LE MARCHÉ ASSURE CHEVÈNEMENT CONTRE L'INEFFICACITÉ DU DÉNIGREMENT DU MARCHÉ

Le Monde du 25 avril révèle que Jean-Pierre Chevènement avait souscrit une assurance (300.000 euros) contre le risque d'obtenir aux élections un score inférieur à 5%, synonyme de non-remboursement des frais de campagne par l'État. Si un tel "sinistre" s'était produit, le président du MDC/Pôle Républicain aurait reçu un dédommagement de la part de l'assureur (3.000.000 euros). Cela aurait compensé (en partie) la perte de l'aide publique accordée aux partis politiques. Cependant, le quotidien du soir ne semble pas remarquer l'ironie de l'histoire.


Tout d'abord, il est intéressant de constater qu'un des plus virulents pourfendeurs du marché fait appel à une compagnie privée pour s'assurer contre le risque de perdre une subvention étatique. Heureusement pour lui, Jean-Pierre Chevènement a bien attaqué le capitalisme et la mondialisation, ce qui, dans une France déboussolée, est très rentable d'un point de vue électoral. Celui qui aime se faire appeler "le Che" peut maintenant dire que la signature de ce contrat prouve, une fois de plus, que les capitalistes ne sont animés que par la recherche du profit : ils sont prêts à conclure des affaires même avec leurs ennemis déclarés. Cela était aussi l'opinion de Lénine qui affirmait naguère que "le capitalisme nous vendra même la corde avec laquelle nous allons le pendre".

Une deuxième ironie de cette histoire est le fait que la compagnie d'assurance soit… américaine. Il s'agit de la filiale française (quand-même !) du courtier Marsh, numéro un mondial. Chevènement, l'anti-mondialiste, l'anti-américain, ne se gêne pas de profiter de la mondialisation, du moment que cela lui permet d'obtenir le meilleur produit au meilleur prix auprès d'une entreprise américaine. Rien de surprenant, car il fait partie de ceux qui utilisent la liberté pour attaquer cette valeur au lieu de la défendre.

Robert Hue avait été prêt à faire la même démarche que Chevènement, mais il y a renoncé en raison du prix jugé trop élevé. À cause de son imprévoyance, pardon, à cause du capitalisme, le secrétaire général du PCF est contraint à faire appel à la charité publique pour pouvoir rembourser ses frais de campagne. (C'est-à-dire des avances faites par des banques. Le "mur de l'argent" n'est plus ce qu'il était…). Que l'on ne s'inquiète pas trop pour le camarade Hue. Il sera "sauvé", comme le journal l'Humanité, qui a évité le dépôt de bilan grâce à l'argent de quelques grands capitalistes (qui ne poursuivaient que leur intérêt égoïste, évidemment).

Selon la (très contestable) loi française, les entreprises n'ont pas le droit de subventionner les partis politiques : par crainte des lobbies, on limite la liberté d'expression. Les mêmes arguments qui sont invoqués contre un financement privé des partis politiques peuvent l'être également à l'encontre de la souscription d'une assurance de type "Marsh-Chevènement". En effet, d'un point de vue économique, une prime sous-tarifée est équivalente à un financement du parti par la compagnie d'assurance. Il reste donc une question : qui jugera si une prime d'assurance de ce type n'est pas sous-tarifée ? Si la loi sur le financement des partis politiques continue à interdire les contributions des entreprises, la tentation sera grande de la contourner à travers des contrats d'assurance. Nous pouvons craindre qu'entre l'élimination d'une restriction absurde et l'ajout d'une autre, nos politiques choisissent la seconde "solution".

Mots-clés : Assurance, Élections, Liberté (d'expression), Marché, Mondialisation, Partis politiques.