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D’UN MARDI NOIR A UN JEUDI NOIR ?
Le mardi 11 septembre 2001 restera gravé
dans toutes les mémoires. Mais ce terrible drame aura-t-il le même effet
et la même résonance économique que ce jeudi noir d’octobre 1929 qui plongea
les Etats Unis puis le monde entier dans la plus terrible dépression du
XX° siècle ? Il n’y a pas de raison, aujourd’hui, d’envisager une catastrophe
économique. Hier Wall Street a repris ses cotations. On s’attendait au
pire. On n’a eu que le mauvais : -5% pour le Dow Jones et le Nasdaq.
Ce Lundi n’aura pas été semblable au fameux jeudi noir d’octobre 1929. En dépit de quelques ressemblances formelles,
il n’y a aucune comparaison sérieuse possible entre les deux événements
et une apocalypse suffit : la catastrophe économique n’a aucune raison
d’être maintenant. CRISE DU CAPITALISME ? Par maladresse, ou par idéologie,
certains commentateurs ont évoqué mardi « une crise du capitalisme ».
Il est vrai que la fermeture des Bourses a été spectaculaire, que le dollar
a semblé souffrir. Il est encore plus vrai qu’en attaquant les tours,
les barbares visaient le symbole du capitalisme triomphant. Mais n’allons pas plus loin. Notons
d’ailleurs au passage qu’en 1929 il ne s’agissait pas non plus d’une crise
du capitalisme, parce que le krach boursier a été provoqué par les erreurs
des banques et des opérateurs, eux-mêmes trompés par l’incompréhensible
politique monétaire de la FED depuis plusieurs mois. En 1929, les Etats
Unis et les autres pays occidentaux s’étaient déjà largement écartés des
sains principes d’une économie de marché, et vivaient depuis 1914 en économie
dirigée. De plus, le New Deal de Roosevelt, encore plus contraire aux
lois du marché, a fini par désorganiser l’économie américaine beaucoup
plus sûrement que le krach de Wall Street, et Roosevelt n’a pas résorbé
le chômage (comme on le croit), il l’a augmenté. Fermons donc le dossier de la « crise
du capitalisme » en observant au passage que, depuis Marx, nombreux
sont ceux qui ne cessent de l’ouvrir, annonçant avec délectation la fin
du capitalisme « victime de ses contradictions internes ». On
nous l’a servie en 1973, 1975, 1987 et l’an dernier encore. ANTICIPATIONS ALARMISTES :
PEARL HARBOR ? Un argument plus sérieux consiste
à rappeler que la Bourse et les investisseurs ont besoin de lisibilité.
Tout nuage assombrissant l’avenir économique décourage les acheteurs et
inspire les vendeurs. Quelle est l’épaisseur du nuage ? Elle paraît considérable
sur-le-champ. Mais imagine-t-on sérieusement l’armée américaine passant
à la contre-attaque générale et le processus d’une nouvelle guerre mondiale
s’amorcer ? Qui sont les ennemis ? Vont-ils continuer à frapper ? La comparaison
avec Pearl Harbor est tentante (l’effet de surprise et le nombre des victimes
ont été encore plus grands qu’en 1942) mais elle ne résiste pas à la réflexion.
Une action de commando, si surprenante soit-elle, n’est pas l’entrée en
guerre d’un pays doté d’une armée massive et coalisée avec d’autres puissances.
La comparaison avec la guerre froide n’est pas non plus pertinente. Si l’on veut bien écarter le scénario catastrophe,
il n’y a aucune raison pour que les nuages ne se dissipent pas en quelques
semaines, voire en quelques jours. Ni guerre, ni révolution, ni coup d’Etat :
les Etats Unis vont retrouver la maîtrise et la sérénité. Ce délai d’éclaircissement s’accompagne-t-il
d’une révision complète des comportements des consommateurs et des producteurs
? Une fois passée la stupeur et les achats de précaution qu’elle inspire
à certains, il n’y a aucune raison pour que les conditions de la vie quotidienne
aux Etats Unis, ni celles du commerce mondial, soient changées de façon
significative. Restent deux problèmes en suspens. Le premier est le prix
du pétrole. Mais à moins d’imaginer que l’OPEP soit complice des attaques
et, comme en 1973, veuille anéantir le démon américain (par exemple pour
mettre Israël à genou), la hausse annoncée sur le champ n’aura pas de
lendemain. D’ailleurs l’OPEP a fait savoir immédiatement qu’elle n’a pas
l’intention de rehausser le prix du baril. Si celui-ci augmente, c’est
sous l’effet d’une spéculation comparable à celle que l’on a observée
sur l’or ou d’autres matières premières. Le deuxième problème est celui
du programme anti-missile. Bloqué au Congrès, le programme pourrait maintenant
recevoir un meilleur accueil. Son effet serait de développer l’investissement
public, mais de freiner la baisse des impôts et l’investissement privé.
Nous ne savons rien exactement de ces conséquences sur la conjoncture
– sans doute marginales. LE CAPITALISME VAINCRA
En fait, les seules vraies questions sont
d’ordre éthique, psychologique et politique. Les Américains perdraient-ils
soudainement confiance dans leur système ? Se réfugieraient-ils dans un
isolationnisme frileux, renonçant à la mondialisation pour se replier
sur leur continent ? Ce serait mal connaître la mentalité américaine,
forgée dans une société de confiance, dans un idéal de progrès personnel
et social. Ce serait compter sans ces trente-cinq millions de néo-Américains
venus depuis dix ans de tous les horizons (et notamment de l’Amérique
hispanique) pour rejoindre le pays de la liberté et de la réussite. Ce
serait ignorer qu’ici comme ailleurs le vent de la liberté a déjà emporté
les structures archaïques, au point que Clinton lui-même n’a pas pu faire
machine arrière. Ce serait enfin douter du sens de
l’évolution des sociétés humaines. Après avoir frisé la catastrophe d’un
communisme mondial, grâce à la vigilance et la foi américaines d’ailleurs,
l’humanité continue sa marche vers la mondialisation, porteuse de développement
pour les pays les plus pauvres, facteur de paix mondiale. Les barbares
ont voulu enrayer cette avancée de civilisation. Mais à moyen terme le
capitalisme vaincra. Il en a vu d’autres. Il a connu des agressions, des
reculs, des déviations. Mais toujours reparaît la volonté des hommes de
vivre dans la liberté et la dignité – ce que signifie précisément le capitalisme
– comme l’a rappelé Jean Paul II. Mots-Clés : Bourse,
Capitalisme,
Crise,
Krach,
Mondialisation.
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