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RENAULT : L'ETAT SE FAIT DE L'ARGENT
DE POCHE
Profitant du rétablissement
du cours de bourse de Renault, le gouvernement vient de céder 10,7%
de ses parts dans l’ex-Régie. Si cette décision, certes annoncée depuis
octobre dernier, s’inscrit, selon Laurent Fabius, dans le cadre du renforcement
des liens entre Renault et Nissan, la précipitation avec laquelle elle
a été effectuée, à trois semaines du premier tour des présidentielles,
masque mal la nécessité pour le ministre des Finances de trouver de l’argent
frais pour renflouer ses mécomptes ! De façon presque inaperçue, le gouvernement a annoncé mardi dernier la cession de près du quart de sa participation dans Renault. Profitant du rétablissement des cours de l’action qui a augmenté de près de 39 % depuis le début de l’année et après avoir pris acte en assemblée générale extraordinaire de la décision de Nissan, le 29 mars dernier, d’acquérir 13,5% du capital de Renault, via une augmentation de capital réservée, le gouvernement est passé à l’acte pour céder à son tour, par le biais d’une procédure de placement accéléré auprès des investisseurs institutionnels qualifiés sur le marché international, 27 millions d’actions de Renault au prix de 51,8 euros l’action. Cette cession, qui représente 10,7% du capital de l’ex-Régie, porte ainsi la part de l’Etat dans Renault de 37,87%, après l’acquisition de Nissan, à 25%. Elle permet à l’Etat d’empocher un peu plus de 1,5 milliard d’euros. Une somme qui sera versée au compte d’affectation spécial des recettes de privatisation et qui sert « à financer les dotations en capital des entreprises publiques » selon le Ministère des Finances. La précipitation du gouvernement se justifie donc par la nécessité de clarifier les comptes avant les échéances électorales. On ne peut ici que regretter que les idées les plus archaïques et les vieilles recettes restent dominantes dans l’esprit du gouvernement. Ainsi Lionel Jospin et Laurent Fabius ne voient-ils dans la privatisation et dans les cessions de participation des parts de l’Etat dans les entreprises privées qu’un moyen pour se faire de l’argent de poche, là où d’autres y trouvent un moyen de restaurer la responsabilité. De l’argent utilisé la plupart du temps, sinon toujours, à financer des dépenses de circonstances. On finance les entreprises publiques non rentables par les bénéfices de celles qui dégagent la moindre rentabilité. On débloque des fonds pour des emplois qualifiés de « sociaux » et d’ «urgent ». On relance la consommation publique pour des finalités corporatives (voir en archives de notre rubrique Economie de février dernier « la cagnotte des privatisations »). Quid du financement du développement des entreprises ? Quid des reformes de l’Etat ? Quid de la réduction des dépenses publiques ?... Ainsi, si la calamiteuse gestion du gouvernement a conduit à dilapider la « cagnotte » liée aux années exceptionnelles de croissance, la générosité circonstancielle du Premier ministre depuis novembre dernier a, quant à elle, entraîné le gaspillage des recettes de privatisation. Mais, même si les comptes de l’Etat sont asséchés, Laurent Fabius se doit de trouver les moyens de présenter des comptes clairs, un bilan électoralement présentable. Ainsi, après avoir retardé plusieurs dotations en capital pour les entreprises publiques en déficit, le Réseau Ferré de France, l’EPFR (structure de sauvetage du Crédit Lyonnais), Giat Industries, Bull,... Bercy a procédé ces derniers temps aux introductions en Bourse successives de titres de Thomson Multimédia, d’ASF (Autoroutes du Sud de la France), et enfin de Renault qui ont rapporté à l’Etat respectivement 250 millions d’euros, 1,8 milliard d’euros et 1,65 milliard d’euros. Face à l’autosatisfaction du gouvernement de se montrer « grand privatiseur », avec 40 milliards d’euros de recettes, pour le moins déjà gaspillés, on ne peut que s’inquiéter de savoir qu’elle ne se destine aucunement à la réduction de la dette publique trop élevée, ou du moins à financer la constitution de fonds de garantie des retraites par répartition au bord de l’explosion. Deux dossiers qui présentent un caractère urgent. On préfère gaspiller l’argent de poche ... Mots-Clés : Actions, Capital, Participation, Privatisations.
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