MIRACLE : LE MONDE S’INTERESSE A GARY BECKER !



La semaine dernière, le journal Le Monde a consacré deux pages à l’Université de Chicago et à Gary Becker, en publiant notamment un entretien avec ce grand économiste. Professeur à l’Université de Chicago, Gary Becker a reçu le Prix Nobel en 1992, pour ses travaux sur l’importance du capital humain, une notion ignorée de la théorie traditionnelle de la croissance économique. On ne peut que se réjouir que le journal Le Monde s’intéresse à Gary Becker. Mais cela va-t-il permettre aux Français de comprendre le message de Gary BECKER, alors que la pensée « ultra-libérale » est tellement décriée (Le Monde y est pour beaucoup !) ?


L’Université de Chicago a collectionné ces dernières années les Prix Nobel en économie. Elle en revendique 22, soit les deux tiers des Nobels américains dans ce domaine. A titre de comparaison, il est symptomatique de constater que l’Université française toute entière n’a pas produit un seul Nobel en économie depuis la création de ce prix en 1969, en dehors de M. Allais, mais qui n’est pas universitaire, puisqu’il enseignait à l’école des Mines.

Une fois n’est pas coutume : le journal Le Monde s’est intéressé à un économiste de l’Université de Chicago, Gary Becker. Dans un entretien publié la semaine dernière, Gary Becker explique au journal Le Monde d’où vient le succès de l’Université de Chicago. Cependant, il est navrant que, dans un entretien avec un prix Nobel d’économie, les journalistes franco-français ne puissent s’empêcher d’attaquer Gary BECKER sur des questions accessoires, comme la hausse des frais de scolarité dans les universités américaines. Ainsi, les journalistes du Monde se gardent-ils bien d’évoquer l’apport considérable de Gary BECKER à la science économique, en particulier sa théorie du capital humain. Tachons de combler cette lacune…

Bien que la notion qualitative du facteur travail soit ancienne, le développement du concept de capital humain dans l’analyse économique date du début des années soixante et fait suite aux travaux de Gary Becker et de Milton FRIEDMAN. Dans son fameux article de 1962, « Investment in human capital : a theorical analysis », Gary Becker part du constat que le taux d’accumulation du capital physique cesse d’augmenter sur le long terme, alors que, dans le même temps, le revenu par tête croît à un rythme régulier. D’où la conclusion qu’à la stabilisation du capital physique répond une accumulation de capital « immatériel » : le concept de capital humain est né. Le capital humain peut être défini comme l’ensemble des connaissances, compétences, et capacités d’un individu, et son acquisition peut prendre plusieurs formes (scolarisation, formation initiale, expériences…). L’idée centrale de la théorie du capital humain est qu’une dépense susceptible d’améliorer le niveau des connaissances d’un individu a pour conséquence d’améliorer, à terme, sa productivité et donc son revenu. L’éducation est donc un investissement en capital humain. Le capital humain présente donc de nombreuses similitudes avec la notion conventionnelle de capital : un investissement permet d’accroître un stock, auquel on peut associer un taux de rendement, qui engendrera un flux de revenus. Son accumulation nécessite également des coûts : coûts directs (frais de scolarisation, etc..), des coûts indirects (par exemple les frais de transport pour se rendre à l’université) et des coûts d’opportunité (les revenus « perdus » du fait de la poursuite des études). Le capital humain est un capital immatériel et indivisible, car il est indissociable de celui qui le possède. L’appropriation du capital humain est donc exclusivement privative.

Le véritable objet de la connaissance économique n’est pas dans l’élaboration d’une panoplie de statistiques officielles plus souvent flatteuses, par construction, qu’objectives ; le véritable objet de la Science économique c’est le choix humain. La Science économique est une science du comportement humain, et du comportement dans ce qu’il a de typiquement humain : la prise de décision. Il est intéressant de rappeler que nous ne prenons pas de décision en fonction d’agrégats artificiels ou en fonction d’injonctions gouvernementales maquillées au nom de l’égalitarisme. Si nous agissons rationnellement, nous prenons nos décisions en fonction de nos données et perceptions individuelles qui sont les préférences et les contraintes de temps ou de revenu.

L’économie ne peut que tomber en panne, lorsqu’il y a défaut des décisions individuelles. L’économie peut fonctionner dans l’indécision généralisée, car elle suppose une prise de risque, donc une prise de responsabilité, et seuls les individus sont de nature à agir et à assumer les risques. Mais, sous le prétexte de protéger les individus contre eux-mêmes, l’Etat détruit en même temps ce qui fait l’identité, la spécificité et la dignité des personnes : leur aptitude (qui doit être développée à l’école mais aussi dans l’entreprise) à faire des choix et à assumer les conséquences de leurs propres actes.

La notion de capital humain proposée par Gary Becker montre que l’Etat ne peut ni penser, ni décider à notre place. Les hommes grandissent en faisant des choix. Certes, l’erreur est humaine, comme le choix est typiquement humain, car la possibilité d’erreur existe justement du fait de l’existence du choix. C’est justement pour cette raison que les hommes apprennent et s’adaptent à travers leurs différents choix qui s’inscrivent dans un processus continuel d’essai et d’erreur. Tel est le propre de la rationalité humaine : les hommes ne sont pas des êtres infaillibles et omniscients, mais ils retirent des leçons de l’expérience, à condition d’être en situation de faire des choix, c’est à dire à condition d’être libres. Cet apprentissage constant est au cœur du principe de concurrence et se trouve à l’origine de l’amélioration progressive de la connaissance. C’est pourquoi des économistes comme Friedrich HAYEK ou Gary BECKER préfèrent définir la concurrence comme un « processus de découverte » (HAYEK) ou un « principe d’amélioration » (BECKER).

Mots Clés : Capital humain, Coût d’opportunité, Education, Investissement, Processus de découverte.