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LA FAIM DANS LE MONDE : A QUI
LA FAUTE ?
D'après les estimations de la FAO,
800 millions de personnes souffrent de malnutrition. Ce constat a marqué
le deuxième Sommet sur l'alimentation ouvert à Rome le 10 juin. Évidemment,
on continue d'entendre les habituels discours sur la faute au capitalisme
et à l'insuffisante générosité des pays riches. Cependant, cette approche
commence enfin à être abandonnée : les représentants des pays en
développement et même le président de la FAO demandent une libéralisation
du commerce des produits agricoles. Les nuances apportées ne doivent pas
masquer cette inflexion majeure.
Cette évolution des esprits s'avère trop rapide pour certains journalistes
qui continuent de présenter l'Afrique comme "une victime de la mondialisation inéquitable", alors qu'en réalité
elle est victime du protectionnisme et de l'étatisme. Jacques Diouf, le président de la FAO, ne manque pas de remarquer le fait
que les pays de l'OCDE subventionnent leur agriculture à hauteur de 12000
dollars par agriculteur et par an, tandis que les aides allouées aux pays
en développement sont limitées à six dollars par paysan du tiers monde.
Face à ce constat, plusieurs attitudes sont envisageables. Faut-il demander l'augmentation de l'aide accordée par les pays développés
ou les subventions accordées par les pays en développement jusqu'à ce
que "l'égalité" soit rétablie ? Des illusions de ce type
ont duré pendant des décennies et elles sont en partie responsables de
la situation actuelle. L'assistanat, la corruption, la résignation se
sont ajoutés à la malnutrition qui devait être combattue. Une autre solution serait d'encourager la production agricole dans les pays
en développement. Cela suppose de pratiquer avec une grande prudence la
politique d'aide en nature (qui ruine les producteurs locaux) ou en fonds
(qui profite en priorité aux proches du pouvoir). Cela suppose également
l'ouverture des marchés des pays riches aux produits agricoles venus des
pays en développement. De manière paradoxale, la possibilité d'exporter
permettrait d'avoir davantage de produits alimentaires sur place. En effet,
l'accès aux marchés solvables rendrait rentable l'activité entrepreneuriale
dans le domaine agro-alimentaire. Ce mouvement aurait des conséquences
positives sur le reste de l'économie, car le marché serait élargi. L'économiste
Amartya Sen, Prix Nobel d'économie pour ses travaux sur les inégalités,
la faim et la pauvreté partage cet avis. L'effet serait beaucoup plus important que toutes les aides distribuées par
les pays développés. Selon une étude réalisée par l'ONG Oxfam, "une augmentation de seulement 5% des exportations
mondiales des pays en développement générerait 350 milliards de dollars,
soit sept fois plus que l'aide reçue." Cependant, cela nécessite une remise en cause de la manière d'envisager l'agriculture
dans les pays développés. Il n'est plus possible de prétendre lutter contre
la pauvreté et la faim dans le monde et en même temps exiger le maintien
des barrières douanières pour les produits agricoles.
Mots-clés : Agriculture, Faim, Libre-échange, Pauvreté. Dossier
: Pauvreté. |