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L'UNION EUROPEENNE EN PERTE DE COMPETITIVITE :
POURQUOI ?
Dans une communication adoptée le mardi 14 mai dernier, la Commission sonne le signal d'alarme. En effet, selon les chiffres avancés, la productivité du travail en Europe a ralenti entre 1995 et 2001, l'écart avec les Etats-Unis se creusant davantage. Cependant, la situation en Europe n'est pas homogène : si les chiffres européens sont mauvais, c'est à cause de certains pays-membres seulement, dont … la France. La cause de ce retard serait due, selon Bruxelles, à une activité innovante insuffisante et à un sous-investissement dans le secteur des technologies de l'information et de la communication. En revanche Bruxelles n’évoque pas pour l’instant d’autres facteurs ralentissant la productivité : non-réforme de l'Etat, dépenses publiques à la hausse, déficits budgétaires, réglementations entravant le libre marché, etc. Ainsi, rien d'étonnant à nos yeux à ce que l'Europe sociale et politique tue la productivité ! La Commission européenne a dénoncé, chiffres à l’appui, une "évolution particulièrement défavorable" de la productivité et de la compétitivité de l'Union. La croissance de la productivité du travail chez les Quinze a baissé de 2% (entre 1990 et 1995) à 1,5% (entre 1995 et 2001). En même temps, celle de l'économie américaine a progressé de 1,5% à 2,5%. Ces résultats montrent clairement deux tendances opposées, et l'écart de compétitivité entre les Etats-Unis et l'Union européenne se creuse. Ainsi, les perspectives de croissance semblent différentes : alors qu'en Amérique tous les indicateurs sont encourageants quant à la reprise solide de la croissance (5,8% au premier trimestre 2002), en Europe la Commission déclare qu'"il est peu vraisemblable que la croissance économique de l'Union retrouve un niveau fort et durable". Ce constat n'a rien d'original pour tous ceux qui suivent notre rubrique. En revanche, l'explication de ces mauvais résultats de l'Union par la Commission est extrêmement réductrice. Selon les bureaucrates de Bruxelles, le ralentissement de la productivité s'expliquerait par une activité innovante insuffisante, un sous-investissement dans le secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC) et la faible diffusion de celles-ci. Or, tous ces facteurs, évoqués par la Commission, sont les symptômes et non les causes, d'une économie européenne de plus en plus sclérosée. Les véritables causes sont à chercher ailleurs. 1) Premièrement, la situation au sein de l'Union n'est pas homogène. Certains pays (l'Autriche, la Grèce, la Finlande, l'Irlande, le Luxembourg, le Portugal et la Suède) affichent des performances en matière de productivité proches de celles des Etats-Unis. Et si les chiffres communautaires sont mauvais, c'est à cause de pays, comme la France, dont les performances tirent la moyenne communautaire vers le bas et sont, par conséquent, encore plus mauvaises et plus alarmantes. 2) Deuxièmement, ce n'est pas un hasard s'il y a un sous-investissement dans le secteur des TIC et si les dépenses ne représentent que 5,6% du PIB en Europe contre 8,1% aux Etats-Unis (avec un taux de dépenses européennes / dépenses américaines passant de 90% en 1992 à 75% en 1999). Ce sous-investissement s'explique, d'une part, par un cadre politico-légal et fiscal, largement hostile en France et dans une moindre mesure en Europe, aux entreprises innovantes. D'autre part, le niveau croissant des dépenses publiques et le drainage de l'épargne vers les circuits d'investissements de l'Etat, a inévitablement pour effet un manque de capitaux dans les TIC. Par exemple, la non-réforme du système de protection sociale est fortement préjudiciable (absence de fonds de pension à l'américaine) pour le financement et la levée de fonds en faveur des nouvelles technologies. 3) Ce n'est pas un hasard, non plus, si les pays affichant des dérapages de leur budget (à l'exception du Portugal), sont aussi ceux qui affichent de mauvaises performances en matière de productivité. Evidemment ces mauvaises performances s'expliquent aussi par une législation, suivant les pays, entravant plus ou moins la libre entreprise (comme les 35 heures en France ou la fiscalité sur les stock options, par exemple). 4) Enfin, l'activité innovante et la diffusion en Europe, et en France en particulier, s'avèrent insuffisantes parce que toutes les entreprises, utilisatrices des nouvelles TIC, sont les victimes du cadre institutionnel (réglementaire, légal, fiscal etc.). Un tel cadre, qui empêche le libre fonctionnement du marché, compresse ainsi la demande même de TIC. Et sans demande, il ne sert à rien de les développer. Ainsi, les entreprises européennes ne sont pas suffisamment innovantes, mais seulement … en Europe. Ayant délocalisé leurs activités dans le monde entier (voir notre article du 25 mars 2002 sur la délocalisation des entreprises françaises du CAC40), les entreprises européennes s'avèrent fortement compétitives, faisant profiter les pays d'accueil de leurs innovations. En conclusion, si la Commission dresse un constat correct, son explication de la mauvaise performance actuelle de certains pays-membres de l'Union est très loin des véritables causes de l'écart de productivité avec les Etats-Unis. En réalité, les réglementations nationales, combinées avec les législations européennes voulant instaurer une Europe sociale, sont en train de tuer la compétitivité de l'économie européenne. La déclaration affirmant vouloir faire de l'Union l'économie la plus compétitive du monde à l'horizon 2010 se présente de plus en plus comme un défi intenable. Les dirigeants politiques nationaux et européens ont oublié que la compétitivité et la productivité ne se décrètent pas. Ainsi, il ne servira à rien d'essayer de subventionner les TIC pour améliorer la compétitivité, à l'image de la Commission qui réfléchit déjà "à la contribution potentielle des finances publiques à la croissance et à l'emploi" et du Parlement qui envisage d'assouplir le Pacte de stabilité par une "clause de révision". Au contraire, si les Européens veulent espérer rejoindre les Américains, il faut plus que jamais laisser la place, au niveau de l'Union, aux institutions marchandes et à la libre entreprise ! Mots-clés : Compétitivité, Libre entreprise, Productivité, Union européenne.
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