée par des négociations collectives

- taux marginal de l'impôt sur le revenu

- assurances chômage : encouragent ou découragent le chômeur à trouver un emploi

- service militaire obligatoire ou non.

On pourrait sans doute en ajouter d'autres, notamment sur la grève, le financement des syndicats et le statut des leaders syndicaux, la durée légale du travail, etc.

Mais ceux-là suffisent à mettre l'Allemagne en dernière position sur cette série, et la France en avant-dernière (leurs notes respectives : 1,8 et 2,2 sur 10). Les autres pays de la zone Euro font aussi mal (le mieux classé est le Luxembourg en 37ème position avec 4,5). A l'autre extrémité se trouvent des pays neufs en développement rapide comme Hong Kong (premier avec 8,2), la Thaïlande, la Malaisie, les Philippines, le Mexique, l'Argentine ou l'Inde, et quelques pays très riches (USA, 7ème avec 6,8, Nouvelle Zélande, le Royaume Uni). Ainsi la France se trouve-t-elle derrière la Russie, et même... la Chine. Rien d'étonnant à ce que nos entreprises se délocalisent, en direction de ces pays où le marché du travail est largement ouvert, et la liberté de l'emploi respectée. Rien d'étonnant non plus à ce que le rang de liberté du travail soit corrélé avec le taux de chômage : quand on supprime la liberté des contrats et des salaires, il y a davantage de chômeurs parce qu'il y a moins de création d'emplois.

Il n'y a pas que sur la série du marché du travail que la France fait mal. Nous sommes aussi dans les derniers dans la série "taille du gouvernement" (49ème position sur 58 avec une note de 3,6). Nous nous trouvons dans le peloton des anciens pays communistes (Pologne, Ukraine, République Tchèque, Slovaquie, Russie, Chine). L'Italie, l'Espagne, l'Autriche et le Luxembourg lui-même ne font guère mieux. L'Allemagne a juste la moyenne (5,1) et occupe la 30ème position. Des grands pays, seuls les Etats-Unis (4ème position) ont restreint la taille du gouvernement, et on note les bonnes performances des pays latino-américains.

Ce qui caractérise tous les pays de la zone euro est leur dégringolade dans ce nouvel indice par rapport aux précédents. La France se retrouve à la 56ème place, contre la 36ème dans l'indice traditionnel, l'Allemagne perd dix places etc.

C'est que les pays européens ont quelques signes apparents de liberté, avec des monnaies stables, une ouverture des échanges de capitaux, de produits et de services, mais ils demeurent attachés aux principes de l'économie dirigée, au double point de vue du poids de la réglementation et du secteur public. La France est la plus touchée par le phénomène, mais c'est toute une région du monde qui est contaminée par le virus social démocrate. Voilà qui suffit à expliquer tout à la fois notre perte de compétitivité, nos délocalisations, notre chômage élevé, nos systèmes sociaux en faillite. Sans compter avec la mentalité d'assistés irresponsables qui se forgent si facilement. Il est temps de rompre avec le modèle rhénan.

Mots-clés : Chômage, Liberté, Marché du travail, Syndicats.

Le 6 novembre 2000