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VIVENDI-CANAL : LE CIRQUE POLITICO-MEDIATIQUE
La chaîne cryptée a donc fait la une toute la semaine dernière. La décision de Jean Marie Messier de prendre en mains la destinée de Canal+ a tourné en un vrai mélodrame politico-médiatique. En douceur le feuilleton a commencé après « l’opération vérité sur les comptes 2001 » lors de l’assemblée générale de Vivendi Universal le 5 mars dernier. La dépréciation d’actifs qui a été effectuée a en effet mis en évidence les pertes substantielles du groupe qui s’élèvent à 386 millions d’euros et révélé à nu un niveau d’endettement de l’ordre de 5 milliards d’euros. La pression, venant principalement des actionnaires, relayée par les analystes financiers, pour une clarification de la ligne stratégique de l’ensemble, n’a donc cessé de croître. Elle a atteint un tel point que J2M somme les deux têtes de l’exécutif de Canal+, Pierre Lescure et Denis Olivennes, de « redonner à Canal +, qui a créé pour 2001, un cash flow négatif de l’ordre de 500 millions d’euros, son rôle de contributeur au résultat dans les deux ans ». Le ton est monté d’un cran lorsqu’en guise de réponse, ces derniers, à travers un mail adressé aux 3000 collaborateurs de Canal+, renvoyaient la responsabilité des pertes de Canal+ à J2M. Et la démission de Denis Olivennes, le vendredi 12 avril dernier n’a pas permis de purger le conflit, bien au contraire. Sur le fond, à l’origine de ce tohu-bohu se trouve la volonté du Président de Vivendi Universal d’accélerer le redressement de Canal+. Outre les 500 millions d’euros de cash flow négatifs générés par le Groupe Canal+, le diagnostic de Messier s’appuie sur le fait que la chaîne cryptée est déficitaire depuis 1997. Et pour cette année la perte d’exploitation pourrait atteindre un milliard d’euros. Par contraste, en dépit des pertes à l’international élevées, c’est surtout la chaîne premium France qui constitue le maillon faible du Groupe. Pour la première fois de son histoire, le nombre de ses abonnées chute. Le taux de désabonnement s’élève à 11%. Ce qui a entraîné un remue ménage à la tête des programmes en février dernier. Pour convaincre de la pertinence de sa stratégie et faire face à ce qu’il appelle une « crise de management » au sein de Canal+, J2M a fait valoir son statut d’actionnaire majoritaire. Il a tranché en faveur d’un changement dans la direction de l’entreprise. Toutefois, bien que le diagnostic établi soit pertinent, la démarche peu cavalière et surtout le caractère précipité de la décision ont provoqué de très vives réactions. La décision qui se justifiait par une nécessité de recadrage économique a vite tourné en cirque politico-médiatique. Déclenchés tout naturellement par le personnel de chaîne, trouvant derrière cette décision un risque majeur quant à leur « indépendance », les réactions ont très vite fait tâche d’huile. L’impertinence joyeuse des journalistes de Canal+ a joué ici un rôle d’amplificateur et contribué fortement à la mobilisation. Le milieu de la culture, relayé par le Conseil Supérieur de l’Audiovisiel (CSA), a manifesté sa crainte quant au non respect des engagements de Canal+ dans le financement du cinéma français. Calendrier électoral oblige, les candidats se bousculent pour s’emparer de l’affaire. Tous y sont allés de leurs argumentations. Si certains veulent tout simplement que Messier revienne sur sa décision, d’autres, plus dogmatiques, y trouvent « une dérive dangereuse du libéralisme » et « l’illustration de la dictature des actionnaires ». Mais aucun n’a émis une réserve quant à la responsabilité et aux initiatives à prendre face à la situation économique inquiétante de l’entreprise. C’est donc encore une fois une facette de l’exception française que l’on redécouvre derrière cet événement. Celle de la résistance au changement. Celle qui manifeste une suspicion à l’égard des entreprises. Entretenu par des politiques inspirés d’une logique jacobine et collectiviste, le malentendu entre les entreprises et les Français est aujourd’hui passé de la crainte de l’entrepreneur à l’hostilité envers les actionnaires. Et les pétitions de principes liés au gouvernement de l’entreprise, avec ces deux piliers que sont la responsabilité et la communication ne suffisent pas à casser cette résistance. A trop insister sur la transparence, on a occulté une condition préalable, qui est la responsabilité des dirigeants dans la rentabilité et la pérennité de l’entreprise. A trop insister sur les mesures préventives, la structuration des conseils d’administration et les conseils d’audit pour surveiller le gérant, on a négligé le rôle que doit tenir ce dernier pour dresser une thérapie et faire face à des problèmes concrets. Les regards sont désormais braqués sur l’Assemblée Générale prévue le 24 avril prochain pour entrevoir l’issue de la crise. Toujours est-il qu’avec ou sans Messier, les difficultés économiques de Canal+ demeurent. Et cette exception française qui conduit à adopter la stratégie de l’autruche est vouée à l’échec. Quand réalisera-t-on enfin que la culture et la télévision sont des produits marchands comme les autres ? Mots clés : Actionnaire,
Concurrence,
Entreprise,
Rentabilité. |