LES PRIX AGRICOLES MONDIAUX : QU’EST-CE QUE C’EST QUE CA ?



Il n’a pas tardé à se mouler dans l’enveloppe d’un bon ministre de l’agriculture : Hervé Gaymard a marqué son hostilité à l’alignement des prix européens sur les prix mondiaux qui, d’après lui, n’auraient aucune existence. La question du financement de l’élargissement de l’Union européenne conduit actuellement divers Etats-membres, et non des moindres, à prendre des positions radicales sur l’évolution de la Politique Agricole Commune (PAC) à moyen-long terme, voire à court terme. Mais, en France, M. Hervé GAYMARD (ministre de l’agriculture), ne semble pas trop partager cet avis, et, fidèle à l’exception française, il annonce qu’il n’est pas question de modifier la PAC avant 2006. Au lieu de préparer le terrain à un marché de concurrence ni disciplinée, ni maîtrisée, à même de faire des exploitants les agents d’un entretien de l’environnement et d’un développement rural largement exempts de production agricole, Monsieur GAYMARD préfère joindre sa voix aux revendications du lobby formé par les syndicats agricoles.


Selon le « Population Reference Bureau », organisme américain, la population européenne ne devrait augmenter que de 0,9% dans l’UE des Quinze entre 2001 et 2005, contre 21,5% aux Etats-Unis, 26,8% dans les principaux pays du groupe de Cairns (les 17 plus grands exportateurs mondiaux de produits agricoles) et 33,7% dans les pays en développement n’appartenant pas au groupe de Cairns. Dans les PECO (Pays de l’Europe Centrale et Orientale), il y aurait une diminution de 3,7% de la population. Il en résulte que, dans l’Union Européenne, l’agriculture sera plus dépendante de la demande à l’exportation et de débouchés dans les secteurs non alimentaires que dans d’autres pays agricoles, quand bien même une augmentation de la consommation alimentaire par personne pourrait être envisagée dans les PECO. Cela dit, si l’on persiste à entretenir une Politique Agricole Commune (PAC) planifiant la production agricole, empêchant de ce fait l’établissement d’un marché libre avec une concurrence non administrée, seul capable d’orienter les produits vers une meilleure compétitivité tant au niveau des prix que celui de la qualité, on peut être certain que l’on court droit à la catastrophe.

Car, à ce jour, et depuis son instauration en 1962, la PAC n’a contribué qu’à produire des excédents sans marché pour les absorber, à détériorer la qualité des produits agricoles, leur causant une grave perte de compétitivité. Pire encore, la gestion bureaucratique de cette PAC, source d’inégalité dans la répartition du soutien agricole, a conduit au déclin de l’activité agricole dans certaines régions, et a favorisé certaines pratiques d’agriculture intensive désastreuse dans d’autres régions, entraînant ainsi pollution, maladies animales et, partant, une sécurité alimentaire amoindrie. Comment le ministre de l’agriculture, M. Hervé GAYMARD peut-il camper sur ses positions et décider de « tout faire pour qu’aucune modification de la PAC ne soit effective avant 2006 ? ». Cerise sur le gâteau, le ministre pense que les syndicats doivent jouer un rôle dans l’élaboration de la politique agricole : « Oui pour la cogestion, non pour les prix mondiaux ». Difficile d’être lucide sur certaines questions, quand on est guetté par des échéances législatives !

Le ministre puise ses arguments dans la décision du gouvernement BUSH, qui, en effet a ouvert le robinet des subventions pour les paysans américains. Une mesure qui, non seulement constitue une vraie menace contre les produits agricoles de l’UE, et affaiblie les cours des produits concernés, mais pèsera aussi très lourdement sur le budget fédéral américain qui se situera entre « 73,5 milliards de dollars et 150 milliards de plus que prévu : l’absence de tout mécanisme de gestion de l’offre garantit, sauf accident climatique, une production record et des prix de marché déprimés » comme le précise Ralph ICHTER, président d’Euroconsultants à Washington et spécialiste des questions agricoles.

Mots-clef : Gestion Bureaucratique, Economie de marché, Liberté, PAC, Planification, Prix administrés, Subventions.