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L'ÉTAT DOIT COMBATTRE LE TERRORISME ET NON LA LIBERTÉ ECONOMIQUE
L'anti-américanisme, manifesté avec
indécence tout de suite après les attentats, a retenu notre attention
la semaine dernière et nous y reviendrons cette semaine en rubrique politique.
Les propos qui ont suivi montrent les sources de cet anti-américanisme
(la haine du libéralisme et l'adoration de l'État). Ils montrent aussi
la capacité des ennemis de la liberté individuelle à utiliser tout événement
en faveur de leur thèse : l'État est ou doit être de retour ! Les étatistes de tous bords sont contents : "vous voyez, même au
pays de l'utra-libéralisme, on redécouvre l'importance de l'État. La libéralisation,
c'est fini maintenant. Heureusement, nous n'avons pas fait grand-chose
en ce sens, et nous voilà donc en avance !". Tel est la trame
de fond des commentaires concernant les mesures annoncées par le Président
Bush aux États-Unis. 1. Remarquons tout d'abord
que l'État n'est jamais vraiment parti (notamment en France), que vingt
ans de libéralisation américaine n'ont pas encore réussi à ramener le
poids de l'État fédéral à ses niveaux du début du siècle. Bref, les États-Unis
sont un pays libéral au sens relatif et non au sens absolu. 2. L'État est moins présent dans
l'économie américaine qu'il ne l'est dans les économies européennes et
les interventions annoncées par Bush ne changeront pas cela. En outre,
elles sont perçues comme provisoires par les électeurs et par toute la
classe politique : il n'y aura pas de "rupture avec le capitalisme",
n'en déplaise à ceux qui l'espèrent. 3. Si l'État apparaît comme nécessaire
en période d'agression externe, cela ne prouve pas qu'il doit être omniprésent
et omnipotent en temps de paix. La plupart des libéraux reconnaissent
à l'État un rôle dans ce qui est appelé "défense nationale".
(De ce point de vue, les attentats représentent un échec de l'État, qui
n'a pas rempli son engagement de protection.) Autrement dit, admettre
que l'État a une mission à remplir dans le domaine de la défense contre
les agressions extérieures n'implique pas que l'État doive s'occuper de
banques, d'assurances, de transports, d'agriculture, de production d'automobiles,
de télécommunications, d'électricité, de gaz, de courrier, etc. 4. Que dire alors des mesures
économiques annoncées en raison de la crise ? La réponse est délicate.
Les attentats ont modifié les anticipations des individus, leur perception
des risques et des opportunités de gain, bref, les prix relatifs des biens.
Si les mesures annoncées visent le maintien des anciens prix relatifs,
elles sont vouées à l'échec, comme toute tentative de contrôle de prix.
Si elles visent une mutualisation de certains risques inimaginables auparavant,
l'élan de solidarité actuel peut les rendre acceptables par la population
(les contribuables) : les libéraux n'auraient rien à redire. Quelques
dangers doivent être néanmoins évités. Il ne faut pas abuser de la "potion magique" de la baisse des taux.
Ses effets sont éphémères (certaines actions vont chuter de toutes façons)
et elle se traduira par une hausse de l'inflation, ce qui aggravera la
situation économique. Effectuer des dépenses publiques pour "relancer l'économie" revient
à tomber dans le piège d'un raisonnement keynésien. Augmenter les dépenses
militaires pour réduire le risque terroriste (et, en fin de compte, le
coût qu'il impose à l'économie) est un raisonnement plus pertinent d'un
point de vue économique. Faciliter, pour les entreprises, le rachat de leurs propres actions, qu'elles
considèrent comme bradées, c'est acceptable. Réaliser des achats par l'État
ou des organismes parapublics (comme en Corée par exemple), c'est une
mauvaise idée, qui s'apparente à une nationalisation partielle. Le rôle
de l'État n'est pas de s'engager dans des spéculations boursières, quelle
que soit la situation économique ou politique. Débloquer des aides d'urgence pour des compagnies d'assurance, de transport
aérien ou de tourisme ? Elles peuvent être acceptées, dans la mesure
où elles visent à éliminer les conséquences imprévisibles des attentats,
et si elles sont remboursables. Cependant, il faut garder à l'esprit que
tous les prétextes sont bons pour obtenir des aides d'État : il est
souvent plus tentant de séduire les hommes politiques que les consommateurs.
Les situations de crise ont toujours été propices à la présentation d'intérêts
particuliers comme étant l'intérêt général et cet environnement est favorable
à une croissance de l'État. Cela doit redoubler la vigilance des libéraux : la lutte contre le terrorisme
ne doit pas rendre nos sociétés semblables à l'ennemi combattu. Défendre
la liberté en la limitant, c'est contradictoire. S'engager dans cette
voie revient à donner la victoire aux ennemis de la liberté. Mots-clés : Économie,
État,
Liberté. |