ALAN GREENSPAN NE SE TROMPE PAS DE CIBLE


En effet, par la récente hausse des taux d'intérêt, le président de la Réserve Fédérale continue de combattre le vrai danger qui menace la croissance américaine : l'inflation. Il a évité de tomber dans les illusions keynésiennes des taux d'intérêt réduits et de l'abondance monétaire artificielle.


Sans aucune surprise, le 16 mai, le comité de politique monétaire de la Fed a décidé de relever son taux directeur de 6 à 6,5%. Cette hausse est plus importante que les précédentes (qui étaient de 0,25%) et elle se veut être un signal de fermeté dans le combat contre l'inflation. Le message semble avoir été bien reçu car, sur le marché obligataire, le rendement moyen à 10 ans a baissé (de 6,437 à 6,402%), tout comme le taux d'intérêt sur les obligations du Trésor à 30 ans (de 6,147 à 6,106%). La baisse des taux "longs" est la manifestation d'une diminution des anticipations inflationnistes de la part des opérateurs. En effet, si les banques centrales semblent pouvoir contrôler les taux "courts" (au jour le jour), ce n'est pas le cas pour les taux "moyens" et "longs" qui sont déterminés par le marché, c'est-à-dire par la confrontation de l'offre et la demande de fonds prêtables. Le prix qui résulte de cette confrontation est le taux d'intérêt et il intègre le taux d'inflation anticipée.

Le relèvement des taux par la Fed a été bien accueilli par la bourse : au lieu d'enregistrer une baisse des cours (suite à "l'enchérissement de l'argent"), les indices boursiers américains sont repartis à la hausse (il est vrai, après une hésitation d'une demie-heure). Cela signifie que les opérateurs accordent une plus grande importance à la stabilité monétaire qu'à l'avantage immédiat, mais illusoire, de l'argent facile. C'est donc à tort que l'on accuse les marchés de privilégier le court terme au détriment du long terme.

La gestion relativement rigoureuse du dollar contraste avec le comportement incohérent, voire laxiste, des autorités monétaires et politiques européennes. Ici, on a tellement peur de brider la croissance (moitié de celle des Etats Unis) que les dangers inflationnistes sont minimisés ou tout simplement ignorés. En effet, les décideurs européens se montrent fidèles aux recommandations keynésiennes, y compris dans le domaine monétaire : les taux d'intérêt réduits sont considérés (à tort) comme une condition indispensable à la croissance. Une autre illusion est celle de la monnaie faible qui stimule les exportations (dada des mercantilistes). Dans les deux cas (taux réduits et monnaie faible) les effets "positifs" se manifestent seulement (et éventuellement) dans le court terme et ils sont plus que compensés par les effets négatifs ultérieurs : inflation, mal-investissement et gaspillages, récession et chômage, etc.

La rationalité des agents privés les pousse donc à prendre en compte aussi le long terme, d'où leur défiance envers l'euro : la monnaie européenne a de nouveau baissé par rapport au dollar. Sans aucune surprise.

Mots-clés : Dollar, Euro, Inflation, Intérêt, Monnaie.

Le 22 mai 2000