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UMTS : SEUL BOUYGUES CANDIDAT A UNE LICENCE
L’appel d’offre lancé par l’ART pour attribuer les deux dernières licences UMTS est clos. Finalement, seul Bouygues a demandé une licence ; aucun prétendant national ou étranger n’a en effet brigué l’une des deux licences restant. Cette annonce constitue le triste épilogue d’une gestion calamiteuse par le gouvernement Jospin. Il n’y aura pas d’invité de dernière minute : Bouygues Telecom, qui a déposé un volumineux dossier auprès de l’Autorité de régulation des télécommunications (ART), sera le seul candidat à l’attribution d’une des deux dernières licences UMTS. Deux des quatre licences UMTS avaient déjà été attribuées à Orange et à SFR lors du premier appel d’offre. Les retraits de dernière minute de Suez et de Bouygues avaient mis le gouvernement Jospin dans l’embarras, obligeant l’ART à un deuxième appel d’offres. Bouygues Telecom, déjà détenteur d’une licence GMS et troisième opérateur de téléphonie mobile en France, a donc été le seul candidat à une licence UMTS. Le retrait de Suez lors du premier appel d’offre était un retrait définitif. Si Suez a émis l’idée de briguer une licence UMTS, c’était en pleine période d’exubérance de la nouvelle économie. Gérard Mestrallet, le patron de Suez, voulait se lancer dans l’aventure de l’UMTS afin de montrer aux marchés que Suez n’était pas uniquement une entreprise dépassée de l’ancienne économie. Ainsi, en France, seule la candidature de Bouygues Telecom semblait crédible. En effet, Martin Bouygues, le patron de Bouygues Telecom, n’a jamais été opposé à l’UMTS. Seulement pour lui, « le marché existe mais pas à n’importe quel prix et pour n’importe quel service ». En ce qui concerne d’éventuels opérateurs étrangers, les Deutsche Telekom, Telefonica, Hutchison ou DoCoMo n’ont pas déposé de dossier. Certes, les risques sont élevés. D’abord, la France est un des pays européens les moins densément peuplés. Le coût de la couverture du territoire est donc beaucoup plus cher qu’ailleurs. Ensuite, Orange, SFR et Bouygues disposent d’un réseau de distribution déjà important (par exemple, Orange possède 600 boutiques). Les trois marques sont déjà bien implantées. Cette bonne implantation rendrait difficile l’implantation d’un nouvel entrant qui devrait bâtir seul son propre réseau. Ce nouvel entrant devrait en outre, selon l’étude publiée par Arthur D. Little, atteindre une part de marché d’au moins 18% et un revenu moyen par abonné d’au moins 45 euros par mois en 2010. C’est à ces deux conditions que ce nouvel entrant justifierait son investissement. Le problème c’est que les meilleures prévisions des revenus moyens sont largement inférieures à ces 45 euros. Il est vrai que le m-business (le commerce électronique depuis le mobile), même s’il est promis au succès, n’est pour l’instant qu’une idée sur le papier. En effet, la grande incertitude concernant l’UMTS est de savoir si les consommateurs seront prêts à payer 45 euros par mois pour regarder des clips vidéos ou des bandes annonces sur un écran de 16 cm² ? En effet, pour l’instant, rien ne garantit que l’UMTS ne sera pas à la télécommunication ce que le Concorde est à l’aviation : une splendide prouesse technique pour un marché qui n’existera jamais ou si peu. Au-delà de la viabilité d’une telle prouesse technique et de l’existence d’un marché pour cette nouvelle génération de téléphone mobile, il demeure que la gestion de ce dossier par le gouvernement Jospin aura grandement contribué à la situation actuelle : la France est le seul grand pays européen à ne pas compter d’opérateur étranger sur son territoire et l’ART se retrouve avec une licence non attribuée sur les bras. Pour faire court – ce sujet ayant déjà été traité dans ces colonnes ; on pourra se reporter à Milliardaires d’un jour. Splendeurs et misères de la nouvelle économie de Grégoire Biseau et Doan Bui – l’attribution des quatre licences a été l’objet d’un véritable imbroglio entre l’ART, le secrétaire d’Etat à l’Industrie, Christian Pierret, le Ministre de l’Economie et des Finances, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. Les deux solutions tenant la corde étaient soit le concours de beauté proposé par l’ART, soit les enchères proposées par Laurent Fabius après qu’il eût retiré le dossier à Christian Pierret, alors que ce dernier avait promis à la bande des trois (Vivendi, Bouygues et France Télécom) qu’il n’y aurait pas d’enchères. La solution de Dominique Strauss-Kahn – en contrepartie des licences l’Etat prendrait une part du capital des filiales UMTS des opérateurs – qui est assurément une idée séduisante restera enfermée dans un tiroir, Lionel Jospin trouvant l’idée difficilement « vendable » à Laurent Fabius le grand rival de Dominique Strauss-Kahn. Ce que redoute la bande des trois, c’est que les enchères atteignent les records des enchères anglaises – 250 milliards de francs pour cinq licences. L’ART via le concours de beauté propose une fourchette de prix de 4 à 5 milliards de francs par licence. Cette solution a évidemment la préférence des opérateurs. Finalement, après une lutte en coulisse, le gouvernement finira par céder en donnant gain de cause aux opérateurs français : pas d’enchère mais le concours de beauté. Cependant, il y a un MAIS de taille. Le gouvernement fixe le prix des quatre licences françaises à 130 milliards de francs, soit 32,5 milliards de francs par licence (6 fois plus que le prix préconisé par l’ART). La seule justification de ce prix exorbitant, c’est le niveau atteint par les enchères anglaises. L’épilogue de cette triste gestion par la puissance publique d’une affaire privée (la norme UMTS est une norme inventée par le « marché », plus précisément par les industriels) c’est un prix passant de 4,95 milliards d’euros à 619 millions d’euros (sensiblement ce que l’ART avait préconisé) après le forcing de Jean-Marie Messier et une licence non attribuée. La morale de cette histoire, c’est « à chacun son métier et les vaches seront bien gardées ». Que les politiques se contentent de faire de la politique et l’économie ne s’en portera que mieux. Mots clef : Concurrence, Enchère, Monopole, Télécommunications. Dossier :
Concurrence. |