LE PLAN BUSH CRITIQUÉ : À TORT OU À RAISON ?


Le plan américain dit "de relance", destiné à contrer les effets économiques des attaques terroristes, est de plus en plus contesté. Les critiques peuvent être regroupées en deux catégories : il y a ceux qui considèrent que le plan est insuffisant ou mal orienté et ceux qui considèrent qu'il est déjà trop ambitieux.


Sur ce site, nous avons déjà essayé de faire la distinction entre, d'une part, les mesures qui visent à réparer et mutualiser les conséquences des nouveaux risques induits par les attaques terroristes et, d'autre part, les mesures inspirées par le raisonnement keynésien "dépensons pour nous enrichir". Dans les débats publics, la confusion subsiste car la notion de "plan de relance" s'apparente davantage à cette dernière optique, tandis que le plan comporte également des mesures inspirées par l'économie de l'offre (libérale et non-keynésienne). C'est ce qui explique en partie la diversité des critiques adressées au plan.

1. Le plan Bush est-il "mal ciblé" ?

De manière surprenante, c'est ce que laisse entendre Joseph Stiglitz, lauréat du Prix Nobel d'économie cette année. L'économiste critique l'actuel plan en faisant l'analogie avec le précédent (élaboré au printemps) et qui portait, lui aussi, sur les baisses d'impôts. Stiglitz constate que les ménages n'ont dépensé que 20% de la ristourne fiscale de 40 milliards de dollars (votée au printemps, effective en automne) et il suggère que cela pourrait se reproduire avec les baisses d'impôts proposées actuellement. Stiglitz préférerait plutôt que "l'aide" soit dirigée vers les chômeurs et l'amélioration des bâtiments scolaires.

Nous pouvons reconnaître ici les thèmes favoris de la théorie keynésienne : l'opposition entre l'épargne et la consommation, la préférence pour les transferts vers les personnes à bas revenus (puisqu'ils consomment une partie plus importante de leurs revenus) et les travaux plus ou moins grands, pourvus qu'ils soient publics.

Nous avons plusieurs fois montré les pièges du raisonnement keynésien (qui s'intéresse exclusivement au très court terme, contrairement aux investisseurs privés…) et nous n'insisterons pas davantage sur ce sujet. Rappelons toutefois que les réductions d'impôts votées au printemps ou maintenant ne sont pas des cadeaux, il s'agit de restitutions d'impôts payés en excès par rapport aux besoins de l'État, tels qu'ils ont été définis par le Congrès. C'est vrai qu'en France nous n'avons pas l'habitude des excédents budgétaires, mais il faudrait savoir qu'il n'est pas obligatoire de dépenser tous les impôts collectés : ils peuvent être affectés au remboursement de la dette (conséquence des déficits passés) ou être restitués à leurs propriétaires légitimes, à savoir les contribuables qui les ont payés. Si les bénéficiaires des restitutions préfèrent épargner, c'est leur droit. En outre, cette épargne se retrouve forcément d'une façon ou d'une autre dans l'économie : il n'y pas de raison pour un économiste de préférer qu'un "agent économique" achète une canette de bière plutôt qu'il n'investisse dans une entreprise qui produit la canette ou la bière respectives. Enfin tout ceci néglige l’essentiel ; la baisse des impôts agit aussi sur l’offre, c’est à dire sur l’incitation à produire et sur l’emploi.

2. Le plan Bush est-il excessif ?

C'est le point de vue des économistes et des "think tanks" libéraux (Milton Friedman, autre Prix Nobel d'économie, Chris Edwards du Cato Institute). L'idée est que l'impact réel des attentats est surestimé de façon volontaire par des entreprises à la chasse aux subventions et par un gouvernement désireux de se montrer actif et capable de maîtriser une situation très grave. La réaction a été trop rapide, sans attendre les informations sur la situation exacte (même selon Barry Bosworth, du Brooking Institution, proche des démocrates). Les délais de réaction de l'économie sont longs et l'effet des mesures se fera sentir trop tard, probablement sous forme d'inflation et donc avec des taux d'intérêt en hausse. Résultat : la reprise sera empêchée, retardée ou atténuée car les investissements seront ainsi rendus plus difficiles (moins rentables). Bref, tout ce qui va dans le sens d'une création artificielle de pouvoir d'achat est dangereux à cause des distorsions et de l'inflation qui en sont nécessairement la conséquence. A cela s'ajoute la possibilité que les aides soient confisquées par des lobbies, toujours prêts à présenter leur intérêt comme étant national. Dan Mitchell de la Heritage Foundation (un autre "think tank" libéral) adopte cette ligne de critique du plan Bush. En effet, les libéraux savent que l'argent public finit toujours dans des poches privées.

Il apparaît que l'intervention de l'État comporte des risques, même si elle est supposée bien intentionnée ou imposée par une situation de crise. Les libéraux savent que c'est justement dans ces périodes qu'ils doivent redoubler de vigilance, car l'action de l'État rencontre moins de résistance, elle est faite dans la précipitation et les dégâts qu'elle provoquera serviront de prétexte à d'autres interventions. Contrairement à ce que l'on fait semblant de croire en Europe (en France), les États-Unis n'ont pas complètement oublié que le gouvernement doit rester modeste, même en situation de crise.

Mots-clés : Crise, Économie de l'offre, État, Inflation, Impôts, Taux d'intérêt.

Le 15 octobre 2001