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LE SERVICE PUBLIC A LA FRANÇAISE ET L'EUROPE
En
cette période électorale, les hommes politiques français semblent bien
déterminés à garder et à "exporter" en Europe leur vision du
service public. Cependant, même si la France a réussi à retarder la "libéralisation"
du marché de l'énergie et de l'électricité à Barcelone, les 15 et 16 mars
derniers, les autres pays-membres ne veulent pas du service public à la
française qui sera obligé tôt ou tard de s'ouvrir à la concurrence.
Le
service public à la française, conçu à la fin du XIX siècle et développé
surtout au milieu du XX°, semble avoir vécu. La principale caractéristique
du modèle français est qu'il confie l'offre de ce type de services à des
monopoles d'Etat. Au-delà des notions absurdes comme l'égalité de traitement
et d'accès, la continuité, de transparence etc., c'est cette absence flagrante
de concurrence et de prix librement négociés qui s'avère véritablement
contraire aux déclarations de principe sur lesquelles se fondent la construction
européenne. Le coût pour l’usager-client prisonnier est considérable.
A titre d’exemple le SNCF vient d’élever le tarif TGV sur Paris Marseille
de 4,5%, soit 7 euros pour un aller-retour. Motif invoqué : le succès
commercial du TGV ! Ce « succès » ne masque pas le fait
que le prix du billet, même augmenté, représente à peine de quoi payer
l’usage des rails à la compagnie CFR. Tout cela se fait sans considérer
l'article 3A, al. 1, qui stipule sans ambiguïté "le respect d'une
économie de marché ouverte où la concurrence est libre". Ainsi,
le calendrier européen, qui a été à plusieurs reprises modifié, semble
se préciser : —
les services postaux devront être ouverts au
1er janvier 2003 à la concurrence pour les plis de plus de
100 g et au 1er janvier 2006 pour les plis de plus de 50 g
; —
le rail connaîtra la mise en concurrence du
fret en 2003 ; —
enfin, le calendrier du marché de l'énergie
et de l'électricité a été modifié au sommet de Barcelone les 15 et 16
mars derniers (voir notre article du 18 mars)
sous
la pression de la France, voulant sauvegarder le monopole d'EDF et de
GDF. Ainsi, l'ouverture à destination des professionnels est prévue pour
2004, alors que celle à destination des particuliers n'est plus à l'ordre
du jour. Il
sera très difficile pour la France de revenir une fois de plus sur ces
échéances afin de sauver ses monopoles publics ou d'imposer son modèle
aux autres Etats-membres. Par
conséquent, en dépit des promesses électorales de sauvetage du service
public à la française faites par les candidats politiques de tous bords,
deux remarques méritent d'être faites. 1)
D'une part,
il est pratiquement certain que le modèle de monopoles publics sera ouvert
tôt ou tard à la concurrence européenne. 2)
D'autre part,
et c'est de loin le point le plus important, cette ouverture à la concurrence
et cette "libéralisation" des services publics peuvent se faire
de manières différentes. Elles dépendront bien sûr du modèle européen
de service public, qui fait lentement son chemin sous la pression de la
France, mais aussi de lobbies du secteur public des autres pays européens.
Or, l'Union européenne dépend toujours des décisions des hommes politiques
nationaux au sein du Conseil qui sont à l'écoute des revendications de
ces groupes : ainsi, une véritable libéralisation (fondée sur la mise
en place d'un cadre de droits de propriété privée et de liberté des contrats)
n'est toujours pas à l'ordre du jour en Europe. A titre d'exemple, à part
les délais plus ou moins lointains, le calendrier européen ne prévoit
ni l'ouverture de l'électricité pour EDF à destination des particuliers,
ni celle du trafic de voyageurs pour la SNCF. Ainsi, le modèle européen
introduit-il des distorsions importantes sur le marché concernant ces
secteurs : il prévoit en réalité non pas une authentique libéralisation,
mais une simple mise en concurrence des monopoles publics européens. Evidemment
une telle solution, même si elle présente des avantages par rapport au
service public à la française, est encore très loin d'avoir les vertus
d'un véritable marché libre. En
conclusion, la France ne pourra certainement pas garder en l'état ces
monopoles publics et sera obligée par ses partenaires européens d'ouvrir
à la concurrence les secteurs en question (d'autant plus que ses entreprises
publiques, comme EDF, profitent de l'ouverture des autres pays-membres).
En revanche, il faudra être très vigilant sur les spécificités de la future
réglementation communautaire dont le rôle sera d’encadrer et de définir
le modèle européen de service public. Mots-clés :
Monopole,
Service
public, Union européenne
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