ENTRE L’EUROPE ET LES SYNDICATS

"Le pacte de stabilité n'est pas gravé dans le marbre". Avec cette simple phrase Francis Mer – présenté comme un industriel suspect aux yeux de l'administration – prouve qu'il s'est bien intégré dans le milieu politique : si les règles ne conviennent plus, il suffit de les modifier, selon le bon vouloir des hommes politiques en place. Surtout lorsqu'il s'agit de règles destinées justement à limiter le bon vouloir des hommes politiques. Le gouvernement risque d’être pris en sandwich entre Europe et syndicats.


Le pacte de stabilité a été conclu en 1997. Il comportait l'engagement pour tous les États de l'Union Européenne d'atteindre à moyen terme l'équilibre budgétaire, condition préalable à la réduction de leurs dettes publiques. Cet engagement a été récemment confirmé à Barcelone : en 2004, les budgets doivent être équilibrés ou excédentaires. Cependant, il y a eu un malentendu entre le Président Chirac et le candidat Chirac, ce dernier évoquant l'année 2007 comme échéance pour le respect des obligations prévues pour 2004. L'intervention de Francis Mer relance cette polémique. Faut-il saluer la sincérité d'un aveu d'impuissance ? Faut-il condamner "l'unilatéralisme" de la France dans le reniement d'un traité international ?

Cette polémique concerne directement tous nos partenaires européens et l'Union dans son ensemble. Sur les quinze membres, six affichent un excédent budgétaire (Danemark, Finlande, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas et Suède), cinq équilibrent leurs finances publiques (Autriche, Belgique, Espagne, Grèce et Royaume-Uni) et quatre continuent à être confrontés à des déficits (Allemagne, France, Italie, Portugal). L'Allemagne, la France, le Portugal ont même augmenté leurs déficits en 2001 par rapport à 2000. La crédibilité économique et politique de l'Union dépend de la capacité de ses membres à respecter et à faire respecter les règles édictées. La solidité de l'euro dépend, entre autres, de la maîtrise des dépenses publiques et de la réduction de l'endettement des États.

Tout cela était connu en 1997 et les délais accordés ont été jugés suffisants pour assainir les finances publiques. Durant la période qui s'est écoulée, la croissance a été vigoureuse. Cela a été mis à profit par presque tous les États pour entreprendre les réformes nécessaires. La France a fait exactement le contraire. Le gouvernement de la "gauche plurielle" a inventé de nouvelles dépenses permanentes, a évité tout débat sur la réduction ou l'optimisation des dépenses en cours et a abandonné en rase campagne au moins deux ministres (Allègre et Sautter) qui avaient eu le courage de proposer des réformes (pour imparfaites qu'elles étaient, elles avaient au moins le mérite d'exister). Le message envoyé aux syndicats a été clair : vous êtes les plus forts, vous pouvez tout bloquer dans ce pays.

Tous nos partenaires ont fait des efforts pour mettre de l'ordre dans leurs finances publiques. Ils n'accepteront pas qu'un élément de plus s'ajoute à la trop longue liste d'exceptions françaises. Ils nous rendront en cela un service, car ces réformes doivent être faites pour nous. Il est dans l'intérêt des Français d'arrêter le gaspillage de ses administrations. Il est dans leur intérêt de diminuer la pression fiscale.

Que pourra faire le futur gouvernement ? Il bénéficiera du soutien inconditionnel de la nouvelle Assemblée. Saura-t-il en profiter ? Un travail de pédagogie à l'échelle nationale devra être entrepris sans craindre un « troisième tour social », des vérités "politiquement incorrectes" devront être criées haut et fort. Autrement dit, il devra faire la campagne électorale qui a fait défaut, tant aux présidentielles qu'aux législatives. De toutes façons, une chose est certaine : si rien n'est fait dans les trois à six premiers mois, rien ne sera fait par la suite. Si la toute fraîche légitimité démocratique n'est pas utilisée tout de suite pour faire plier les syndicats fromagers de la fonction publique, il faudra attendre théoriquement encore cinq ans. Nos partenaires et nos concurrents n'auront pas pratiquement cette patience. Voilà donc « la droite » prise en sandwich entre l’Europe et les syndicats.

Mots-clés : Dépense publique, Équilibre budgétaire, Fiscalité.