LES PRIVATISATIONS : FOND DE TIROIR SELON BERCY

Avec précaution, le gouvernement Raffarin annonce timidement sa doctrine concernant la privatisation. Succédant aux socialistes qui se vantent d’avoir privatisé pour 30 milliards d’euros pendant leur législature, l’enjeu paraît de taille pour un gouvernement de droite. Pourtant les effets d’annonce semblent montrer la réticence de la nouvelle équipe. Plutôt que de se soucier de l’efficacité et la compétitivité des entreprises publiques, cette dernière dans sa nouvelle doctrine semble considérer les privatisations uniquement comme fond de tiroir pour remplir les caisses de Bercy.


On se souvient, Lionel Jospin s’est montré très généreux à la fin de sa législature. Les derniers mois ont en effet été marqués par une accélération des ventes des participations de l’Etat dans les entreprises. Ainsi après les cessions de ses parts dans Thomson Multimédia, les Autoroutes du Sud de la France et Renault, le gouvernement socialiste (1997 – 2002) s’est vanté d’être celui qui a le plus privatisé, avec environ 30 milliards d’euros en cinq ans. Les gouvernements Balladur (1993 – 1995) et Juppé (1995 – 1997) réunis n’ayant réalisé que 22,7 milliards d’euros.

Toutefois malgré les séries de privatisations réalisées par les gouvernements successifs, les participations de l’Etat dans les entreprises sont encore importantes. L’Etat français reste fortement ancré dans le dispositif économique. Aujourd’hui, il détient encore 56% de France Télecom, 56% d’Air France, 17% d’EADS, 13% du Crédit Lyonnais, 38% de Thomson Multimédia, 33 % de Thalès et 16% de Dassault système, pour ne citer que les principaux. La tâche du nouveau gouvernement reste donc entière en la matière, tant face aux exigences d’ouvertures de plus en plus pressantes de Bruxelles, que dans sa quête de financement des déficits budgétaires toujours aussi important.

Aujourd’hui le gouvernement semble faire avancer le dossier des privatisations avec précaution, voire avec hésitation. Dans l’attente de la confirmation des législatives, les effets d’annonce se multiplient sur la préparation de certaines cessions de parts. « Ni Renault, ni Air France, ni France Télecom, mais Thales – Snecma », telle semble être la doctrine du nouveau gouvernement. En entendant la confirmation, ou plutôt l’information de cette conception de la privatisation, il semble nécessaire de relever une remarque particulière en ce qui concerne la logique inhérente à la privatisation. Il faut en effet rappeler que la privatisation participe principalement de la logique de recherche de restauration de la responsabilité et de l’efficacité dans la gestion de l’entreprise, c’est le principe de la « gouvernance ». Or souvent les gouvernements suivent une logique utilitaire. Ils exécutent des programmes de privatisation de façon plus ou moins contrainte en mettant en avant les exigences d’ouvertures imposées par Bruxelles, ou le souci de rechercher des fonds pour combler le déficit budgétaire. Par ailleurs, ce manque de conviction et détermination des gouvernements hypothèques souvent la réussite des privatisations. En retardant les mises sur le marché de certaines entreprises, l’Etat ne fait que renforcer la difficulté, car chacun sait que la plupart du temps, si ce n’est toujours, la présence de l’Etat constitue un boulet pour les entreprises. Ainsi, au-lieu de permettre à l’entreprise de créer de la richesse et de l’emploi, elle favorise leur destruction, car de par leur opacité, les entreprises publiques, masquent souvent leurs coûts et tandis que les charges sont supportées par l’ensemble des contribuables.

Mots-clefs : Compétitivité, Entreprise, Privatisation.