PETER BAUER : IL AVAIT LUTTE AVEC SUCCES CONTRE LE TIERS-MONDISME


Il était sans doute inconnu du grand public français. Pourtant un grand économiste vient de disparaître au début de ce mois (le Jeudi 2 mai précisément) en la personne de Lord Peter Bauer, décédé dans sa quatre-vingt sixième année à Londres.


Né en 1915 à Budapest d’un milieu très modeste, ce jeune hongrois de 19 ans a pu bénéficier d’une bourse pour poursuivre ses études à Cambridge en 1934. Retourné en Hongrie, il devait fuir le régime communiste et retourner à Londres, où il se fait connaître en 1948 par un premier ouvrage sur l’industrie du caoutchouc. Chargé de mission par le Colonial Office dans plusieurs pays africains et asiatiques, Peter BAUER s’est très vite signalé à l’attention du monde universitaire par ses travaux (en collaboration avec Peter Yamey) sur ce que l’on appelait alors « les pays sous-développés ». Il enseigne à la London School of Economics de 1960 à 1983, et demeurera Professeur Emerite jusqu’à son décès.

Depuis ses premiers écrits jusqu’à son dernier ouvrage publié en 2000 (From Subsistence to Exchange) Peter BAUER n’a cessé de démontrer son théorème : il n’y a pas deux sciences économiques, celle des riches et celle des pauvres, dont l’une recommanderait le marché et l’autre la planification. Car dans les années cinquante la mode intellectuelle, par ignorance ou par idéologie,  était à copier le modèle soviétique : Gunar Myrdall écrivait  Planifier pour développer , et tout le monde était persuadé que la libre entreprise et le libre-échange ne favorisaient pas le développement des pays pauvres, mais le freinaient. Avec la thèse de la dégradation des termes de l’échange, on avait même tendance à expliquer la misère par l’exploitation et le pillage du Tiers Monde à travers le commerce mondial.

Peter BAUER a su démontrer dès les années 1950 la vacuité scientifique de cette thèse, d’inspiration purement idéologique. Il a dénoncé les mirages de l’égalitarisme et du Tiers-mondisme. Non, le développement ne peut être égalitaire, il exige au contraire des pionniers, des entrepreneurs, et ils existent si les gouvernements sont démocratiques et laissent la liberté à ceux qui veulent progresser et seront les artisans du démarrage pour tous les autres. Non, l’aide internationale n’est pas un bon service rendu aux peuples du Tiers Monde parce qu’elle ne profite qu’à des dictateurs et des nomenklaturas, et empêche de prendre la seule voie possible : celle du marché et de l’ouverture internationale. Non, les gens pauvres ne sont pas des hommes de second rang qui auraient besoin de la férule de régimes autoritaires et planificateurs et de la charité des riches ; ils ont besoin de liberté pour exprimer leur créativité, leur volonté de progrès – car plus on est pauvre et plus on est inventif. Pour le lecteur français, ces grandes idées sont résumées dans un ouvrage traduit sous le titre Mirage Egalitaire et Tiers Monde (aux Presses Universitaires de France, collection Libre Echange, en 1988).

Peter BAUER a été anobli par la reine Elizabeth en 1982, et siégeait ainsi à la Chambre des Lords et à l’Académie Royale, où son non-conformisme était pourtant apprécié : il était si brillant et si simple ! Il n’aura pas pu jouir de la toute dernière distinction de sa carrière, même s’il en avait eu connaissance depuis le mois d’Avril. Il devait en effet recevoir le 7 Mai à Washington le premier prix Milton FRIEDMAN (500.000 dollars) décerné par le Cato Institute, destiné à récompenser les artisans de la liberté économique. Milton FRIEDMAN est d’ailleurs un vieil ami de Peter BAUER, qui a été aussi son collègue à la célèbre Société du Mont Pèlerin, aréopage des économistes libéraux du monde entier.

L’équipe de notre site, qui compte beaucoup d’amis et d’admirateurs de Lord BAUER, se devait de rendre hommage (même légèrement différé) à cet homme d’exception par son courage et son intelligence.

Mots-Clés : Economie, Liberté, Marché, Planification, Tiers monde.