LE MEILLEUR ECONOMISTE DE FRANCE

Meilleur économiste de France : c’était la distinction que jadis Valérie Giscard d’Estaing avait décerné à Raymond Barre. C’est aujourd’hui le quotidien « Le Monde » qui, sur proposition du Cercle des Economistes, a attribué son prix du meilleur jeune économiste de France, mais à des lauréats dont la science paraît plutôt suspecte, comme le savoir du Monde, spécialisé dans la désinformation économique.


Pour la troisième année consécutive, le quotidien « Le Monde », ou plus exactement son émanation économique que représente « Le Monde Economie », s'est mis en peine de délivrer le prix du meilleur jeune économiste de France. Le jury de ce prix a donc désigné cette année deux lauréats : Philippe Martin (36 ans), professeur agrégé à l'Université Lille-I, enseignant à l'Ecole polytechnique, spécialiste de la libéralisation financière dans les pays émergents, et Thomas Piketty (31 ans), directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) qui étudie les inégalités dans la répartition des revenus.

Évidemment, une question vient à l'esprit de toute personne qui a suffisamment de perspicacité pour se demander à quoi correspond le titre de meilleur économiste de France. En effet, si l'on veut bien admettre que chaque année peut nous apporter son lot de meilleurs jeunes réalisateurs, de meilleurs jeunes interprètes ou de meilleurs jeunes plasticiens postmodernes, il est bien plus difficile de discerner selon quelle méthodologie il est possible de mettre en exergue un jeune scientifique. Bien sûr, si dès l'âge de vingt-cinq ans vous avez l'intuition de la relativité générale ou si avant quarante ans vous vous montrez en mesure de découvrir la molécule de l'ADN, la question ne fait pas débat. Mais, à moins d'une découverte inouïe qui révolutionne complètement votre champ d'étude, force est de reconnaître que le travail du chercheur scientifique ne s'apparente pas à celui de l'artiste : le génie fulgurant de l'artiste peut s'exprimer dans l'instant alors que le travail du chercheur s'inscrit généralement dans le long terme. Ainsi, si Haendel a pu, après s’être quinze jours durant enfermé dans sa chambre, en sortir avec à la main la partition du Messie, il en va autrement en ce qui concerne la science. Mais, selon toute apparence, ce genre de considération demeure étrangère au « Monde Economie ».

Pour le quotidien le Monde, désigner le meilleur jeune économiste de France ne pose aucune difficulté : il suffit de prendre en considération les chercheurs de moins de quarante ans qui travaillent sur les thèmes à la mode et dont les conclusions sont marquées du sceau du politiquement correct, c'est-à-dire que leurs conclusions s’inscrivent parfaitement dans la ligne éditoriale du quotidien, cette ligne socialisante qui se doit de rejeter en bloc le libéralisme économique. En conséquence, il ne faut pas s'étonner si l'un des lauréats de ce prix affirme qu'il est nécessaire que les pays émergents réduisent l'ouverture de leurs marchés financiers, alors que l'autre n'a de cesse de soutenir qu'il faut intensifier la redistribution des richesses afin de réduire les inégalités (qui selon lui iraient en s’aggravant, bien entendu).

En outre, s'il fallait décerner le prix du pire des meilleurs jeunes économistes du « Monde », la palme irait sans aucun doute à Thomas Piketty. En effet, ce dernier se montre des plus habiles dans l'art délicat de la désinformation économique, art qui consiste à mettre en avant des phénomènes économiques avérés, afin de justifier des analyses erronées, en se dispensant de faire toute distinction entre concomitance et causalité, et en se gargarisant de formules toutes faites. Ainsi dans l'interview qu'il accorde au « Monde », il se félicite de la création de l'impôt sur le revenu au début du siècle dernier et affirme que ce dernier fut un vecteur de réduction des inégalités de revenus : « Avec l'impôt sur les successions, créé en 1901, l'impôt sur le revenu a permis non seulement de favoriser une plus grande justice sociale, mais aussi de limiter la sclérose d'entrepreneurs qui se transformeraient sinon, au fil du temps et des générations, en rentiers ». Outre le fait qu’il ne définit pas ce qu'il entend par justice sociale, Thomas Piketty oublie de préciser qu'une telle situation n'était possible qu'en raison de la fermeture des marchés et de l'absence de réelle concurrence économique. Un peu plus loin, notre meilleur jeune économiste déclare : « Aujourd'hui, les inégalités passent surtout à l'intérieur du salariat. Beaucoup de chefs de petites entreprises sont moins bien lotis que les cadres supérieurs ». Et en conséquence, selon lui, il est donc nécessaire de réformer le système de l'impôt sur le revenu en exprimant «  le barème en termes de taux effectifs directement applicables aux revenus et non de taux marginaux qui s'appliquent à une petite fraction du revenu » avant de rappeler : « C'est ce qu'avait fait le Front populaire en 1936 ». À l'évidence, il semble nécessaire de rappeler à Thomas Piketty que cette situation inégale est avant tout due à la lourde fiscalité qui est imposée aux entrepreneurs.

La légèreté des analyses de T. Piketty n’a pas inquiété le Cercle des Economistes, ce cénacle qui pratique l’autosatisfaction, et qui n’est pas pour rien dans l’exception française puisqu’il se situe résolument à l’écart de la communauté scientifique internationale. Ici comme dans d’autres domaines les Français sont risibles car ils confondent science et idéologie, économie et politique, dans la grande tradition du gourou Jacques Attali (« l’anti-économique »).

Pour conclure, le « Monde » porte une lourde responsabilité dans la montée de la violence et de l’intégrisme en France. Car ce journal ne cesse de pratiquer la désinformation et de cultiver l’ignorance proverbiale des Français en matière d’économie. Le Monde qui se plaît à jeter l’anathème sur les extrémistes et qui s’est déchaîné lors des dernières élections présidentielles contre les millions d’électeurs qui ont mal voté, devrait savoir que la philosophie de la lutte et l’aveuglement idéologique engendrent la peur et la violence.

Mots-clés : Désinformations, Propagande, Social-démocratie.